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Accueil du siteCHRISTIANISATION DE L’AQUITAINEAu Ve et VIe siècle en Aquitaine.
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samedi 20 janvier 2018
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VIENT DE PARAITRE
vendredi 1er décembre

Peter HEATHER

ROME ET LES BARBARES Histoire nouvelle de la chute de l’empire)

De l’Écosse jusqu’à la Mésopotamie, de l’embouchure du Rhin jusqu’aux contreforts de l’Atlas, Rome a dominé durant près de cinq siècles un immense territoire. Le démembrement rapide de sa partie occidentale a d’autant plus frappé les esprits que l’empire a remporté jusqu’au bout des succès décisifs, notamment contre Attila en 451.

Pour faire comprendre ce paradoxe, Peter Heather rouvre le dossier en déplaçant le point de vue. Brassant une superbe documentation avec un art consommé du récit, il s’intéresse autant à la vie culturelle, économique et politique de l’Empire qu’à celle des « barbares ». Ceux-ci, en effet, ne viennent pas de nulle part. Qu’il s’agisse des peuples germaniques ou, plus encore, des Huns, Peter Heather fait revivre de l’intérieur la logique des adversaires de Rome. Une logique qui, tout autant que celle des héritiers d’Auguste, façonnera le Moyen Âge européen. On découvre ici l’histoire de la fin de l’empire d’Occident autant que celle des débuts de l’Europe.

Editeur : Alma

ISBN : 2362792315

 
L’Aquitaine à l’heure des peuples germaniques.
dimanche 20 novembre 2016
par Pascal G. DELAGE
popularité : 18%

Les laïcs en première ligne.

Certes les Wisigoths sont ariens, certes ils sont encombrants, mais aux yeux des grandes familles aristocratiques qui n’ont pas fui, ils sont officiellement les alliés de Rome depuis 439 et ils manifesteront leur loyauté au pouvoir romain en se battant contre les Huns au côté du patrice Aetius lors de la grande bataille des Camps catalauniques en 451. Et tout au long du Ve siècle, nous voyons se multiplier les ralliements des nobles gallo-romains au pouvoir de Toulouse. Nous connaissons ainsi un dux Namatius qui, vers 469, surveille pour eux le littoral à partir de l’île d’Oléron [1], le iudex Potentinus ou encore le comes Victorius qui est l’un des principaux lieutenants d’Euric II. Or ce dernier construisit en Auvergne non seulement une grande basilique sur la tombe du martyr Julien à Brioude en 475/480 [2] mais aussi plusieurs cripta à Clermont ainsi qu’une église dédiée à saint Laurent et à saint Germain [3]. Victorius était très probablement possessionné également en Saintonge où une matrona, Victorina (sa fille ?), fonde une église dédiée au même saint dans sa villa de … Saint-Julien de l’Escap [4]. Or au témoignage même de Sidoine Apollinaire, ce grand seigneur est un bon catholique.

Ces aristocrates d’Aquitaine continuent d’ailleurs à mener grand train dans leur villa semblable à celle de Leontius à Bourg-sur-Gironde et dont Sidoine Apollinaire nous a laissé une plaisante description [5]. La lecture de la lettre que Sidoine adresse en 463 à un noble de Bazas nommé Trygetius pour l’inciter à le rejoindre dans la villa de Bourg, nous laisse entrevoir les mêmes pratiques d’urbanité qu’au temps d’Ausone un siècle plus tôt, un rien précieuses, un rien artificielles : Viens pour te régaler ou pour régaler les autres, ou ce qui serait le plus plaisant, pour faire les deux ; viens avec des provisions de ta province de l’intérieur soumettre et subjuguer ces fins gourmets habitués aux produits du Médoc. Qu’ici le poisson de l’Adour défie les mulets de la Garonne ; qu’ici une foule de crabes à bon marché s’efface devant les langoustes de Bayonne [6]. La correspondance de Sidoine Apollinaire ou encore celle de Ruricius, dominus de Gourdon (Lot), nous laisse entrevoir tout un monde de lettrés qui continuent à exercer des fonctions de rhéteurs comme Lupus d’Agen, Lampridius de Bordeaux ou encore Hesperius de Clermont [7]. Il est d’ailleurs à noter chez ces nobles lettrés ce souci récurrent, pour ne pas dire l’obsession, d’avoir à transmettre la culture d’un monde qui est en train de passer, ce qui se traduit en particulier par le soin jaloux avec lequel ils veillent sur l’état de leur bibliothèque et à l’établissement de manuscrits fiables.

 

[1] cf. Sidoine Apollinaire, Ep. 8, 6

[2] cf. Grégoire de Tours, Histoire des Francs, 2, 20

[3] Saint-Germain-Lambron, ibid, 2, 20

[4] cf. Grégoire de Tours, Des miracles de saint Julien, 47

[5] Carmen 22

[6] Ep. 8, 12

[7] cf. Sidoine, Ep. 8, 11 ; Ruricius, Ep 1, 3-5 ; 1, 10