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Accueil du siteCOLLOQUES DE PATRISTIQUE DE LA ROCHELLELes Pères de l’Eglise et les femmes
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mardi 20 juin 2017
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Les Pères et les femmes : On a encore oublié Mme Tertullien !
jeudi 8 mai 2008
par Pascal G. DELAGE
popularité : 4%

Il semble que la réputation d’antiféministes, voire de machistes, des Pères de l’Eglise soit bien établie. Ainsi lit-on sous la plume de Tertullien : « Tu enfantes dans les douleurs et les angoisses, femme ; tu subis l’attirance de ton mari et il est ton maître. Et tu ignores qu’Eve, c’est toi ? Elle vit encore en ce monde, la sentence de Dieu contre ton sexe. Vis donc, il le faut, en accusée. C’est toi la porte du diable. C’est toi qui as brisé le sceau de l’Arbre ; c’est toi qui la première as déserté la loi divine ; c’est toi qui as circonvenu celui auquel le diable n’a pu s’attaquer ; c’est toi qui es venue à bout si aisément de l’homme, l’image de ton Dieu. C’est ton salaire, la mort, qui a valu la mort au Fils de Dieu. Et tu as la pensée de couvrir d’ornements tes tuniques de peau ». Virulente mise en demeure, mais qui ne doit pas nous faire oublier le jeu rhétorique et l’ironie sarcastique que manie à merveille le Maître carthaginois. Certes, il s’agit bien de mettre en garde les femmes de la congrégation chrétienne contre les diverses sollicitations mondaines de la culture gréco-romaine – souci identique chez un contemporain de Tertullien, Clément d’Alexandrie ; mais c’est en même temps le signe que, d’une part, les matrones chrétiennes au début du IIIe siècle n’y étaient pas insensibles, et que, d’autre part, elles s’accordaient une certaine liberté d’action pour assumer et vivre leur féminité.

Par ailleurs, il n’est pas possible de réduire la pensée de Tertullien à quelques semonces plus rigoristes que franchement patriarcales, car on trouve chez lui une exaltation de très belles figures féminines comme Perpétue et Félicité (s’il est bien le rédacteur anonyme des actes de leurs martyrs ), ou encore Maximilla et Prisca, les prophétesses de Phrygie qui secondaient le charismatique Montan dans son entreprise de revival évangélique. Et n’ayons garde d’oublier le traité-testament qu’il laissa à sa femme : Tertullien presse cette dernière de ne pas prendre un autre époux si elle devait devenir veuve, ou tout au moins, étrange concession à une époque où le remariage est très mal vu dans les cercles chrétiens, qu’elle prenne soin d’épouser un baptisé !