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Accueil du siteCOLLOQUES DE PATRISTIQUE DE LA ROCHELLELes Pères de l’Eglise et les dissidents
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mercredi 20 septembre 2017
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Argumentaires des communications
lundi 27 juillet 2009
par Pascal G. DELAGE
popularité : 16%

Communication introductive au colloque, Jean-Marie SALAMITO (Université de Paris IV - Sorbonne).

 I - Problématiques et temps apostoliques.

Schismes dans les communautés johanniques, Yves-Marie BLANCHARD (Institut Catholique de Paris)

Loin d’être irénique, comme pourrait le faire croire une lecture superficielle, la littérature johannique (quatrième évangile et trois épîtres de Jean) conserve la trace d’un grave conflit ayant affecté la vie communautaire. L’étude de ce conflit et la réflexion sur les solutions alors proposées présentent un intérêt aussi bien historique que théologique, étant donnée la valeur exemplaire reconnue aux textes bibliques dans la vie des Églises.

Les « bornes des Pères » ou « comment se posait à l’origine le problème des frontières du christianisme », Bernard POUDERON (Université de Tours)

Dès les premiers écrits du christianisme, le problème de l’appartenance s’est posé en termes de « frontières » : l’expression « ceux du dehors » y a remplacé celle de « Nations », héritée du judaïsme, mais que son caractère ethnique rendait obsolète (les chrétiens de la grande Église appartenant majoritairement aux « nations » au sens où l’entendait le judaïsme), tandis que le terme même de « bornes » a été détourné de son usage vétéro-testamentaire, exclusivement relatif au bornage des champs, pour désigner métaphoriquement les règles, dogmes et canons de l’Église. Notre communication se voudra donc un rapide panorama du processus d’autodéfinition du christianisme en termes d’intégration et d’exclusion, de différentiation et d’appropriation. Seront successivement abordés le problème de la séparation d’avec la Synagogue et celui du rejet des hérésies, tandis que celui du salut des justes amènera à se poser la question de le la perméabilité ou de l’imperméabilité des frontières que la grande Église a voulu jetées entre elle et ses demi-frères juifs et gnostiques.

L’appartenance à l’Eglise dans le débat entre Irénée de Lyon et les gnostiques, Marie-Laure CHAIEB (Université Catholique de l’Ouest)

La persévérance d’Irénée, évêque de Lyon à la fin du deuxième siècle, à défendre ses fidèles contre la tentation gnostique n’est plus à démontrer. Au cours des cinq livres de son Adversus Haereses, il ne cesse de les prévenir contre différents groupes déviants et notamment contre la doctrine valentinienne, les exhortant à rester dans le giron de l’Eglise : « Il nous faut nous réfugier auprès de l’Eglise, nous allaiter de son sein et nous nourrir des Ecritures du Seigneur » (V, 20, 2). Mais qui est désigné sous ce « nous » ? Qu’est-ce que l’Eglise pour Irénée ? Selon quels critères en est-on en dehors ou au dedans ? Ces questions sont d’autant plus dramatiques pour lui que les valentiniens qu’il connaît ont la conviction de former l’Eglise véritable, « figure de l’Eglise d’en haut » (I, 5, 6). Cette conviction valentinienne a d’ailleurs été confirmée par les écrits gnostiques retrouvés par la suite, par exemple dans le Traité tripartite : « [le Logos] mit en ordre la station de l’Eglise rassemblée en ce lieu, qui a la forme de l’Eglise se trouvant parmi les éons qui rendent gloire au Père » (97, 5-9). Sur l’étroite ligne de crête formée par les citations néo-testamentaires qu’il partage avec ses adversaires, Irénée propose une ecclésiologie comme principe dynamique. L’objet de cette contribution sera de présenter cette clef de la réfutation d’Irénée de Lyon : l’appartenance à l’Eglise représente pour lui un processus et non une discrimination fondée sur une différence de nature entre les hommes.

