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Cécile de Rome
samedi 10 septembre 2016
par Pascal G. DELAGE
popularité : 5%

Cette populaire et célèbre martyre romaine a pour le moins une histoire des plus compliquées dont il est difficile de retrouver la trame originelle. Certes on montre bien au Transtevere sous la basilique de S. Caecila qui fut réédifiée par le pape Pascal Ier (817-824) la maison de Valerien, l’époux supposé de la sainte ; certes on retrouva les reliques de la jeune martyre en 1599 mais cette découverte pose plus de questions qu’elle n’en résout comme déjà le rappelait en son temps Hippolyte Delehaye : « Il n’y a peut-être pas de sujet plus embrouillé dans toute l’hagiographie romaine que celui de sainte Cécile » [1].

Aucun document ancien ne mentionne de façon explicite le martyre d’une Caecilia à Rome même si à partir de la fin du Ve siècle apparaissent des allusions à un culte qui lui est rendu. Toutefois sa présence dans la grande procession martyriale de Ravenne traduit sans conteste la popularité dont jouit Cécile au siècle suivant, tant à Rome qu’en Italie.

A l’époque précédente, ce qui semble bien attesté par contre, c’est la générosité de la famille patricienne des Caecili à l’égard de l’Église romaine, et, dès le IVe siècle, plusieurs de ses membres réussirent à se faire inhumer tout près de la crypte des papes aux catacombes de Saint-Callixte sur la via Appia. C’est le cas de Caecilia Fausta, ensevelie par les soins de son époux Sergius Alexander [2], de la jeune clarissime Pompeia Attica, morte à l’âge de 17 ans [3] et de son époux Octavius Caecilianus, l’ami de Symmaque et préfet (éphémère) du prétoire de 409 à l’époque de l’invasion d’Alaric. Caecilianus était aussi un proche d’Augustin avec qui il correspond (Ep. 86) même s’il fut mêlé en 413 à l’exécution du tribunus et notarius Marcellinus, un ami d’Augustin. Caecilianus mourut vers 415 à l’âge de 44 ans alors qu’il venait juste d’être baptisé, et il reçut aussi une sépulture dans la crypte martyriale de sainte Cécile. Ces inhumations privilégiées indiquent un lien réel entre la famille des Caecilii et la catacombe de Calliste, peut-être une donation du terrain par une Caecilia qui fut par la suite héroïsée sous les traits d’une jeune martyre mentionnée incidemment pour la première fois en 499 lors d’un synode romain.

Dans la crypte « papale » des catacombes de Callixte, les pèlerins peuvent toujours contempler une émouvante statue de la jeune sainte (œuvre de Maderbo) ainsi que des restes de fresques la représentant avec saint Urbain et le Christ. Comme pour les catacombes dites de Domitille et de Priscilla, la tradition romaine a pu très tôt transformer la donatrice du terrain ou sa famille en une martyre des temps héroïques selon un processus qui s’observe aussi dans la ville, l’église construite par la matrone Caecilia devenant l’église Sainte-Cécile. Lorsque les pèlerins se rendaient à Rome dès le haut moyen-âge et visitaient cette église du Trastévère, ils demandaient à connaître la vie de la sainte, et ce fut pour satisfaire leur curiosité qu’une Passion s’élabora peu à peu. Il a donc existé probablement une pieuse Caecilia à Rome dans les premiers siècles de l’Eglise mais il nous faut l’imaginer plutôt sous les traits d’une riche donatrice - quoiqu’une nouvelle découverte archéologique puisse toujours nous inviter à écouter les vieilles traditions de façon différente.

Ainsi, selon ces dernières, Caecilia est une jeune fille de la plus haute noblesse qui, mariée contre son gré à Valérien, garde le vœu de virginité qu’elle a prononcé en secret. Aussi le jour de son mariage chantait-elle : « Que mon cœur, Seigneur, et que mon corps demeurent toujours purs afin que je n’éprouve point de confusion ». Ayant gagné son époux à la continence, elle l’envoie rencontrer l’évêque Urbain (222 – 230) qui venait de succéder à Callixte et qui – autre coïncidence - réside sur la voie Appia, là même où seront inhumés les évêques de Rome. L’évêque baptise Valérien qui, de retour à sa demeure, s’entend promettre la couronne du martyre en même temps que Caecilia par une vision angélique. Le jeune frère de Valérien, Tiburce, intrigué par l’odeur de roses laissée par l’apparition, est converti à son tour. Les deux frères pour avoir enseveli le corps d’autres martyrs, sont dénoncés au préfet Almachius (inconnu par ailleurs des Fastes de la Ville). Sommés de sacrifier aux idoles, ils refusent. Caecilia est exécutée après son époux et son beau-frère. Le bourreau la frappe par trois fois au cou (cf. la profession de foi trinitaire) mais la vierge survit encore un peu à son supplice afin de demander à Urbain de consacrer sa maison comme église selon la Légende dorée rapportée par Jacques de Voragine.

 

[1] H. Delehaye, Etudes sur le légendier romain, Bruxelles, 1936, p. 74

[2] ICUR 4, 9706 : Sergius Alexandre fit faire [ce tombeau] pour sa femme Caecilia Fausta d’heureuse mémoire.

[3] ICUR 4, 9655.

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