Caritaspatrum
Accueil du siteCOLLOQUES DE PATRISTIQUE DE LA ROCHELLELes Pères de l’Eglise et les esclaves
Dernière mise à jour :
dimanche 20 septembre 2020
Statistiques éditoriales :
866 Articles
1 Brève
78 Sites Web
68 Auteurs

Statistiques des visites :
235 aujourd'hui
1062 hier
920909 depuis le début
   
Haro de l’OULIPO sur les esclaves de l’inspiration (3/3)
jeudi 25 juin 2020
par Annie WELLENS
popularité : 1%

Thomas Chatterton « laisse une œuvre complexe et singulière, écrite moitié en anglais moderne et moitié dans un pseudo-anglais médiéval qu’il attribue à un moine imaginaire, Thomas Rowley, contemporain de Villon » [1].

Premier poète romantique, Thomas Chatterton est également l’un des premiers poètes maudits. Aussi talentueux que précoce, mais pauvre et orphelin, ne possédant que sa ruse pour s’arracher à une condition misérable, voué enfin à l’échec, à la folie et à l’autodestruction, il incarne tous les fantasmes dont s’est enivré le romantisme. Il est aussi l’un des plus grands faussaires de la littérature occidentale. […] De peur qu’on n’apprécie pas ses vers à cause de son âge, il fabrique de faux manuscrits médiévaux, qui trompent les notables de Bristol, sa ville natale, et même Horace Walpole, alors au sommet du monde littéraire britannique. La supercherie se révèle si efficace que Chatterton ne parvient plus à se défaire de son masque. Le 24 août 1770, à Londres, après avoir en vain essayé de vivre de sa plume, il s’empoisonne dans une mansarde de Brooke Street. Il a dix-sept ans et neuf mois [2].

Suzy Halimi, de l’ Université de la Sorbonne Nouvelle - Paris III, salue avec reconnaissance la présentation et la traduction par Georges Lamoine, en 2010, de vingt-deux poèmes écrits par Chatterton au cours de l’automne 1768 et de l’année 1769 [3]. La seule et précédente version française, due à Javelin Pagnon, remontait à 1839. Dans la foulée, elle se désole de ce que Thomas Chatterton ne soit plus guère à l’ordre du jour dans les programmes scolaires qui, pour certains, se contentent du drame que lui a consacré Alfred de Vigny en 1835, et par conséquent, que ses poèmes ne soient connus que de trop rares lecteurs. Elle note avec gourmandise les richesses variées de son écriture : Si les scènes de bataille où règne la mort violente sur un sol rougi par le sang des guerriers dominent cette anthologie, il est aussi des passages plus sereins, comme ces chants de ménestrels qui servent d’ intermèdes dans les récits de combat. Le ton, le rythme, les thèmes changent : style de l’épithalame ou de la pastorale pour distraire la belle Bertha cependant que guerroie son preux chevalier, ou encore pour brosser le portrait de Kenewalcha, la compagne d’Adhelm, un des héros de la bataille de Hastings. Ailleurs, un églogue introduit une petite note philosophique : un dialogue entre deux personnages dénommés Homme et Femme dénonce la hiérarchie et les inégalités sociales, et rappelle que le bonheur réside plus souvent dans les humbles chaumières que dans les riches palais, leçon de sagesse populaire, qui pourrait sortir tout droit des fables de La Fontaine,[…] [4], comme en témoigne ce poème :

"Peut-on posséder le bonheur en ce monde terrestre ? / Peut-on le trouver vêtu de forme humaine ? / Sais-tu qu’il fut perdu avec la tonnelle de l’Eden / Ou totalement effacé du sol irrégulier, / Lorsque des secrètes fontaines coulèrent les eaux ? / Évite-t-il, effrayé, la voie du corps, / Vit-il pour lui même et à son propre écho parle ? / Salut, ô Contentement, jeune fille aux yeux couleur de tortue, / Comme pensent ceux qui te voient, tu te montres, / Ouvrir la porte au bonheur t’appartient, / Et du Christ la gloire brille sur toi. / Qui fait le mal ne t’a pas vue ; / Dans les grottes, les bois, dans le malheur et la détresse, / Quiconque t’a vue, possède le bonheur." /

Qu’il en soit donc ainsi !

Annie WELLENS

 

[1] Présentation du livre de Lucien d’Azay « Le faussaire et son double. Vie de Thomas Chatterton », Les Belles Lettres, mars 2009, sur le site de l’éditeur.

[2] Ibid.

[3] Chatterton Thomas. – Poèmes du cycle de Rowley. Présentation et traduction de Georges Lamoine. Grenoble, ELLUG, 2010. 261 pp. ISBN 978-2-84310-150-2.

[4] Halimi Suzy, Chatterton, Thomas. – Poèmes du cycle de Rowley. Présentation et traduction de Georges Lamoine. In:XVII-XVIII. Revue de la société d’études anglo-américaines des XVIIe et XVIIIe siècles. N°67, 2010. L’attrait de l’Orient /The Call of the East, pp. 300-303 ;https://www.persee.fr/doc/xvii_0291-3798_2010_num_67_1_2516_t16_0300_0000_2