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Perpétue de Carthage
lundi 20 mars 2017
par Pascal G. DELAGE
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Le sort de cette matrone de 22 ans, catéchumène, originaire de la petite ville de Thiburbo Minus est bien connu par le journal de bord qu’a laissé Vibia Perpetua. Au gré de ces quelques pages, l’un des textes les plus longs écrits par une femme de l’Antiquité que l’on ait conservé – avec le récit du pèlerinage d’Egeria à la fin du IVe siècle -, elle relate l’arrestation de son groupe qui compte d’autres catéchumènes, Revocatus, Saturninus, Secundinus, et une autre jeune femme enceinte de huit mois, Félicité, puis leur transfert à Carthage et l’attente de l’exécution. Le récit de leur passion, vécue vraisemblablement le 7 mars 203, qui fait suite à ce récit est habituellement attribué à Tertullien ou à quelqu’un de l’entourage du Maître africain.

Devant affronter le procurateur Hilarianus, Perpétue dut d’abord triompher de son père, un notable qui non seulement ne comprend rien à la décision de sa fille mais n’est que colère à la pensée de cette honte qu’attire sur toute sa famille Perpétue par sa conversion à une religion pour les esclaves et les petites gens. Aussi la suit-il jusqu’à Carthage pour essayer de la contraindre à renier sa foi alors même que Perpétue s’est déjà émancipée du pouvoir du paterfamilias(étrangement, l’époux de Perpétue n’apparaitra jamais dans son récit). Un père qui l’aime pourtant, il lui confie même qu’il l’a préférée à ses frères, qui lui rappelle qu’elle a un petit enfant qui ne pourra survivre sans sa maman, qui va jusqu’aux coups pour essayer de sauver sa fille : mon père cherchait par ses paroles à m’ébranler et, poussé par son affection pour moi, s’entêtait à vouloir ma chute : « Mon père, lui dis-je, vois-tu par exemple ce pichet par terre, c’est un cruchon n’est-ce pas ? Et il dit : « Je le vois. » Et moi je lui dis : « Pourrait-on l’appeler d’un autre nom que du nom de ce qu’il est ? » Et il dit « non. » « Pareillement, moi non plus, je ne peux me dire autre que ce que je suis, chrétienne. » Alors mon père, irrité par ce mot, se jeta sur moi pour m’arracher les yeux, mais il se contenta de me malmener et s’en alla vaincu avec ses arguments du diable [1].

Peu de temps après Perpétue et ses amis reçurent le baptême. Ils y puisèrent des forces neuves pour faire face à l’épreuve du cachot : Quelques jours plus tard, nous fûmes transférés dans la prison (de Carthage). J’en fus épouvantée jamais je ne m’étais trouvée dans de pareilles ténèbres. Jours douloureux ! La chaleur qui se dégageait de la foule des détenus était suffocante ; les soldats cherchaient à nous extorquer notre argent. Enfin j’étais dévorée d’inquiétude pour mon enfant. Alors Tertius et Pomponius, les diacres dévoués qui prenaient soin de nous, obtinrent à prix d’argent qu’on nous autorisât à nous reposer, pendant quelques heures, dans un endroit plus agréable de la prison. A ce moment-là, tous les détenus quittaient le cachot et faisaient ce qu’ils voulaient. Moi j’allaitais mon enfant qui mourait de faim [2].

Superbement libre dans sa foi, tant à l’égard des valeurs familiales que des autorités romaines, puisant des forces dans une expérience charismatique intense, Perpétue est transférée avec les autres à la prison militaire pour être servie en spectacle lors des jeux donnés en l’honneur du César Géta. Lorsqu’ils furent conduits vers l’arène, on voulut les forcer à endosser les vêtements sacerdotaux des prêtres de Saturne et de Cérès, la jeune matrone, réelle porte parole du groupe, intervint une fois encore avec la fermeté habituelle et elle s’opposa à cette mascarade (ici le récit de Perpétue est poursuit par un témoin anonyme) : Les martyrs quittèrent la prison et s’acheminèrent vers l’amphithéâtre ; on eût dit qu’ils montaient au ciel. Leurs visages étaient radieux, ils étaient beaux. Ils étaient émus, non de peur mais de joie. Perpétue marchait derrière, comme une grande dame du Christ, comme la petite bien-aimée de Dieu. L’éclat de son regard forçait tous les spectateurs à baisser les yeux. Félicité la suivait ; elle était toute joyeuse de son accouchement qui lui permettait d’affronter les fauves… On voulut les forcer à revêtir des costumes sacrilèges… Mais Perpétue résista fermement jusqu’au bout ; elle refusa avec une invincible ténacité : « Si nous sommes venus ici volontairement, c’est pour défendre notre liberté. Si nous sacrifions notre vie, c’est pour n’avoir pas à faire une chose pareille. Sur ce point nous avons passé un contrat avec vous ». L’injustice dut céder à la justice. Le tribun consentit à les faire entrer avec leurs vêtements ordinaires [3].

Après la mise-à-mort des hommes, les deux femmes furent exposées, nues, à une vache furieuse mais devant la désapprobation du public qui ne tient pas être trop dérangé par la gracilité de ses victimes, on leur fit revêtir des tuniques sans manche. Malgré ses blessures, Perpétue cherche sur le sol de l’arène une épingle « car une martyre ne peut pas mourir les cheveux épars, pour ne pas avoir l’air en deuil le jour de sa gloire ». D’abord toutes les deux graciées, la foule versatile réclama que l’on exécutât l’ensemble des blessés devant elles : Les martyrs se levèrent d’eux-mêmes et se portèrent où le désirait la foule. Ils se donnèrent d’abord le baiser de paix pour consommer le martyre selon le rite de la foi. Tous demeurèrent immobiles et reçurent en silence le coup mortel. Perpétue eut le temps de savourer sa douleur : frappée entre les côtes, elle poussa un grand cri ; puis elle saisit elle-même la main tremblante du gladiateur novice et dirigea le glaive sur sa gorge. Sans doute une telle femme ne pouvait mourir autrement que par son propre gré, tant le démon la redoutait [4].

Perpétue de Carthage

 

[1] Passio, III,1-3, trad. Jacqueline Amat, Sources Chrétiennes, n° 417.

[2] Passio, III,6-8.

[3] Passio, XVIII,4-6

[4] Passio, XXI,7-10

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