Caritaspatrum
Accueil du siteCHRISTIANISATION DE L’AQUITAINEAu Ve et VIe siècle en Aquitaine.
Dernière mise à jour :
dimanche 25 juin 2017
Statistiques éditoriales :
776 Articles
1 Brève
73 Sites Web
25 Auteurs

Statistiques des visites :
150 aujourd'hui
320 hier
456853 depuis le début
   
Brèves
VIENT DE PARAITRE
jeudi 1er juin

Enrico CATTANEO

LES MINISTERES DANS L’ÉGLISE ANCIENNE)

Comment les chrétiens ont-ils, dès l’origine, compris la responsabilité pour autrui et le service de la communauté ? Comment ont-ils concilié la diffusion de la parole évangélique, l’accueil des incitations de l’Esprit et la construction de communautés ?

À travers les documents des trois premiers siècles qui nous sont parvenus, écrits d’acteurs ou de témoins directs tels Ignace d’Antioche, Justin, Irénée, Origène, Cyprien de Carthage, pour ne citer que les principaux, on voit vivre les communautés chrétiennes autour de ces trois pôles majeurs que sont l’enseignement de la parole, la réunion eucharistique et la préoccupation pour les plus pauvres.

Par de riches dossiers de textes dans lesquels, sur la base des études les plus récentes en langues européennes, Enrico Cattaneo présente, donne en traduction puis commente et analyse l’ensemble des écrits des communautés primitives et ceux des Églises constituées des iie et IIIe siècles.

Editeur : Le Cerf

ISBN : 978-2-2041-1542-1

 
L’Eglise d’Aquitaine au Ve s. ou de l’art de gérer les transitions
vendredi 10 mars 2017
par Pascal G. DELAGE
popularité : 2%

Grandeurs et servitudes de l’épiscopat aquitain.

Il semble bien que les évêques d’Aquitaine comme ceux du reste de la Gaule se soient réjouis de la montée en puissance d’un roi pro-catholique, véritable « nouveau Constantin » et prêchant même la croisade « anti-arienne » si l’on en croit Grégoire de Tours : « C’est avec beaucoup de peine que je supporte que ces Ariens occupent une partie des Gaules. Marchons avec l’aide de Dieu et quand ils auront été vaincus nous soumettrons leur terre à notre domination » [1]. Les évêques ne se firent donc pas tirer l’oreille pour participer au premier concile « franc » convoqué par Clovis le 10 juillet 511. On y retrouve là Pierre de Saintes, Cronopius de Périgueux, Adelfius de Poitiers, Lupicinus d’Angoulême et Cyprianus de Bordeaux, le métropolitain de l’Aquitaine Seconde. Les canons de ce concile sont des réponses circonstanciées à des questions précises que posait Clovis comme la réintégration des prêtres ariens (c. 10) ou le statut des bénéficiaires du droit d’asile (c. 1-3). Le concile rappelle que l’Eglise est classiquement composée de laïcs et de clercs, mais de façon plus surprenante le canon 4, inspiré par le nouveau pouvoir, précise qu’il est interdit « d’ordonner un laïc ». Ce qui pose un problème. Ne pourront donc être clercs que des fils ou des petits-fils de clercs. Or l’Eglise depuis plus d’un siècle décourage le mariage des clercs. Fort heureusement le même c. 4 prévoit un compromis : un laïc pourra être finalement ordonné mais et seulement avec la permission du roi ou de son représentant (le comte). A Orléans, Clovis s’affiche donc non seulement comme le protecteur de l’Eglise catholique, la seule qui ait le droit d’exister, mais le roi franc se donne surtout le moyen d’une Eglise qui soit entièrement acquise à sa cause, chaque nomination épiscopale devant être avalisée par le pouvoir royal.

Nous en avons un exemple précoce pour notre région avec l’évêque Aphtonius d’Angoulême nommé vers 542/3 et qui, selon la Chronique d’Adhémar de Chabane (1, 16), aurait été un ancien officier du roi franc. Cette nomination allogène est peut-être à mettre en lien avec la zone de peuplement franc repérée entre Saintes et Angoulême (nécropoles de Chadnier, Biron, Herpes). Vers 566, toujours à Angoulême, lui succède un autre Franc, Maracharius, qui était jusque-là le comte de la cité. C’est d’ailleurs plutôt un bon évêque qui se dépense pour l’évangélisation et « construit de nombreuses églises et maisons religieuses ». Il meurt au bout de 7 ans d’épiscopat ayant été empoisonné – pense-t-on – par celui qui allait lui succéder, Fronton. Ce dernier ne survécut que quelques mois à la mort de Maracharus. Il s’en suivra une guerre privée entre le nouvel évêque d’Angoulême, Héraclius, et le neveu de Marachius, le nouvel évêque d’Angoulême récusant la thèse du complot [2]. Cette guerre fit de nombreux morts et ne prit fin qu’avec la mort imprévue – et donc miraculeuse – du neveu, Nanthin (celui-ci en avait surtout après les biens que son oncle Maracharius avait légué à l’Eglise d’Angoulême). Vers 583/4, Bordeaux reçoit comme évêque un personnage au lignage prestigieux, un prince franc, Bertranchmus, le fils d’Ingitrude, la sœur de la reine Ingonde (Bertrand était donc le cousin germain des rois Caribert, Gontran et Sigisbert). A la même époque, nous observons d’autres nominations de prélats d’origine franque tant à Poitiers (Marovée vers 570), qu’à Périgueux (Saffarius vers 590) ou Toulouse (Magnulphe vers 580).

 

[1] cf. Grégoire de Tours, Histoire des Francs, 2, 37

[2] cf. Grégoire de Tours, Histoire des Francs, 5, 36