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L’Apocalypse au risque de l’histoire : le livre (I)
dimanche 15 mars 2009
par Alexandre FAIVRE
popularité : 21%

La critique ne consiste pas à tout mettre en doute, mais à tout écouter, ainsi coïncide-t-elle avec une plus grande mémoire, Maurice Bellet, In principio.

Le dernier ouvrage de G. Mordillat et J. Prieur [1] vient de sortir. Après Jésus contre Jésus, qui suivait la série télévisée Corpus Christ, Jésus après Jésus qui accompagnait la série intitulée L’origine du Christianisme, voici donc Jésus sans Jésus qui accompagne L’Apocalypse, une série de douze émissions qui sera diffusée à partir du mois de décembre sur Arte et qu’on peut déjà visionner en Cd.Rom.

Comme cette fois-ci, la publication du livre précédait la diffusion télévisée, il m’a semblé intéressant d’analyser d’abord ce dire dans l’espoir qu’il permettrait de mieux décrypter ce qui nous est, par la suite, donné à voir, lorsque les auteurs, fidèles à leur méthode, mettent en scène à la télévision, non pas l’histoire elle-même, mais tout un panel d’historiens, spécialistes reconnus.

De cette familiarité avec les experts, G. Mordillat et J. Prieur ont su tirer profit : la publication de leur livre a été précédée d’une confrontation documentée avec les résultats de chercheurs qualifiés, venus d’horizons divers. Cette longue confrontation pourrait paraître, a priori, garante du sérieux de leur démarche. Il faudra cependant s’interroger sur le comment du découpage et de la mise en scène des contributions scientifiques filmées. Pour l’instant, c’est le récit écrit - le texte du livre - qui nous intéresse et que je voudrais caractériser.

Le livre : risquer un récit

Le récit constitue en fait l’étape finale de tout travail de recherche historique. Dans une réflexion intitulée « Des histoires en théologie, conflits de méthode ou de croyances ? » [2], j’avais insisté sur le fait que l’histoire, qui est « vulnérable dans son fondement, l’est aussi dans son terme. Car l’histoire se fait toujours en se disant… Le dire historique constitue la dernière étape du travail du chercheur, celle où après avoir collecté, analysé, disséqué, critiqué les témoignages, il prend l’ultime responsabilité de rendre présent le passé, ou du moins ’un passé’ reconstruit. Pour cette opération qui l’engage personnellement, il doit effectuer un double travail d’herméneutique et de transmission, afin de rendre compréhensible à ses contemporains ce qui a disparu ». C’est ce travail qui est effectué dans Jésus après Jésus et comme pour tout travail analogue, les lecteurs à qui il est transmis sont fondés à s’interroger sur le « comment » et le « pourquoi » de ce récit particulier.

Pourquoi ? Comment ?

Ces mots, au travers d’une citation de Beckett, servent d’exergue au livre et de titre à son préambule. « Toujours la même question lancinante… ». Faut-il voir un résumé des interrogations des auteurs lorsqu’ils nous invitent à comprendre : « comment un petit groupe d’adeptes d’un personnage méprisé qui attendait un événement illusoire, comment ce courant marginal du judaïsme a pu, malgré les conflits internes, malgré les obstacles extérieurs, malgré les mesures de répression, donner naissance à une nouvelle religion ? » (p. 18-19). Est-ce là l’interrogation qui fonde leur démarche ?

Cette interrogation se rapporte d’abord au « comment ». Si l’histoire est, comme aimait à le répéter Marc Bloch, la science du changement ou d’un changement, si l’histoire s’intéresse particulièrement aux transformations des sociétés et cherche à en déterminer le moment (aussi bien le moment où se réalise ce changement que celui où il se révèle), l’historien se doit de faire l’inventaire des différences qui caractérisent chaque époque, chaque lieu, et il doit chercher à expliquer en profondeur ces changements. C’est ce que proposent de faire Mordillat et Prieur en encadrant leur récit historique par un fondamental « pourquoi » mis en scène autour du célèbre aphorisme de Loisy : « Jésus annonçait le Royaume et c’est l’Église qui est venue ». Cette affirmation, citée au premier chapitre, réapparaîtra dans les deux dernières pages de l’ouvrage pour conclure et clôturer l’ensemble du texte. Et tout au long du livre, cette affirmation va prendre différentes couleurs, différents visages.

 

[1] G. Mordillat et J. Prieur, Jésus sans Jésus. La christianisation de l’Empire romain, Paris, Seuil, 2008 (paru le 06.11.2008).

[2] paru chez Fayard en 1996, dans l’ouvrage « L’historien et la foi », sous la direction de Jean Delumeau