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Marthana de Samarie
mardi 15 janvier 2019
par Pascal G. DELAGE
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Le moine palestinien Épiphane, grand chasseur d’hérétiques devant l’Éternel, connaissait bien les différends groupes chrétiens qui cohabitaient en Palestine à son époque. Né vers 315 dans le petit village de Besanduc près d’Eleuthéropolis [1], une cité située à une cinquantaine de kilomètres au sud-ouest de Jérusalem. Après un séjour en Égypte où il se forma auprès des solitaires du Grand Désert, il revint dans sa patrie où il fonda son propre monastère dont il fut le supérieur et le prêtre durant près de trente ans. Sa formation ascétique et son flair théologique firent qu’il devint quelqu’un qui compte dans l’Église palestinienne et qu’il ne tarda pas, peu après la mort de l’empereur Julien en 363, à être appelé à la tête de l’Église de Constancia (aujourd’hui Famagouste), la ville la plus importante de l’île de Chypre.

Être supérieur de monastère n’empêchait pas Épiphane de parcourir les monts de Samarie et les collines de Judée, n’hésitant pas à se rendre à Scythopolis [2] pour soutenir les évêques occidentaux exilés en raison de leur attachement à la foi de Nicée ou encore au palais du comte Joseph à Tibériade sur les bords de la mer de Galilée. C’est à l’occasion de l’une de ces courses qu’il entendit parler des Sampséens dont les petites communautés s’arrimaient tant bien que mal en Samarie et de l’autre côté du Jourdain. Et des deux femmes qui étaient l’objet de toutes les attentions de la secte.

Les Sampséens se rattachaient à la large et imprécise galaxie des judéo-christianismes qui avaient éclos de la rencontre de la prédication des disciples de Jésus de Nazareth et des différents courant du judaïsme du premier siècle, les Sampséens étant affilés par les docteurs chrétiens - tels qu’Hippolyte de Rome ou Épiphane - au monde des Esséniens (Osséens) [3], rapprochement qu’Épiphane esquisse en raison de leurs pratiques baptismales, leurs croyances ésotériques et autres pratiques qui les rapprochaient encore du groupe des Ebionites. Toutefois le maître qui donna naissance à un corpus de doctrines au tout début du second, Elxaï, semble bien venir des confins de l’Empire perse et l’impulsion qu’il donna au mouvement fut telle qu’on trouvait déjà au début du IIIe siècle certains de ses disciples tant à Rome [4] qu’au sud de l’Iran où un prince parthe, Patik, né à Ecbatane, se convertit très tôt à l’ elkasaïsme [5], prince qui devait devenir le père vers 216, de Mani, le fondateur du manichéisme, l’elkasaïsme devant d’ailleurs jouer un rôle important dans l’éveil du futur prophète et ancrer la nouvelle religion dans la large geste juive et chrétienne.

Si Elxaï venait du limes oriental [6], ses descendants s’établirent semble-t-il en Palestine non loin du Jourdain dans des terres mémorielles chères tant aux baptistes qu’aux esséniens. C’est ainsi qu’à son époque, Épiphane rapporte que les petits groupuscules de Sampséens vouaient un véritable culte à deux femmes, Marthana et sa sœur Marthus parce qu’elles descendaient précisément d’Elxaï, le fondateur du mouvement des Elkasaïtes deux siècles auparavant.

L’une des deux, Marthus, était décédée au moment où écrivait Épiphane, en 358/60, mais sa sœur Marthana était toujours en vie et l’objet de toutes les attentions de leur coreligionnaires, véritable icône du mouvement : En effet, jusqu’au temps de Constance, deux sœurs, Marthus et Marthana, de la descendance d’Elxaï lui-même, étaient vénérées comme des déesses dans leur pays, parce que l’on supposait qu’elle provenait de la semence d’Elxaï, dont j’ai parlé. Or Marthus est morte, il y a peu de temps, mais Marthana vit encore. Les hérétiques, égarés dans ce pays-là, emportaient jusqu’aux crachats et autres saletés du corps de ces deux femmes ; ils considéraient cela, selon leur croyance, comme un remède contre les maladies ; mais cela n’avait assurément pas d’effet [7]. La renommée de ces femmes dépassait toutefois de beaucoup les petits cercles judéo-chrétiens du Proche-Orient et Augustin Hippone fait également allusion aux deux sœurs dans son Traité sur les Hérésies où toutefois il ne fait que reprendre et résumer les notations d’Épiphane de Salamine : « Les Elcéens ou Sampcéens […] adoraient deux femmes descendant de ce faux-prophète [appelé Elie par Augustin] qu’ils tiendraient pour deux déesses » [8]. Il est vrai que des déesses incarnées n’avaient guère de place dans la prédication chrétienne…

 

[1] aujourd’hui Beit Guvrin en Israël

[2] aujourd’hui Beth-Shéan en Israël

[3] Epiphane, Panarion, 19 et 53

[4] Hippolythe de Rome, Réfutation des hérésies, 9, 13, 1-17

[5] al-Nadim, Kitab al-Fihrist, 9, 1

[6] certains historiens toutefois mettent son existence historique en doute

[7] Épiphane de Salamine, Panarion, 19, 2, 4

[8] Augustin d’Hippone, De haeresibus, 32

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