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La femme de Terebôn et l’apôtre des Arabes
mercredi 5 janvier 2011
par Pascal G. DELAGE
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Le père de l’homme se nommait Aspébétos et il était l’un des nombreux vassaux du Roi des rois de Perse, Yazdgard Ier. Il relevait de cette mouvance de tribus saracènes que commandait alors le lakhmide al-Numan pour le compte des Perses. Plutôt bienveillant envers les chrétiens au début de son règne, Yazdgard Ier se mit à les persécuter durement à partir de 420, ordonnant aux sheiks arabes qui assuraient la police sur la frontière désertique d’arrêter les fuyards chrétiens et de les ramener en ville pour qu’ils y subissent leur châtiment. Non seulement, cela ne plut pas à Aspébétos mais il favorisa le passage des persécutés dans l’empire romain. Toutefois il fut dénoncé au Roi des rois et dut fuir à son tour avec toute sa tribu pour trouver refuge de l’autre côté du grand désert. Arrivé dans la province romaine d’Arabia, il fut accueilli par Anatolios, le magister per Orientem qui conclut un traité de paix avec lui et le nomma phylarque (« commandant des tribus ») des Arabes alliés à Rome. Or ce sheikh avait un enfant, Terebôn, qui était à moitié paralysé. Une nuit, l’enfant eut la vision d’un ascète qui pouvait le guérir et qui lui révéla son nom. Immédiatement, le lendemain matin, entouré de tous ses guerriers, Aspébétos partit avec l’enfant vers le wadi Mukkelik.

A la vue de ces Arabes en armes, les moines furent pris de panique tandis qu’Aspébétos réclamait Euthymios à grands cris. Comme le prieur Théoctistos essayait de les renvoyer - Euthymios s’était retiré dans le silence pour toute la semaine -, le sheikh se déclara prêt à devenir chrétien et il disait qu’il n’était pas là sur sa propre initiative mais sur un signe d’Euthymios apparu en songe. Le prieur jugea alors plus prudent de faire prévenir le grand Ancien. Avec le signe de la Croix, Euthymios guérit l’enfant qu’il baptisa de suite avec son père – celui-ci reçut le nom de Pierre - et de nombreux guerriers. Puis l’abba les garda encore 40 jours auprès de lui pour les catéchiser et lorsqu’ils se retirèrent, Maris, le frère de la mère de l’enfant, décida de rester à la laure pour y consacrer son existence à Dieu.

Par la suite, Pierre-Aspébétos ramena toute sa tribu qu’il installa non loin du monastère de telle sorte qu’Euthymios puisse continuer à les évangéliser et à leur célébrer les saints mystères. Toutefois même si Euthymios était très attaché à ses populations mal reçues par les autochtones, cela n’allait guère avec sa vocation érémitique et il écrivit à l’évêque de Jérusalem Juvénal pour qu’il les dote d’un clergé propre, suggérant même le nom du futur évêque, Pierre Aspébétos lui-même. Ce qui fut fait avant 431 car Pierre participa au concile œcuménique d’Ephèse qui eut lieu à cette date-là, et où Pierre, l’« évêque des tentes », joua un rôle non négligeable, participant alors à l’établissement de l’orthodoxie proclamée dans toute les Eglises.

C’était maintenant ce même Térébôn, l’enfant miraculé, qui se tenait avec son épouse devant l’entrée de la laure du saint vieillard. Marié depuis plusieurs années avec une femme de sa tribu, leur union demeurait désespérément stérile. C’est alors qu’il se résolut à partir avec elle à la rencontre d’Euthymios. Celui-ci enfin sortit. Le sheikh se précipita à sa rencontre : « Je sais et je suis convaincu, Très vénérable père, que Dieu écoute tes prières, parce qu’il fait la volonté de ceux qui le craignent. De très nombreuses années sont passées sans qu’il me soit fait la grâce d’un enfant parce qu’elle est stérile. Maintenant, je t’implore, vénérable père, d’intercéder auprès de Dieu pour que dans son amour pour les hommes, il nous donne un enfant ». Reconnaissant leur foi, Euthymios les signa par trois fois du signe de la Croix et touchant le ventre de la femme, lui promit la naissance de trois enfants mâles. Ce qui advint, l’aîné fut nommé Pierre comme son grand-père décédé depuis.

Térébôn comme son père fréquentait Euthymios lors des grandes fêtes et il fut le témoin d’un miracle à l’occasion d’une liturgie pascale : le feu du ciel tombant sur l’autel au moment de l’épiclèse. Une autre fois ayant été capturé à Bostra à la suite d’une querelle avec un autre chef arabe, Euthymios intervient auprès de l’évêque de Bostra pour le libérer. Cela eut un prix : Antipatros de Bostra conserva l’émissaire d’Euthymios pour en faire l’évêque de Madaba. Par ailleurs, cet épisode souligne également la précarité de la situation des Arabes en terre impériale. Dans la dernière décennie du Ve siècle, le campement d’Aspébétos fut entièrement dévasté par d’autres Arabes, peut-être les Ghassanides qui montaient alors de la péninsule arabique.

La tribu d’Aspébétos put toutefois se maintenir non loin du monastère du wadi Mukkelik. Au milieu du VIe siècle, une arrière-arrière-petite fille du sheikh-évêque, victime d’un esprit mauvais, fut conduite au couvent d’Euthymios par son oncle Thalabas qui maintenant habitait Béthanie près de Jérusalem. Déposée sur la tombe du saint, l’enfant fut ointe d’huile sainte durant trois jours. Le troisième jour, elle était entièrement guérie. Mais ni d’elle, ni de son arrière-grand-mère, nous ne saurons le nom. Cyrille de Scytopolis, le moine qui nous conserva l’histoire de la conversion des Saracènes, se garda bien de les retranscrire car il n’est pas bon pour le moine de garder la mémoire des femmes, ni même de leur nom…