 II - D’Orient en Occident.

Antioche ou la difficile unité : les enjeux d’un schisme, Annick MARTIN (Université de Rennes)

Le schisme d’Antioche récapitule à lui seul l’ensemble des questions envisagées par le Colloque : dissidence, exclusion, réintégration dans la communauté, à ceci près qu’il concerne plusieurs groupes en dissidence non seulement avec l’Église officielle homéousienne puis homéenne mais aussi les uns avec les autres. L’Église d’Antioche a connu tout au long du IVe siècle une évolution théologique embrassant toute la gamme des positions possibles, de l’homousianisme nicéen le plus strict défendu par Eustathe puis Paulin et Évagre, à l’arianisme radical soutenu par Eudoxe, ami d’Aèce et d’Eunome. Elle est aussi celle dans laquelle l’homéisme officiel, c’est-à-dire la foi reconnue au concile de Constantinople en 360, acceptée d’abord par Mélèce puis par Euzoios, régna jusqu’à la mort de Valens et au concile de Constantinople de 381 qui imposa définitivement la formule de Nicée reconnue par Mélèce depuis 363. C’est dans ce contexte théologique qu’il faut relire les historiographes qui ont fait le récit du schisme, sans se laisser piéger par le point de vue mélécien adopté par certains, qui tend à le réduire à des incompatibilités ou des rivalités de personnes. Les questions disciplinaires engagent aussi la foi de ceux qui décident de se séparer, préférant leur orthodoxie à une fausse union ecclésiale. La légitimation d’une élection épiscopale, telle celle de Mélèce et de ses successeurs, est nécessaire pour rendre crédible la défense de l’orthodoxie nicéenne aux yeux des Occidentaux. Elle a un prix : la réintégration des clercs dissidents, tardivement acceptée.

L’usage de la métaphore dans le discours hérésiologique d’Éphrem de Nisibe, François CASINGENA-TREVEDY (Institut Catholique de Paris)

L’hérésiologie n’est pas un geste théologique seulement, mais un geste rhétorique, un fait de langage. C’est avec toute la spécificité du genre poétique, liturgique et didactique dont il se révèle le maître (le madrōšō) qu’Éphrem (306-373) s’inscrit dans le contexte contemporain d’une littérature ecclésiastique de combat, laquelle, enracinée dans la diatribe traditionnelle, s’érige en phénomène « universel » à la faveur de la crise arienne. Si étendu et foisonnant que soit le paysage hérésiologique balayé par le mélode de l’Osrhoène (Mani, Marcion, Bardesane, arianisme radical et volontiers pneumatomaque), il semble se résumer dans le seul terme de basōyē (« inquisiteurs » du mystère de Dieu, très précisément de la génération divine du Fils). C’est principalement dans les recueils Contre les hérésies et Sur la Foi qu’Éphrem déploie un prodigieux arsenal de métaphores hérésiologiques dont on proposera ici un inventaire ordonné. Certaines viennent de la nature (constitution, en particulier, d’un riche bestiaire), d’autres ressortissent aux domaines de la médecine et des activités humaines (principalement agonistiques), d’autres enfin, directement appuyées sur l’Écriture, attestent la mise en œuvre de toute une typologie qui culmine dans une lecture actualisante et dramatique de la passion du Christ. L’hérésiologie, comme phénomène poétique d’ « imagination » active, se révèle en définitive, non seulement comme le stimulant d’une exégèse, comme le ressort d’une catéchèse, mais comme un ingrédient esthétique de l’hymne : c’est dans l’indignation, aussi, que l’inspiration trouve son souffle.

