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Riqâsh, la mère du tombeur de Zénobie
dimanche 5 septembre 2010
par Pascal G. DELAGE
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Profitant d’un affaiblissement de l’empire romain et de son éternel compétiteur, le royaume parthe (perse), l’arabe Odénath fit de l’oasis de Palmyre un des foyers culturels des plus brillants du Proche-Orient. Ayant succédé à son époux Odénath assassiné en 267, Zénobie parvint même à soumettre à son autorité la Syrie, l’Égypte, et un temps, l’Asie Mineure.

Toutefois le vide géopolitique qui accompagna la crise du IIIe siècle n’avait pas bénéficié qu’aux tribus arabes de Palmyre. D’autres tribus, les Tanukhs, remontant du Bahreïn vers le sud de l’Irak profitèrent de l’instauration d’une nouvelle dynastie en Perse (les Sassanides) pour tenter eux aussi de contrôler une partie du commerce caravanier - entre Extrême-Orient et Bassin méditerranéen, commerce qui avait fait la fortune de Palmyre. Le conflit était inévitable entre eux et Palmyre. Zénobie, entre 270 et 273, réduisit à néant les prétentions de ces nouveaux venus en faisant mettre à mort leur chef Gadhîma après l’avoir capturé par traitrise semble-t-il. Mais Gadhîma avait une sœur, Riqâsh.

Puissant Seigneur de la confédération tanukhe, Gadîma régnait sur les turbulents sheiks de la steppe orientale du plateau jordanien en se faisant livrer des otages qui vivaient dans son campement. Ainsi exigea-t-il que vienne à sa cour [1] Adï, un tout jeune homme de la tribu d’Iyâd, tribu à laquelle appartenait la propre mère de Gadhîma. Son père, Nasr fils de Rabîa, s’y opposa farouchement. Il y eut la guerre et les hommes de la petite tribu d’Iyâd ne s’en sortirent pas trop mal en recourant à une ruse.

Toutefois il fallut livrer l’enfant pour obtenir la paix. A la Cour de Gadhîma, celui-ci devint rapidement son favori et pouvait même se rendre - insigne privilège - dans l’appartement des femmes. Et sa beauté enflamma le cœur de la sœur du roi. Refusant de céder aux avances de Riqâsh pour ne pas trahir la confiance de Gadhîma, Adï se vit imposer un étrange marché : « Demande-moi en mariage au roi ». Bien conscient de son peu de noblesse, Adï savait l’affaire vouée à l’échec quand Riqâsh lui conseilla de verser du vin pur au roi alors que les autres convives - comme tout être civilisé – ne le consommèrent que coupé d’eau. Enivré, Gadhîma consentit à la demande du page en présence de tous ses convives. Le soir tombé, Riqâsh fit appeler Adï auprès d’elle et devint enceinte cette même nuit. Dégrisé, le roi fit appeler sa sœur pour mettre les choses au clair. Celle-ci simula la colère. « Honte à toi qui m’as donné comme épouse à un esclave arabe. Si tu m’avais consultée, je ne l’aurais pas agréé. Mais je n’ai pas osé te résister en présence de tes chefs et te faire des doléances en public ». Nullement dupe, Gadhîma fut violemment peiné par l’attitude de sa sœur. Quand à Adï, il s’enfuit prudemment dans sa tribu où il mourut peu de temps après, victime d’une rixe familiale.

 

[1] probablement située près de l’actuelle Umm al-Jimal, au nord de la Jordanie