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Accueil du siteCHRISTIANISATION DE L’AQUITAINEPhoébade d’Agen.
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jeudi 25 mai 2017
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VIENT DE PARAITRE
mercredi 1er février

Sylvain DESTEPHEN

LE VOYAGE IMPÉRIAL DANS ANTIQUITÉ TARDIVE : DES BALKANS AU PROCHE-ORIENT)

En 324, la fondation de Constantinople sur les rives du Bosphore modifie les voyages impériaux qui s’organisent désormais autour de la nouvelle capitale. D’abord considérée comme un point de départ ou de passage, Constantinople se transforme en lieu de pouvoir. La reconstitution des itinéraires permet de saisir l’évolution de l’Empire romain dans sa moitié orientale du IVe au Ve siècle, l’État et la cour avançant d’un même pas. Suivi de sa famille et de ses familiers, escorté par les hauts fonctionnaires et les officiers supérieurs, l’empereur se déplace sans cesse. La présence de parents et de courtisans, d’officiels et de soldats, montre que les voyages impériaux possèdent une dimension privée et publique autant que civile et militaire. L’ampleur de la suite et de l’escorte exige de vastes réquisitions pour fournir gîte et couvert, véhicules et attelages. Le système de cour, porté à sa perfection sous la dynastie théodosienne (379-450), circonscrit ensuite les voyages aux environs de Constantinople, devenue le cadre unique du faste impérial

Éditeur : Boccard

ISBN : 978-2-7018-0493-4

 
Phoébade d’Agen - nouvelles approches
jeudi 20 août 2015
par Pascal G. DELAGE
popularité : 8%

Aucune actualité brûlante ne justifie que l’on intéresse tout particulièrement aujourd’hui à Phoébade d’Agen. Certes il est l’auteur d’un traité de théologie remarqué en son temps, le Contra Arianos [1]ainsi que de divers opuscules que les hasards de la transmission manuscrite ne nous ont pas conservés ; certes le moine Jérôme de Bethléem lui a consacré une notice dans son De viris illustribus [sc], mais force est de reconnaître que Phoébade n’est pas une figure de premier plan de l’Eglise d’Occident comme ses contemporains Hilaire de Poitiers ou Ambroise de Milan.

Quoiqu’il intervînt de façon courageuse et déterminée lors du concile de Rimini en 359, ni la tradition chrétienne ne lui est redevable d’aucune avancée dogmatique décisive, ni la cité d’Agen de vestiges paléochrétiens qui pourraient faire aujourd’hui la joie des archéologues et des historiens de l’art.

Phoébade, un évêque ordinaire au IVe siècle. Mais qu’est ce que cela implique d’être évêque d’Agen dans les années 350 dans une Gaule qui ne compte à cette date qu’une cinquantaine d’évêchés répartis principalement depuis le littoral méditerranéen au limes du Rhin ?

Quels sont les facteurs qui ont pu présider à la naissance d’une Eglise sur les bords de la Garonne dans une contrée encore très peu touchée par le christianisme ?

Notre propos ne portera donc pas sur la dimension théologique du Contra Arianos mais cherchera à préciser en quoi les interventions de l’évêque d’Agen peuvent être révélatrices de la christianisation en cours de l’Aquitaine. S’il est incontestable que la foi chrétienne progresse effectivement tout au long du IVe siècle « par une mystérieuse et formidable opération de capillarité » (P. Pierrard), sa diffusion a été rendue possible par la mise en place de structures sociales pertinentes qui lui donnent forme en l’inscrivant dans l’espace et les mœurs.

A défaut d’être une figure d’exception, la reprise des données biographiques de Phoébade dans une perspective ecclésiologique peut se révéler prometteuse : il est ainsi significatif que les sources anciennes associent toujours l’évêque d’Agen à d’autres pasteurs catholiques, un évêque avec d’autres évêques [2].

