Caritaspatrum
Accueil du siteCHRISTIANISATION DE L’AQUITAINEAu Ve et VIe siècle en Aquitaine.
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mardi 15 août 2017
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VIENT DE PARAITRE
samedi 1er juillet

Brigitte STEGER

PIAZZA ARMERINA : LA VILLA ROMAINE DU CASALE EN SICILE)

La villa du Casale à Piazza Armerina, en Sicile, offre un des plus importants ensembles de mosaïques de l’Antiquité tardive. Il n’existe pas, en français, d’ouvrage sur cette riche villa, inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco. L’auteur en renouvelle l’étude en apportant des réponses quant à l’identité de son propriétaire, jusqu’alors inconnu. Il s’agit d’un important ouvrage qui traite de l’art et la politique sénatoriale romaine.

Editeur : A & J Picard

ISBN : 978-2708410268

 
L’Eglise d’Aquitaine au Ve s. ou de l’art de gérer les transitions
vendredi 10 mars 2017
par Pascal G. DELAGE
popularité : 1%

Grandeurs et servitudes de l’épiscopat aquitain.

Il semble bien que les évêques d’Aquitaine comme ceux du reste de la Gaule se soient réjouis de la montée en puissance d’un roi pro-catholique, véritable « nouveau Constantin » et prêchant même la croisade « anti-arienne » si l’on en croit Grégoire de Tours : « C’est avec beaucoup de peine que je supporte que ces Ariens occupent une partie des Gaules. Marchons avec l’aide de Dieu et quand ils auront été vaincus nous soumettrons leur terre à notre domination » [1]. Les évêques ne se firent donc pas tirer l’oreille pour participer au premier concile « franc » convoqué par Clovis le 10 juillet 511. On y retrouve là Pierre de Saintes, Cronopius de Périgueux, Adelfius de Poitiers, Lupicinus d’Angoulême et Cyprianus de Bordeaux, le métropolitain de l’Aquitaine Seconde. Les canons de ce concile sont des réponses circonstanciées à des questions précises que posait Clovis comme la réintégration des prêtres ariens (c. 10) ou le statut des bénéficiaires du droit d’asile (c. 1-3). Le concile rappelle que l’Eglise est classiquement composée de laïcs et de clercs, mais de façon plus surprenante le canon 4, inspiré par le nouveau pouvoir, précise qu’il est interdit « d’ordonner un laïc ». Ce qui pose un problème. Ne pourront donc être clercs que des fils ou des petits-fils de clercs. Or l’Eglise depuis plus d’un siècle décourage le mariage des clercs. Fort heureusement le même c. 4 prévoit un compromis : un laïc pourra être finalement ordonné mais et seulement avec la permission du roi ou de son représentant (le comte). A Orléans, Clovis s’affiche donc non seulement comme le protecteur de l’Eglise catholique, la seule qui ait le droit d’exister, mais le roi franc se donne surtout le moyen d’une Eglise qui soit entièrement acquise à sa cause, chaque nomination épiscopale devant être avalisée par le pouvoir royal.

Nous en avons un exemple précoce pour notre région avec l’évêque Aphtonius d’Angoulême nommé vers 542/3 et qui, selon la Chronique d’Adhémar de Chabane (1, 16), aurait été un ancien officier du roi franc. Cette nomination allogène est peut-être à mettre en lien avec la zone de peuplement franc repérée entre Saintes et Angoulême (nécropoles de Chadnier, Biron, Herpes). Vers 566, toujours à Angoulême, lui succède un autre Franc, Maracharius, qui était jusque-là le comte de la cité. C’est d’ailleurs plutôt un bon évêque qui se dépense pour l’évangélisation et « construit de nombreuses églises et maisons religieuses ». Il meurt au bout de 7 ans d’épiscopat ayant été empoisonné – pense-t-on – par celui qui allait lui succéder, Fronton. Ce dernier ne survécut que quelques mois à la mort de Maracharus. Il s’en suivra une guerre privée entre le nouvel évêque d’Angoulême, Héraclius, et le neveu de Marachius, le nouvel évêque d’Angoulême récusant la thèse du complot [2]. Cette guerre fit de nombreux morts et ne prit fin qu’avec la mort imprévue – et donc miraculeuse – du neveu, Nanthin (celui-ci en avait surtout après les biens que son oncle Maracharius avait légué à l’Eglise d’Angoulême). Vers 583/4, Bordeaux reçoit comme évêque un personnage au lignage prestigieux, un prince franc, Bertranchmus, le fils d’Ingitrude, la sœur de la reine Ingonde (Bertrand était donc le cousin germain des rois Caribert, Gontran et Sigisbert). A la même époque, nous observons d’autres nominations de prélats d’origine franque tant à Poitiers (Marovée vers 570), qu’à Périgueux (Saffarius vers 590) ou Toulouse (Magnulphe vers 580).

 

[1] cf. Grégoire de Tours, Histoire des Francs, 2, 37

[2] cf. Grégoire de Tours, Histoire des Francs, 5, 36