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Accueil du siteLES MERES DE L’EGLISE ET AUTRES DAMESLes Géorgiennes
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Sagduxt, la prudente régente
samedi 10 juillet 2010
par Pascal G. DELAGE
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Issue d’une des grandes familles d’origine perse, Sagduxt appartenait à une dynastie mihranide qui régnait sur la principauté de Gardam, marche méridionale du royaume Aghbanie [1] au sud de la Koura. Toutefois, la Chronique Géorgienne fait encore du père de Sagduxt l’éristhaw de Ran [2]. Fille du prince Barzabot’, pro-perse et zoroastrien comme tous les membres de sa famille, elle fut pourtant donnée en mariage vers 435 à un prince chrétien qui venait de monter sur le trône de Mcxéta. Ce roi, Mihrat V, était issu lui-aussi d’une autre branche des Mihranides qui régnait depuis le début du IVe siècle sur la Géorgie/Iberie et il succédait à son grand-oncle, Artchil Ier, le frère du grand Bakourios. Le roi Mihrat IV, fils de Bakourios et père de Mihrat V, n’avait régné que très peu de temps après avoir été capturé par les Perses en 411 : il fut déporté en Iran où il mourut.

Arrivée à Mcxéta, la jeune femme reçut le baptême pour pouvoir épouser le nouveau monarque d’Ibérie. Sagduxt lui donna trois enfants, une fille Xorandze – vers 436 -, un garçon Vakht’ang - en 440 -, et une seconde fille, Mirhanduxt’ - en 446 – un an avant la mort de son époux. Devenue veuve et régente du royaume au nom d’un enfant de 7 ans, Sagduxt dut se résoudre à en appeler à la protection de son père, puis de son frère, le prince Bacurios, pour faire face à la révolte des grands seigneurs ibériens et à l’emprise grandissante des milieux zoroastriens qui multipliaient les temples du feu. Déjà sous le vieux roi Artchil, l’évêque Glonokor se comportait curieusement plus en mage qu’en pasteur chrétien : Il était d’origine perse et professait l’orthodoxie, mais ce n’était qu’un mage impie, destructeur des rites. Le roi et son fils ne mesuraient pas son impiété et le tenaient pour un croyant ; il n’enseignait pas ouvertement sa religion par peur du roi et du peuple, mais il écrivit en secret des livres parfaitement scandaleux ; après lui, tout ce qu’il avait écrit fut brûlé par l’évêque véridique Michel [3]. Sous protectorat des princes de Gardam, le zoroastrisme fit de nouveaux progrès. Toutefois, Barzabot’ n’exigea ni l’apostasie de sa fille ni celle de son petit-fils.

Cette position faite de pragmatisme et de prudence conserva l’Ibérie loin de l’embrasement des pays chrétiens du Caucase à l’été 451 lorsqu’ils tentèrent de secouer le jour sassanide à l’appel du prince arménien Vardan Mamikonian même si le vitaxe [4]d’Ibérie y participa probablement à titre personnel. Année après année, Sagduxt sut affermir son pouvoir et parvint à imposer sa volonté aux puissants du Royaume. Ainsi à la mort de l’évêque Glonokor Mobidan (le Mage), elle n’hésita pas à faire appel à Constantinople en 452 pour recevoir de la capitale impériale un évêque chrétien qui saurait résister aux mages et limiter le succès de leur mission. La régente s’employa aussi à bâtir de nouvelles églises après que les zoroastriens eurent remplacé nombre de premiers édifices chrétiens par des temples à feu. La régente est ainsi à l’origine de l’église de Saint-Etienne sur l’Aragvi et celle de Sion à Samshvilde.

Lorsque son fils Vakt’ang accéda au pouvoir en 455 à l’âge de 15 ans, inaugurant un brillant et belliqueux règne, la reine-mère conserva un immense prestige tant auprès de ses sujets que des monarques étrangers. Commençant par s’allier avec des tribus alaines du nord Caucase qu’il avait vaincues à la suite d’un raid mené sur l’Ibérie [5], le roi Vakt’ang se comporta d’abord en fidèle vassal du roi perse Khorsov [6] qui épousa d’ailleurs sa sœur Mihranduxt, avant de se tourner vers Constantinople. Ainsi après sa première épouse perse Valendoukht [7] , il épousa Héléna qui était apparentée à l’empereur Zénon [8]. La fille aînée de Sagduxt, Khwarandzé, épousa vers 449/455 Bacurios II le vitaxe de Gogarène (un autre prince de la dynastie des Mihranides). La reine était toujours vivante au moment du mariage de sa fille avec le Roi des rois. A cette occasion, étant descendue avec son fils en Perse, elle aurait alors accompli le grand pèlerinage à Jérusalem, la ville sainte qui tient une si grande place dans la piété des Géorgiens [9].

 

[1] L’antique royaume d’Aghbanie ou d’Albanie du Caucase correspondait au territoire actuel de la république d’Azerbaïdjan et du sud du Daguestan

[2] Ran n’est encore qu’un autre nom de l’Albanie, Aluank en arménien, Ran est l’appellation iranienne de cette même région

[3] Vie des rois du Kartli, 12

[4] quelque chose comme le patrice ou vice-roi

[5] au cours de ce raid, les Ossètes avaient emmené captive la sœur de Vakt’ang, Mihranduxt

[6] Peroz (457-484) ou Kavadh (488-496) ?

[7] Fille du Roi des rois Hormizd III (357-359), elle est la mère du roi Vatché II

[8] mère de deux fils, Léon et Mihrdat

[9] Vie des rois du Kartli, 13