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Pʻaranjem et la tragique condition des reines
jeudi 5 juillet 2012
par Pascal G. DELAGE
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Fille d’Andovk, prince (nahapet) du Siwnikʻ (Buzandaram, 4, 15), Pʻaranjem passait pour avoir été l’épouse de Gnel, un petit-fils du roi Xosrov II (330-338/9). mais elle avait été probablement d’abord mariée à l’héritier du trône d’Arménie, Aršak II, à qui elle avait donné un fils, Pap (né vers 350).

Lors d’une nouvelle alliance avec les Romains en 358, Aršak reçut comme épouse une princesse constantinide, Olympias, fille de l’ex-préfet Ablabios et d’une nièce de Constantin Ier. Pʻaranjem, déjà mère du prince Pap, fut donc répudiée mais elle fut toutefois donnée en mariage à un aršacide, le neveu d’Aršak II, Gnel, qui revint lui aussi en 358 de Constantinople où il était retenu jusque-là en qualité d’otage.

Cet arrangement pour le moins curieux correspondait comme le rappelle Aram Mardirossian à une pratique zoroastrienne qui permettait à un hgomme ayant contracté un « mariage complet » (patixšay) de donner dans certaines circonstances son épouse à un parent agnatique. Ce mariage était valide mais « partiel » (čakar), l’épouse « prêtée » restant légalement la femme du premier mari. Aršak II préservait ses intérêts du côté des lignages arméniens et évitait à la princesse byzantine l’affront d’être traitée en seconde épouse (nombre de princes arméniens étaient encore polygame quoiqu’il en fut de la christianisation rapide de l’Arménie au IVe siècle).

Un tel mariage renforçait la place de Gnel à la cour du roi et un autre neveu d’Aršak II, Tiritʻ, prit rapidement ombrage de ce « rapprochement matrimonial ». Il ne tarda pas à ourdir un complot pour éliminer Gnel et s’emparer à son tour de la belle Pʻaranjem.

Gnel fut exécuté alors sur l’ordre du roi en dépit des protestations de son épouse et de celles du catholicos Nersēs. Toutefois rapidement détrompé sur le compte de Tiritʻ qui vint lui demander trop tôt la main de Pʻaranjem, Aršak II l’élimina à son tour et se rendit en personne comme il se doit à la cérémonie funèbre pour pleurer son neveu : Assis auprès du corps, il pleurait Genêl. Près de lui, Pʻaranjem, la tunique déchirée, les cheveux épars, le sein découvert, se lamentait au milieu des pleureurs ; elle poussait des gémissements et ses larmes amères faisaient verser des pleurs à tous les assistants. Le roi en conçut du désir et décida d’en refaire son épouse (Buzandaran, 4, 15).

Aussi reprit-elle la route du palais et ne tarda pas à mettre tout en oeuvre pour retrouver sa place réelle à la cour. L’occasion ne se présenta toutefois qu’après 361, c’est-à-dire après la mort de l’empereur Constance II qui avait accordé sa cousine Olympias en mariage Aršak II. La princesse byzantine se tenant sans cesse sur ses gardes,Pʻaranjem parvint à l’éliminer en recourant à une effroyable machination : Cette Pʻaranjem commit un forfait inouï, incroyable et bien fait pour glacer d’effroi l’auditoire. Par les mains d’un indigne prêtre qui ne méritait même pas ce nom, elle mêla à l’eucharistie, ce remède de vie, un poison mortel qu’elle donna à Olympias, la première épouse d’Aršak, lui ôtant la vie parce qu’elle lui jalousait son titre de reine. Elle excite aussi Aršak à tuer Valinak [le général en chef d’Aršak] pour mettre à sa place son père Andovk (Moïse de Khorène, Histoire de l’Arménie, 3, 24).

Le catholicos Nersēs reprochant très vivement au roi son inconduite et ses crimes, qu’Aršak II le fit déposer (le catholicos lui reprochait aussi ses positions arianisantes, le roi arméniens s’étant aligné sur le credo de Constance II).

Après la mort de l’empereur Julien en Perse et la paix honteuse conclue par Jovien avec le roi sassanide en 363, Šapuh II eut toute latitude pour rétablir l’influence perse sur l’Arménie. Après y avoir établi un régime de terreur par la destruction des villes et la déportation des populations, Šapuh captura par traîtrise Aršak qui venait d’être « lâché » par les Romains, le fit aveugler et le fit lier avec des chaînes d’argent avant de l’exécuter (Ammien Marcellin, Histoire, 27, 12, 1-3). L’exécution en Perse d’Aršak au Chateau de l’Oubli eut lieu vers 367/8.

Ayant échappé aux troupes de Šapuh, la reine Pʻaranjem résista vaillamment pendant plus d’un an dans la forteresse d’Artagers (une citadelle jugée imprenable, le site est à 55 km au sud de la ville de Kars). Elle finit toutefois par se rendre aux généraux de Šapuh. Conduite en Perse, la reine Pʻaranjem y fut exécutée à son tour d’une façon atroce :

Comme le roi de Perse Šapuh voulait rabaisser la lignée du royaume d’Arménie, il ordonna à l’ensemble des ses armées, ses puissants, la populace et tous les hommes de son royaume de se rassembler et il fit produire Pʻaranjem la reine d’Arménie devant cette multitude. Il ordonna qu’un lupanar soit érigé sur une place publique et que la femme y fut conduite. Puis il livra Pʻaranjem à leurs étreintes bestiales et c’est de cette manière qu’ils tuèrent Pʻaranjem la reine (Buzandaram 4, 55).

Stèle funéraire

Stèle funéraire (cimetière de l’église Saint-Jean de Sissian) représentant un guerrier et son épouse. Epoque médiévale ( ?). Ancienne capitale de la province escarpée du Siounik, les dynastes locaux y avaient leurs nécropoles depuis le début de l’ère chrétienne. Par son mariage avec Parandzem, Arsace d’Arménie s’assurait le contrôle d’une province turbulante et souvent rebelle.