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Accueil du siteLES MERES DE L’EGLISE ET AUTRES DAMESMarie-Madeleine, témoin et apôtre
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lundi 15 octobre 2018
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Marie-Madeleine apôtre ou messagère
mardi 20 octobre 2015
par Emilien LAMIRANDE
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1 - Les affirmations des Pères

Les Pères soulignent volontiers la mission confiée à Marie-Madeleine de faire part de son expérience pascale aux disciples masculins et lui accordent équivalemment le titre d’apôtre des apôtres. Le mot (apostolus, apostolos) conservait dans Jn 13, 16, son acception d’origine : « l’envoyé n’est pas meilleur que celui qui l’envoie ». Les synoptiques l’utilisent pour désigner les Douze. Paul revendique le titre, parce que choisi pour proclamer l’Évangile, bénéficiaire d’une vision du Christ et fondateur de communautés (I Co 9, 1). Il le donne à des collaborateurs et désigne parmi des apôtres éminents (episêmoi en tois apostolois) Andronicos et Junia (Rm 16, 17) [1]. Au sens religieux, le mot est pourtant ignoré des écrits johanniques où l’accent est mis sur la qualité de disciple [2].

On devait se demander pourquoi il n’y avait pas eu de femmes parmi les Douze. On a allégué qu’en droit judaïque le témoignage d’une femme n’était pas recevable [3]. Eusèbe de Césarée renvoyait implicitement à la liberté de choix de Jésus qui, par faveur, avait nommé apôtres seulement douze de ses disciples [4]. À l’opposé de l’image de l’apôtre faible et déficient, à travers qui Dieu manifeste sa force (II Co 12, 9), des apocryphes ont présenté l’apôtre revêtu de puissance, thaumaturge et magicien. On a suggéré que des femmes auraient tenu un pouvoir similaire de la virginité [5]. Ambroise, si l’interpolation du De uirginitate est bien de lui, rattacherait à cet état le fait que les saintes femmes aient précédé les apôtres comme témoins de la résurrection [6].

Ceux qui touchent à la question s’accordent à louer le rôle exceptionnel assumé en premier lieu par Marie-Madeleine. On doit cependant noter des différences de vocabulaire et d’accent. Hippolyte réunit déjà le thème d’apôtre à celui de nouvelle Éve. La résurrection assure la réintégration d’Adam dans sa condition initiale et c’est de cette bonne nouvelle que les saintes femmes, qui représentent la synagogue et l’Église, se font les hérauts, mandatées tour à tour par un ange et par le Christ en personne : Celles-là nous offrent un bon témoignage qui devenaient apôtres auprès des apôtres [7], envoyées par le Christ. C’est à elles que les anges avaient dit : « Allez et annoncez aux disciples qu’il vous précède en Galilée et que là vous le verrez ». Pour que les apôtres ne doutent pas qu’elles étaient les envoyées des anges, le Christ lui-même leur apparut afin que les femmes soient les apôtres du Christ et compensent par leur obéissance la faute de l’ancienne Ève. […] Ô consolations inédites ! Ève se fait apôtre [8].

 

[1] Junia a été longtemps pris pour un nom d’homme, mais on recommence, comme dans la Bible de Jérusalem, à lui rendre son caractère féminin. Cf. B. Brooten, « Junia…Outstanding among the Apostles » (Romans 16 : 7), dans L. et A. Swidler, éd., Women Priests. A Catholic Commentary on the Vatican Declaration, New York, etc., Paulist Press, 1977, pp. 141-144.

[2] R. E. Brown, L’Église héritée des apôtres, 3e éd., Paris, Cerf, 1996, p. 156 : p. 131. Cf. Id., « Roles of Women in the Gospel of John »., dans Theological Studies, 36 (1975), p. 699.

[3] Cf., par exemple, L. Aynard, op. cit., pp. 209-212 ; M.-J. Lambert, « Introduction exégétique », dans E. Duperray, éd., op. cit., p. 17.

[4] cf. Eusebius Caes., Historia Ecclesiastica, I, 10, 7 : éd. G. Bardy, SC 31, p. 36.

[5] Cf. Cl. Moreschini et E. Norelli, Histoire de la littérature chrétienne ancienne grecque et latine, t. I, Genève, Labor et Fides, 2000, pp. 1191-192 ; G. Paterson Corrington, « The Divine Woman ? Propaganda and the Power of Celibacy in the New Testament Apocrypha », dans Anglican Theological Review, 70 (1988), p. 208.

[6] cf. Ambrosius, De uirginitate, 3, 14 : PL 16, col 283 : « Considerate, quia uirgines prae apostolis resurrectionem Domini uidere meruerunt » ; voir ibid., 4, 15, cité plus haut. Cf. U. Holzmeister, loc. cit., pp. 561-563.

[7] Selon le mot à mot de G. Garitte, « apostoli ad apostolos » (d’après la version géorgienne) ou « apostoli ex apostolis » (d’après la version arménienne).

[8] cf. Hippolytus, De cantico, 25, 6-7 : CSCO 264, p. 47. Origène, à la même époque, rapproche Marie-Madeleine, annonçant aux apôtres la résurrection du Christ, de la Samaritaine qui l’avait rencontré au puits de Jacob et en avait averti ses concitoyens.