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Agnès de Rome
dimanche 10 juillet 2016
par Pascal G. DELAGE
popularité : 15%

Il paraît assuré que la plus célèbre des martyres de Rome périt lors de la grande persécution de Dioclétien, soit en 303/5. La jeune Agnès – elle aurait 12 ou 13 ans au moment de son supplice - fait partie du petit nombre de saints commémorés au catalogue romain de la Depositio martyrum (milieu du IVe siècle). Si aucun document strictement contemporain ne mentionne son martyre, très tôt (avant 350), la princesse Constantina, sœur de l’empereur Constance II, bâtit une basilique en son honneur à Rome sur la Via Nomentana, signe de la popularité dont jouit la jeune sainte dans l’Vrbs, popularité qui n’a d’égale que celle dont jouit saint Laurent. C’est auprès de cette basilique que l’empereur Constance II fera élever le mausolée où reposeront ses deux sœurs, Constantina et Hélène, l’épouse de Julien.

Le 21 janvier 376, jour de sa fête, Ambroise de Milan prononça un sermon en son honneur, rappelant l’extrême jeunesse de la Romaine et sa courageuse détermination. Le même Ambroise, l’année suivante, fait encore débuter son De virginibus ad Marcellinam sororem par un nouvel éloge d’Agnès. Sensiblement à la même époque, l’évêque de Rome Damase (366-384) lui consacre son carmen 37 : La renommée rapporte que les pieux parents d’Agnès ont raconté qu’au moment où la trompette fit retentir ses sinistres sonneries, cette toute jeune fille abandonna soudain le sein de sa nourrice ; d’elle-même, elle opposa le mépris aux menaces et à la rage d’un farouche tyran. Quand celui-ci voulut livrer aux flammes son noble corps, elle vainquit avec ses petites forces, une immense terreur. Elle répandit ses cheveux sur ses membres nus pour qu’une face mortelle ne vit pas le Temple du Seigneur. O sainte bienfaisante, pure gloire de la pudeur, exauce les prières de Damase, je t’en prie, illustre vierge [1].

La renommée de la vierge romaine déborde largement l’aire italienne : l’aquitain Sulpice Sévère rapporte comment Agnès était apparue à Martin de Tours en même temps que la proto-martyre Thècle et Marie la mère du Christ (Dial. 2, 13). Vers 403, le poète espagnol Prudence célèbre aussi Agnès dans son Peristephanon (Carmen 14). Se rapprochant de la tradition ambrosienne qui relate que la jeune martyre fut décapitée et non brûlée vive, Prudence conte comment après avoir été condamnée au lupanar, elle fut miraculeusement préservée de tout outrage : Alors, le féroce tyran : « S’il est facile, dit-il, de supporter le supplice, de dompter la douleur et de mépriser la vie comme ayant peu de valeur, du moins les vierges consacrées tiennent-elles à leur pudeur. Je suis décidé à jeter cet enfant dans un lupanar public, si elle n’embrasse pas l’autel et si elle ne demande pas sa grâce à Minerve, la vierge que cette vierge s’obstine à dédaigner. Tous les jeunes gens se précipiteront et rechercheront cette esclave nouvelle pour en faire leur jouet » […] Il la fit exposer publiquement dans un coin de la grande place. Elle était là, debout ; la foule s’écartait d’elle, tristement, en détournant son visage pour éviter de jeter des regards sur ces parties du corps que les yeux doivent respecter [2].

Cette pratique du viol avant le supplice qui peut apparaître comme un cliché hagiographique, est bien réelle : que l’on se souvienne du témoignage de Tertullien à la fin du second siècle, à propos des sévices infligés aux chrétiennes [3] ou encore le tabou qui interdisait de mettre à mort une vierge, fille de citoyen (les petites filles du préfet Séjan avaient été violées avant d’être exécutées à l’époque de l’empereur Tibère). Par ailleurs, âgée de 12 ans, Agnès avait atteint l’âge d’être une matrone et n’était plus une petite fille. Jérôme encore fera lui aussi l’éloge d’Agnès en 414 et la propose comme modèle à la jeune patricienne Demetrias (Ep. 130) lorsqu’il lui trace un portrait de la femme ascète chrétienne. Enfin, entre 408 et 423, Maxime, évêque de Turin, raconte - assez complaisamment - qu’Agnès avait été dénoncée par un amoureux éconduit (plus le temps s’écoule, plus augmente la matière romanesque) et cumule les données des traditions milanaise et romaine pour ne perdre aucune miette hagiographique : d’abord condamnée au bûcher, Agnès aurait été finalement décapitée.

A la recherche d’Agnès à Rome, les catacombes de la Via Nomentana

 

[1] trad. J. Guyon

[2] trad. M. Lavarenne, Collection Universitaire de France

[3] Apologie, 50

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