Caritaspatrum
Accueil du siteLES MERES DE L’EGLISE ET AUTRES DAMESLes Géorgiennes
Dernière mise à jour :
mercredi 15 novembre 2017
Statistiques éditoriales :
789 Articles
1 Brève
73 Sites Web
31 Auteurs

Statistiques des visites :
56 aujourd'hui
516 hier
498678 depuis le début
   
Nana, première reine chrétienne d’Ibérie.
vendredi 5 mars 2010
par Pascal G. DELAGE
popularité : 19%

Selon la chronique connue sous le nom de « Histoire des Rois et des Patriarches des Géorgiens » (IXe/XIe siècle), la reine Nana serait la fille d’un roi du Pont nommé Ulita [1]. Elle fut donnée en mariage au jeune monarque d’Ibérie, Mirian, à la toute fin du IIIe siècle. Or celui-ci était apparenté à la famille royale de Perse, les Sassanides, et ne tenait le trône d’Ibérie que par la volonté du Roi des rois, volonté ratifiée par le mariage du jeune prince en 284 avec une petite fille du nom d’Abeschoura, la fille et héritière d’Aspacurios, dernier roi géorgien d’origine parthe (en tout cas revendiquée comme tel). Le marié avait sept ans, et sa promise guère plus. La jeune fille mourut en 292 sans que ce couple ne connut une descendance, et pour cause.

L’union avec la princesse Nana fut plus durable et plus féconde, la reine donna deux fils à son époux, Rev et Aspacurios (Bacurios) qui fut retenu otage des Romains au temps de Constantin Ier [2] ainsi qu’une fille qui épousa un noble, Peroz, éristhaw de la région de Khounan à Barda.

L’époux de Nana connut un règne exceptionnellement long, et il survécut même à son propre fils, le prince Rev, de quelques mois. Mort en 361 à l’âge de 83 ans, Mirian aurait ainsi régné près de 75 ans [3]. L’une des grandes affaires de ce très long règne, outre les louvoiements obligés entre les superpuissances de Rome et de la Perse, fut la conversion du couple princier à la foi chrétienne, conversion à laquelle fut intimement mêlée la reine Nana.

Vers 337, l’épouse du prince tomba gravement malade et son état devint rapidement désespéré. C’est alors qu’on parla à la cour de Mtskhéta d’une kadag (« femme-chamane ») venue de l’empire romain et qui professait une nouvelle religion. Depuis près de trois ans, cette captiva vivait dans les faubourgs de la ville, ne semblant entretenir de relations à peu près suivies qu’avec les membres de la communauté juive dont elle parlait la langue. Étonnés par sa douceur et son humilité, les habitants de la ville lui amenèrent un enfant malade qu’elle guérit miraculeusement. C’est à ce moment là que la reine Nana entendit parler d’elle et la fit venir auprès d’elle.

Affligée d’une très grave maladie physique, la reine était dans le plus grand désespoir. Elle demande que la captiva lui soit amenée. Celle-ci refusa d’y aller de peur de paraître oser plus que son sexe ne lui permettait. La reine ordonne alors qu’on la porte à la cabane de la captiva. Comme l’enfant [guéri précédemment], elle est déposée sur la couverture. Après avoir invoqué le non du Christ, tout de suite après la prière, la captiva la fit se relever guérie et pleine de vivacité. Elle lui enseigne que le Christ qui l’a sauvée est Dieu, fils du Dieu très-Haut, et elle la presse d’invoquer Celui qu’elle sait être l’auteur de son salut et de sa vie ; car c’est lui qui accorde les royaumes aux rois et la vie aux mortels. La reine, rentrée chez elle, révèle avec joie, à son époux qui l’interrogeait la cause d’une guérison si subite ; mais, comme heureux de la guérison de son épouse, il ordonnait de porter des cadeaux à la femme, la reine lui dit : « La captiva ne veut rien de tout cela, Roi : elle méprise l’or, rejette l’argent, elle se nourrit du jeûne comme d’une nourriture ; le seul cadeau que nous puissions lui donner, c’est d’honorer celui qui m’a guérie quand elle l’a invoqué, le Christ-Dieu » . A cela le roi ne montra alors aucune ardeur et, bien qu’il fut souvent chapitré par son épouse, il différa pendant un certain temps [4].

En effet, une telle chose passait pour folie et déraison pour le roi Mirian. C’est alors qu’au cours d’une chasse, il se vit, quelque temps plus tard, plongé en pleine journée dans d’épaisses ténèbres. Il invoqua alors Armazi et les autres divinités traditionnelles. Finalement, il fit la promesse de se convertir au Dieu de la kadag chrétienne et de Nana, si jamais il lui était donné de revoir la lumière. À l’instant même du vœu, le soleil apparut de nouveau.

La conversion des souverains fut suivie par toute la région de Mtskhéta. On commence à construire la première église, une simple basilique avec des colonnes de bois, reposant sur des socles en pierre. Le couple royal résidant habituellement à Mtskhéta, ils invitèrent la kadag chrétienne à les rejoindre lorsqu’elle tomba malade au village de Bodé. Mais celle-ci s’y refusa et mourut dans ce petit village très probablement en 339.

Selon la Vie de Nino, la reine Nana mourut vers 345 et fut inhumée dans l’ « église à la colonne », ce premier édifice chrétien édifié à Mtskhéta. Il est toutefois à noter que le nom de la reine géorgienne, celui de son époux et de la kadag chrétienne sont demeurés anonymes dans le récit le plus ancien de la conversion de la Géorgie, celui du moine-historien Rufin qui reçut vers 390 l’histoire de la bouche même du prince géorgien Bacurios. Or Bacurios était un descendant direct du premier roi chrétien. Les noms des protagonistes de cette histoire ne seront donnés que par la Vie de Nino et la Conversion de la Géorgie (K’artlis-mok’c’eva), deux textes du Xe siècle qui pourraient toutefois dépendre eux-mêmes du récit du diacre Grigol (VIIe siècle).

Cathédrale de Svetitskhoveli (XIe siècle)

La reine Nana est à l’origine de la première église de Géorgie à Mtskhéta et contribua à part égale à la christianistion du royaume, les hommes croyant par l’action du roi, les femmes par l’action de la reine. La cathédrale de Svetitskhoveli à Mtskhéta est toujours le siège du catholissat de Géorgie
 

[1] Ce dernier est identifié par Christian Settipani à T. Iulius Thothorsès, roi du Bosphore qui régna entre 285 et 308

[2] Constantin régna sur la pars orientalis de l’empire de 324 à 337

[3] il est à identifier au roi Meribanes d’Ibérie d’Ammien Marcellin, Histoires, Livre XXI, chapitre 6, 8.

[4] cf. cf. Rufin d’Aquilée, Histoire ecclésiastique, 1, 11, trad. Françoise Thelamon