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lundi 11 décembre 2017
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Hilaria, vierge consacrée ou ultime témoin des anciens cultes ?
lundi 20 novembre 2017
par Pascal G. DELAGE
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En rappelant le souvenir de sa tante maternelle Aemilia Hilaria, fille de Caecilius Argicius Arborius et d’Aemilia Corinthia Maura (originaire de Dax), Ausone rapporte deux faits singuliers. D’une part, elle avait fait le vœu de rester célibataire, et d’autre part, elle avait exercé la médecine « à la manière d’un homme », une profession qui était également celle de son beau-frère, Iulius Ausonius, un médecin qui, lui, était originaire de Bazas.

Née au tout début du IVe siècle, Aemilia mourut à l’âge de 63 ans à Dax ou plus vraisemblablement à Bordeaux où elle dut vivre dans l’entourage de la famille d’Ausone après la disparition de ses proches, sa propre sœur Dryada étant décédée jeune peu de temps avant son mariage et leur unique frère, l’espoir de toute la famille, le rhéteur Emilius Magnus Arborius avait péri tragiquement à Constantinople en 337 lors des purges sanglantes qui suivirent la mort de l’empereur Constantin [1].

Le célibat d’Hilaria ne doit pas être mis trop rapidement en relation avec l’ascétisme chrétien qui ne fait qu’une timide apparition en Gaule au milieu du IVe siècle au plus tôt en Gaule. Certes la communauté chrétienne de Bordeaux a un évêque en 314 en la personne d’Orientalis mais son histoire est encore toute récente [2] et lorsque Jérôme dans sa Chronique rédigée en 380 fait l’éloge de la fille du rhéteur Nazerius (année 336), il la loue pour son éloquence, non pour son ascétisme. C’est Prosper d’Aquitaine - mais un siècle plus tard - qui nous a conservé et le nom de cette femme rhéteur, Eunomia, et qui rapporte d’elle qu’elle appartenait à l’ordre des vierges consacrées [3]. Il est même fort possible qu’Ausone soit l’un des premiers chrétiens de sa famille, baptême appelé par sa fréquentation des cercles liés à l’empereur et au palais.

Le nom d’Hilaria, comme celui de son frère Arborius ou de sa sœur Dryada, nous orienterait davantage vers le culte des eaux et des divinités guérissantes comme Cybèle à laquelle la grande fête des Hilaria au printemps était dédiée. Arborius, le père d’Hilaria était proche des milieux druidiques et pratiquait l’astrologie [4], le choix de se replier à Dax après avoir dû fuir Autun en 269, était probablement dicté par la recherche d’un sanctuaire thermal où il puisse retrouver un même milieu spirituel et professionnel pour s’y établir. Le célibat de la tante d’Ausone fut peut-être finalement celui d’une des dernières praticiennes des anciens cultes de la Gaule [5].

A Aemilia Hilaria ma tante maternelle qui s’était vouée à la virginité. Et toi qui fus la sœur de ma mère par les degrés du sang, mais ma mère par le cœur, c’est avec la pieuse affection d’un fils que je te consacre un souvenir. Aemilia, tu reçus au berceau le surnom d’Hilarius parce que ta mine rieuse, ta grâce un peu mâle, te donnaient à vrai dire, la grâce d’un garçon. Tu t’essayas comme l’eût fait un homme dans l’art de la médecine. L’aversion qui t’éloigna toujours des penchants de ton sexe, t’inspira l’amour et le vœu de la virginité que tu conservas jusqu’à l’âge de 63 ans, et le terme de ta vie fut celui de ta chasteté. Comme tu m’entouras toujours des avis et de la tendresse d’une mère, je te rends aujourd’hui les derniers devoirs d’un fils.

(Ausone, Parentalia, 6 ; trad. Corpet).

 

[1] Arborius avait suivi en 333 à la nouvelle capitale un de ses élèves, probablement un fils d’un frère de Constantin, le César Dalmatius ou son frère Hannibalianus qui furent éliminés comme tous leurs cousins et autres parents mâles sur l’ordre de Constance II. Cf. Hagith Sivan, « A foregunner of Ausonius : notes on Emilius Magnus Arborius, Ausonius’ Uncle » in The Ancient History Bulletin, 2.6 (1988), pp. 145-149.

[2] De plus en plus est contestée l’interprétation chrétienne de la stèle de la trévire Domitia décédée en 260 à Bordeaux (CIL 13, 633), voir en dernier lieu Topographie chrétienne des Cités de la Gaule, vol. 10 (éd. N. Gauthier), notice « Bordeaux », p. 28.

[3] Chron. Min. 1, 452 (année 336).

[4] cf. Ausone, Parentalia, 4

[5] voir en dernier lieu, A. Coskun, Die gens Ausonia an der Macht. Untersuchungen zu Decimius Magnus Ausonius und seiner Familie, Oxford, 2002.