Si Phoébade d’Agen n’est pas l’homme de la singularité ou de l’exceptionnel, son apostolat et ses prises de positions donnent une épaisseur et une voix à cet épiscopat gaulois du IVe siècle qui a saisi très tôt l’importance de la collégialité pour assurer à la mission chrétienne un minimum de liberté tant à l’égard du pouvoir impérial que des aristocraties locales [3]. De fait, les situations inédites et conflictuelles ne vont pas manquer tout au long de cette « période d’incertitudes » (P. Chuvin), qui va de la conversion au christianisme de l’empereur Constantin, après les grandes persécutions du début IVe siècle, au règne de Théodose qui imposera en 381 ce même christianisme comme religion d’Etat, exclusivisme religieux qui conduira fatalement à l’interdiction des cultes traditionnels en 391.

La vie et l’apostolat de Phoébade s’inscrivent très précisément à l’intérieur de cette mutation religieuse majeure de l’Antiquité tardive : né très probablement vers 310 comme son compatriote aquitain le plus illustre, le poète et consul Decimius Magnus Ausonius, il est encore vivant en 392, « très âgé » au témoignage de Jérôme.

Tout en ayant mission d’implanter le christianisme sur les bords de la Garonne – ce qui implique la mise en place d’un programme édilitaire comprenant au minimum une cathédrale, un baptistère et la domus episcopae si Phoébade est effectivement le premier évêque d’Agen -, il eut aussi à faire face avec ses pairs aux questions qui naissaient de la sollicitude, souvent ambiguë, de l’empereur devenu chrétien pour l’Eglise.

Entre les partisans d’une Eglise impériale et ceux qui récusent toute compromission avec le monde, les évêques gaulois du IVe siècle vont chercher à se frayer un chemin qui pourra faire droit à l’esprit de l’Evangile tout en demeurant hospitalier à l’éthos de la société gallo-romaine de la fin de l’Antiquité.

 

[1] Le texte du Contra Arianos a été édité et traduit avec une solide introduction critique par A. Durangues à partir de l’unique manuscrit (XIe siècle) conservé à la Bibliothèque Royale de Leyde (Cod. Lat. Voss. f. 58).

[sc] Jérôme, De vir. Ill., 108 : « Phoébade, évêque d’Agen en Gaule, a fait un livre contre les Ariens. On lui attribue d’autres ouvrages que je n’ai pas lus. Il vit encore aujourd’hui dans une vieillesse décrépite » (trad. Bareille). Jérôme ne plaça que trois Gaulois dans son Parnasse littéraire rédigé en 393 : Rheticius d’Autun, Hilaire de Poitiers et Phoébade dont Jérôme ne localise que très approximativement le siège épiscopal en Gaule alors qu’il situe correctement Poitiers en Aquitaine.

[2] Ces sources sont, mis à part le Contra Arianos, l’incipit du concile de Valence en 374 (S.C. n° 241, p. 103), avec la graphie Foegadius ; celui du concile de Saragosse (P.W., col. 498-505) avec la graphie Fitadius ; l’ Apologie arienne, frag. 18, de Palladius de Ratiaria en 381/4 avec la graphie Foebadius ; la lettre 87 d’Ambroise de Milan (avant 397) avec la graphie Segatius ; la vignette de Jérôme en 392 avec la graphie Phoebadius et la Chronique, 2, 44, 1 et 3, de Sulpice Sévère en 403 (S.C. n° 441, p. 327) avec la graphie Foegadius qui est celle du concile de Valence.

[3] A de très rares exceptions (Rheticius d’Autun, Maximien de Trèves, Hilaire de Poitiers), nous ne connaissons de l’épiscopat gaulois pour les deux premiers tiers du IVe siècles que des listes de noms accolés à des sièges épiscopaux (et pas toujours) obtenues lors des souscriptions des synodes d’Arles (314), de Sardiques (343) ou de Valence (374) : ce « corporatisme originel » a dû être une des moteurs de la mission chrétienne en Gaule tant par sa présence au plus près de la vie des cités que par les réseaux d’entraide qu’il supposait.