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« La tradition grecque de la Dormition et de l’Assomption de Marie ».
lundi 20 septembre 2010
par Jean-Claude LARCHET
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La récente célébration de la fête de la Dormition de la Mère de Dieu rend d’actualité ce livre qui aide à comprendre la nature de l’événement et les différences qui existent à son sujet entre la compréhension de l’Église orthodoxe et celle des autres confessions chrétiennes.

Les Actes des Apôtres rapportent que, après l’Ascension du Christ, les Apôtres sont descendus du Mont des Oliviers pour se rendre au Cénacle, où ils ont attendu la venue du Saint-Esprit dans la prière, « avec quelques femmes, dont Marie, la mère de Jésus » (Ac 1, 14). C’est la dernière fois que Marie est nommée dans les écrits canoniques. Quelle fut la fin de sa vie terrestre ?

De nombreux textes sont apparus pour suppléer au silence des écrits canoniques à ce sujet, et dans la tradition grecque, la question du sort final de la Mère de Dieu a pris une place importante tant dans le domaine de la dogmatique que dans celui de la liturgie.

Cinq de ces textes sont présentés ici en traduction française. Tous représentent les phases les plus anciennes de la tradition sur la dormition et l’assomption de la Mère de Dieu dans le monde de langue grecque. Il s’agit des documents suivants : a) la Dormition grecque du Pseudo-Jean ; b) le Transitus grec ; c) le Discours sur la Dormition de la sainte Vierge de Jean de Thessalonique ; d) l’Épitomé du discours sur la dormition de la sainte Vierge de Jean de Thessalonique ; e) l’Homélie sur l’assomption de Marie attribuée à Theoteknos de Livias.

Ces écrits ont un plan presque identique et l’on y retrouve les éléments suivants : 1) annonce à Marie, par un ange, de sa dormition ; 2) les apôtres, dispersés sur toute la terre, sont amenés sur des nuées auprès de la Mère de Dieu pour assister à ses fins dernières ; 3) départ de l’âme de Marie au Ciel à la suite de l’apparition du Christ ; 4) lors des obsèques, un juif incrédule tente de toucher sans respect le corps de la Mère de Dieu ; il a les mains desséchées et est guéri par un miracle après sa conversion à la foi chrétienne ; 5) déposition du corps de la mère de Dieu au tombeau et transfert au ciel ; 6) visite du Paradis par les Apôtres.

Les œuvres présentées ici, qui fixent sans aucun doute une tradition orale, remontent à la seconde moitié du Ve siècle pour la plus ancienne (a) et à la première moitié du VIIe siècle pour les plus récentes (b, c, d, e). Elles précèdent et inspirent, pour la plupart, les grandes trilogies homilétiques sur le thème de la Dormition qui sont l’œuvre de saint André de Crète (v. 660-740), saint Jean Damascène (v. 650-750) et saint Germain de Constantinople (v. 631-733).

Ces cinq documents proviennent de lieux différents : Jérusalem, la Palestine, Thessalonique et Constantinople. Ils appartiennent au genre homilétique dans la mesure où ils ont été écrits pour servir à une lecture dans un cadre liturgique. Ils ont été classés par les savants modernes soit dans la catégorie « apocryphe », à cause de leur caractère pseudoépigraphique (a, b), soit dans la catégorie « patristique », à cause de leur attribution à un auteur plus ou moins connu (c, d, e). Les lecteurs orthodoxes trouveront dans ces récits bon nombre d’éléments qui leur sont déjà familiers de par l’iconographie de la Dormition et de par leur large intégration dans les services liturgiques de la fête qui, le 15 août (le 28 selon l’ancien calendrier), célèbre cet événement.

On sait que la question de la dormition et de l’assomption constituent l’un des points sur lesquels l’Église orthodoxe et l’Église catholique s’opposent. On doit parler ici de différend dogmatique, puisque l’Assomption a fait l’objet de la part de l’Église catholique d’une définition dogmatique par le pape Pie XII, en 1950, dans la constitution apostolique Munificentissimus Deus. Comme l’ont montré diverses études, en particulier l’ouvrage récent du dominicain Dominique Cerbelaud, professeur de théologie à l’université catholique de Lyon (Marie. Un parcours dogmatique, éditions du Cerf, Paris, 2003, 364 p., collection « Cogitatio fidei »), il y a un lien étroit entre ce dogme de l’Assomption, et le dogme de l’Immaculée Conception proclamé en 1854 par le pape Pie IX dans la bulle Ineffabilis Deus.

Cette dernière définition de foi considère que Marie a été à sa naissance exempte du péché originel, ce qui implique que, à la différence de tous les autres hommes, elle a échappé aux effets de ce péché, dont le plus important est la mort ; Marie est donc montée aux Cieux à la fin de sa vie terrestre avec son âme et son corps sans passer par la mort. Dans son étude précédemment citée, le P. Dominique Cerbelaud montre que ce dogme, très étroitement liée à la doctrine du péché originel dans sa forme catholique (très étroitement liée à la doctrine augustinienne) est une innovation et qu’il fut imposé par l’autorité du pape malgré une forte opposition au sein même de l’Église catholique. « Promulguée en 1854, écrit-il, la définition du dogme de l’Immaculée Conception (selon lequel Marie, dès l’instant de sa conception a été préservée de toute trace du péché originel) constitue à bien des égards une innovation. C’est la première fois que le pontife romain, indépendamment de toute assemblée conciliaire, promeut une définition dogmatique. En outre, si la doctrine mariale avait fait depuis longtemps l’objet d’une élaboration systématique, celle-ci n’avait pas pris une forme dogmatique […]. Enfin, contrairement à ce que laisse entendre le texte lui-même, on ne peut affirmer que l’Immaculée Conception de Marie ait été confessée “partout, toujours et par tous” pour reprendre la célèbre formule de Vincent de Lérins » (p.141). Concernant ce dernier point, l’auteur montre par exemple qu’au sein même de l’Église catholique, jusqu’au XVe siècle « les dominicains à la suite de leurs maîtres Albert le Grand et Thomas d’Aquin) restent massivement hostiles au privilège de la conception immaculée » (p. 153).

Fidèle à la foi des origines, l’Église orthodoxe croit que la Mère de Dieu s’est, avec l’aide de la grâce, gardée toute sa vie pure de tout péché personnel, mais a néanmoins été conçue avec le péché originel (considéré dans l’Église orthodoxe comme un héritage non du péché d’Adam, qui reste attaché à la personne de celui-ci, mais de ses effets), ce qui fait qu’elle a partagé jusque dans la mort le sort commun de l’humanité ; cependant, après que le Christ est venu chercher son âme et l’a emportée, Il a pris son corps et l’a élevé jusqu’aux cieux et glorifié avec son âme auquel Il l’a réuni. La Mère de Dieu ainsi, ne se distingue pas de nous par sa nature même, ce qui nous la rend particulièrement proche. Mais en même temps Mère du Verbe incarné et première créature à avoir été déifiée, siégeant immédiatement à la droite du Christ, elle a pour tous les hommes, de par ce double lien de proximité avec l’humanité commune et avec le Christ, un très grand pouvoir d’intercession.

Les divers écrits contenus dans La tradition grecque de la Dormition et de l’Assomption de Marie confirment tous la position orthodoxe, distinguant trois étapes : celle de la mort de la Mère de Dieu où l’âme se sépare du corps et où le Christ vient en personne recueillir celle-ci ; celle où le corps de la défunte est mis au tombeau par les Apôtres ; celle où son corps est enlevé du tombeau et transféré dans les cieux.

Jean-Claude Larchet

Source : orthodoxie.com

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