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Accueil du siteLES PETITES JOURNEES DE PATRISTIQUECésaire d’Arles, homme d’hier pour aujourd’hui
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samedi 25 mai 2019
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Des échos de la P.J.P. consacrée à Césaire d’Arles
vendredi 5 avril 2019
par Michel COZIC
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Ce 9 mars, il pleuvait fort à Saintes, mais, grâce au travail rassembleur de CaritasPatrum et de G J. Abel, la salle Saintonge, transformée en « Cénacle » pour une bonne cinquantaine de participants, permit de découvrir avec étonnement et admiration un Césaire d’Arles tout à fait « homme d’hier » (VIe s.) et d’aujourd’hui », puisque des démarches sont en cours auprès du Vatican pour le proclamer Docteur de l’Église.

Mme Marie-José Delage, la première et savante intervenante, nous présenta – en insistant bien sur le difficile contexte historique des Ve-VIe s., celui des invasions « barbares » et de plusieurs sièges d’Arles – l’évêque Césaire, à la fois auteur prolixe de 238 sermons, mais aussi théologien de qualité et pasteur infatigable, à l’initiative de cinq Conciles conséquents.

Mgr Dominique Le Tourneau, éminent canoniste de Lyon, montra ensuite avec clarté l’influence de Césaire dans la législation canonique en cours dans l’Église d’alors, notamment en évoquant l’important Concile d’Agde de 506. Il nous révéla aussi que cet apostolat de Césaire inspira en partie 68 conciles dans les siècles suivants !

Le professeur Don Francisco Tedeschi n’ayant pu venir ( Il devait présenter « le commentaire sur l’Apocalypse » de Césaire ), c’est le Père Dominique Bertrand, des Sources Chrétiennes de Lyon, qui insista avec conviction et humour sur l’apport théologique de Césaire, notamment en présentant deux traités de l’évêque : l’un sur la Grâce, l’autre sur la Trinité.

L’après midi, le Pr. Raul Villegas Marin de l’université de Barcelone, nous apprit que dans le recueil dit « Eusèbe Gallican » se trouvaient de nombreuses homélies de Fauste de Riez ( évêque de cette ville de Provence au Ve s.), réutilisées pastoralement par Césaire, et offrant ainsi un témoignage sur l’évolution historique des communautés chrétiennes. On mentionna également un article de Marcel Metzger sur : « Le péché vu par Césaire d’Arles ».

Avec Bernard Lançon, Professeur émérite de l’université de Limoges, nous découvrîmes Césaire aux prises avec les pratiques « païennes » encore très vivaces pour les épreuves et les maladies, comme les offrandes aux sources et aux arbres sacrés, ou le recours aux guérisseurs et aux jeteurs de sorts ; pour Césaire, ce sont autant de facettes des ruses du Démon, à discréditer et à éradiquer pour focaliser sur les saints la recherche de la guérison des maux humains. On eut aussi le conseil de lire dans l’Ancien Testament le ch. 38 du Siracide sur la médecine et les superstitions… au second siècle avant Jésus Christ !

La dernière intervention revint au Père Michel Dujarier - théologien et patrologue, formateur pendant près de 40 ans de nombreux prêtres au Bénin – qui nous entretint brillamment de la Fraternité. A partir de l’Ep. 1 P ; 2, 17 et 5,9 de l’apôtre Pierre, il a dégagé et suivi, du Ve au VIe s., au moins trois sens du mot Fraternitas : non seulement les liens entre frères et sœurs et la vertu de fraternité, mais surtout les liens entre les membres des communautés ecclésiales, ce qu’on appelle l’amour fraternel chrétien, là où, grâce au Baptême et à l’Esprit Saint, les chrétiens essaient de vivre en frères et en sœurs du Christ, Lui notre Dieu et notre Frère.

Après les échanges de cette belle journée, empreints justement de fraternité spirituelle, Marie-Laure Chaieb, vice-présidente de CaritasPatrum, remercia chaleureusement Annie Wellens et G J. Abel pour l’organisation de cette P.J.P. et tira les conclusions suivantes :

A l’issue de cette belle journée de découverte et d’approfondissement de la personnalité de Césaire d’Arles, chacun bien sûr repartira avec les points forts qui l’auront marqué. Pour ma part, cette journée , grâce à la complémentarité des interventions me laissera l’impression profonde d’un homme de son temps - et les temps étaient difficiles comme l’a très bien rappelé Mme Delage. Ceci a contribué à lui forger un caractère fort. Assez fort même pour entreprendre un « bras de fer » avec le diable comme Mr Lançon l’a mis en valeur dans le domaine de l’expulsion des anciens rites païens. Presque tous les intervenants ont souligné son caractère autoritaire, impératif, aimant disposer de cadres et fixer des règles : la postérité de ses intuitions dans le domaine du droit canonique a été démontrée par le Père Le Tourneau.

C’est dans ce contexte qu’apparait d’autant mieux l’originalité de sa personnalité. La comparaison avec Fauste de Riez présentée par Monsieur Villegas Marin, permet de faire ressortir le souci pastoral de Césaire : il lui tient à cœur d’enseigner, en tenant compte de son auditoire, et en s’adaptant aux fidèles. C’est ainsi qu’a été soulignée sa volonté de vulgarisation et son souci de rejoindre les plus lointains. Le Père Dujarier a montré sa sensibilité à la fraternité en Christ comme identité et vocation de l’Eglise locale et universelle. On mesure mieux la force de caractère qu’il y a à cultiver l’amour fraternel et même la charité envers les ennemis lorsque cette journée a permis de donner un visage plus précis aux interlocuteurs de Césaire (bagaudes, pillards et ariens de toutes sortes…)

La méthode de Césaire mise en valeur particulièrement dans les Traités et exposée par le Père Bertrand m’a permis de découvrir une disposition théologique précieuse chez Césaire : dans ce cas, il n’assène pas de vérités mais enseigne aux fidèles à approfondir leur foi pour pouvoir dialoguer avec les hérétiques . Nul doute que cette disposition sera soulignée dans le procès pour le déclarer Docteur de l’Eglise, tant la pertinence d’une telle attitude (approfondir pour dialoguer) doit continuer à être un modèle pour aujourd’hui.

Michel Cozic CaritasPatrum