Le schisme chrysostomien a Constantinople : résistance et réintégration, Peter VAN NUFFELEN (Université d’Exeter)

Après une récapitulation des événements menant à la condamnation et déposition de Jean Chrysostome en tant qu’évêque de Constantinople (404), cette contribution propose d’étudier le schisme qui en fut la conséquence. En effet, pendant trois décennies, l’église (nicéenne) de Constantinople se composera de trois groupes : les chrysostomiens schismatiques, refusant de se soumettre aux évêques de la cité, les chrysostomiens au sein de l’église ‘officielle’, et l’église ‘officielle’ dominée par les ennemies de Jean. Cette division s’inscrit dans la géographie de la cité, tout en laissant sa marque sur la littérature de cette période : il est possible d’assigner les sources principales sur Jean (e.a. Pseudo-Martyrius, Palladius, Socrate) à un des trois groupes définis ci-dessus. Les différents camps s’efforcent à récrire le passé afin de justifier leur position. Le schisme est donc une clé importante pour comprendre l’histoire parfois turbulente de l’église de Constantinople jusqu’à l’avènement de Proclus (434). Cette contribution propose d’étudier les élections disputées, et aussi les tentatives de réconciliation, qui étaient plutôt guidées par des considérations politiques qu’un véritable désir de réconciliation.

La traque aux visages pâles en Gaule à la fin du IVe siècle, Pascal-Grégoire DELAGE (séminaire de Bordeaux)

Dans un passage des Dialogues sur les « vertus » de saint Martin, Sulpice Sévère évoque dans le cadre du procès de l’évêque Priscillien d’Avila à Trèves en 385 le mouvement de suspicion et de haine qui se déploya contre ceux dont la pâleur ou le vêtement trahissaient l’appartenance au mouvement ascétique alors naissant en Gaule. Qu’en est-il réellement ? Amplification rhétorique ou réelles difficultés des communautés locales à intégrer ou simplement à comprendre cette forme originale du christianisme qui s’est développée en périphérie de l’institution ? En nous attachant aux deux décades qui suivent l’exécution de Priscillien, nous nous efforcerons de retracer les stratégies d’évitement et/ou de réconciliation qui se firent jour en Gaule au sein des communautés pour accompagner la question d’un « christianisme radical » jusqu’à l’apparition d’un monachisme régulier au début du Ve siècle.

Le Sermon, un des lieux de la communion ecclésiale, Bruno de LA FORTELLE (Centre Sèvres)

Je voudrais souligner un aspect de la prédication antique : en dehors du catéchuménat et de ses catéchèses, la prédication représente le principal, voire l’unique lieu d’enseignement pour tous les chrétiens, baptisés ou non. De surcroît, cet enseignement n’est pas hermétiquement réservé aux catholiques : il arrivait aussi que des hérétiques ou des païens assistent aux sermons. Je partirai de l’exemple d’un prédicateur sur lequel je travaille, Gaudence de Brescia (autour de 400) : je montrerai de quelle manière Gaudence se propose de faire entendre en même temps le même texte de la bible à tous les catholiques, catéchumènes, commençants, pénitents, spirituels, et à chacun de manière différente ; une fois le dessein de Gaudence exposé, quelques exemples tenteront de montrer de quelle manière Gaudence, dans le même sermon, peut s’adresser aux commençants et aux spirituels, aux chrétiens dotés de connaissances bibliques, et à ceux à qui elles manquent, sans vulgariser ni sacrifier la teneur théologique des homélies (il ne s’agit pas ici des différence de niveau culturel, qui sont un autre point). D’une part, chacun reçoit la nourriture qui lui convient dans la parole de l’évêque ; d’autre part, tous reçoivent une seule parole, dans un même temps. Ainsi le christianisme antique n’est-il pas un ésotérisme ; plus encore, le sermon est le lieu où s’édifie l’appartenance propre d’une communauté, soudée autour de l’évêque dans un moment de forte relation – l’évêque improvise, et le fait aussi en fonction de ce qu’il ressent dans son public, et de l’énergie qu’il puise en lui ; en somme, il s’agit de moments de relation, et quelquefois certainement de communion, dont les seules traces qu’il nous reste sont des textes prononcés.