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Savina de Vindena
mercredi 30 décembre 2009
par Pascal G. DELAGE
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Selon le Martyrologe romain, Sabina était originaire de Vindena (près de Terni) en Ombrie. Fille d’un notable du nom d’Hérode Metallarius, épouse de Valentinus, elle fut convertie à la foi chrétienne par une esclave venue d’Orient, Serapia. Lorsque cette dernière fut dénoncée et exécutée comme chrétienne à l’époque de l’empereur Hadrien, Savina lui donna une sépulture dans le mausolée familial. Suspectée en raison de ce geste, elle fut conduite devant le préfet Elpidius et subit à son tour le martyre à l’issue de l’interrogatoire : « Êtes-vous Savina, illustre par sa famille et le mariage ? » interroge le préfet. « Oui, c’est bien moi, répondit-elle, et je remercie mon Sauveur Jésus-Christ pour ma servante Serapia qui m’a libérée de la puissance de l’enfer. »

Par la suite les reliques de cette matrone chrétienne furent transférées de Vindena à Rome pour y être conservées dans une basilique portant son nom et édifiée entre 422 et 432 sur la colline de l’Aventin par un prêtre illyrien du nom de Pierre [1]. A vrai dire, ce prêtre qui disposait, de fait, de quelque fortune avait surtout aidé à bâtir le titulus Sabinae sur les fonds octroyés par une riche romaine du nom de Sabina. Il est possible de cerner un peu plus l’identité de cette riche évergète : vers 410/420, la clarissima femina Iunia Sabina [2] intervient dans l’édification du martyrium de saint Alexandre sur la via Nomentana, martyrium qui conserve également les restes du martyr Eventius. Or ce sont les reliques des mêmes martyrs qui seront conservées dans la basilique de l’Aventin. Au synode de Rome en 499, deux prêtres se désignent encore comme presbyterii tituli Sabinae (« de l’église de Sabine »). A un autre synode romain de 599, il n’est plus question que de l’église de Sainte-Sabine. Le processus d’occultation des véritables fondateurs est parvenu à son terme et l’obscure martyre ombrienne a pris la place de la patricienne romaine.

Le geste de l’Ombrienne inhumant son esclave Serapia peut encore nous orienter vers une autre Savina qui se tient dans cette frange en demi-teinte qui va de l’histoire aux relectures légendaires. Savina de Lodi [3] intervient en effet dans le cycle des martyrs milanais Nabor et Félix dont elle aurait dérobé les corps après leur exécution et qu’elle aurait alors pieusement ensevelis selon une trame hagiographique assez classique (à l’instar de la veuve Irène à Rome et le martyr Sébastien).

Enfin le dernier avatar que connaît la geste de sainte Savine va la conduire en Gaule selon la Légende Dorée. Devenue fille d’un puissant aristocrate de l’île de Samos nommé Savinus, et sœur de Savivianus (Savinien), elle part à la recherche de son frère lorsque une vision angélique l’avertit du départ de ce dernier et de la part glorieuse qui lui a été réservée. Circulant d’abord dans le nord de l’Italie, elle se rend ensuite en Gaule, toujours accompagnée de sa servante Maximiole, et parvient à la ville de Troyes que son frère aurait évangélisée à la fin du IIIe siècle tout comme la cité de Sens. Là elle apprend le martyre de son frère et, rendant l’esprit, le rejoint au Paradis. Il est probable que ce dernier état de la légende de Savina soit lié au geste de l’évêque de Troyes Ragnégisile qui, vers 630, reçut des reliques de la sainte romaine et fit édifier un oratoire dédié à Savina dans sa ville épiscopale. Comme souvent en Gaule, le culte précéda l’établissement des traditions hagiographiques et, de fait, la Passion de saint Savinien de Sens pour sa part n’est pas antérieure au IXe.

Savina de Vindena
 

[1] Prosopographie Chrétienne du Bas-Empire, Italie, p. 1727

[2] Prosopographie Chrétienne du Bas-Empire, Itale, p. 1964

[3] Vita Naboris, 10, AASS Iul. III

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