Entretien avec… Anne-Marie TAISNE
dimanche 10 février 2013
par Cécilia BELIS-MARTIN

Madame Anne-Marie Taisne, vous venez de publier une nouvelle traduction de lettres et de poèmes de Paulin de Nole illustrant quelques aspects de sa correspondance avec Ausone, Jérôme, Augustin et Sulpice Sévère. [1]. Peut-on vous demander comment est né ce projet et comment en êtes-vous venu à vous intéresser à cette belle et attachante personnalité mais nettement moins connue que ses contemporains et correspondants Augustin, Jérôme ou encore le poète-consul Ausone ?

Mon projet est né d’une fréquentation des écrivains latins chrétiens que j’avais fait connaître à mes étudiants dans des séminaires de l’Université de Tours ainsi que des auteurs latins chrétiens que j’avais à expliquer tous les deux ans aux Agrégatifs. « La vie de saint Martin » de Sulpice Sévère et les lettres de ce dernier m’avaient montré la relation étroite entre lui et Paulin ; A l’heure de la retraite, j’ai voulu approfondir l’étude d’un saint qui était longtemps resté dans l’ombre et j’ai découvert que certains de ses correspondants étaient unanimes dans leur admiration à son endroit, que sa conversion avait eu à son époque un retentissement considérable.

Quel est l’intérêt de publier la correspondance de Paulin aujourd’hui ?

L’intérêt de publier aujourd’hui une anthologie de la correspondance de Paulin consiste à découvrir le cheminement d’un grand aristocrate de l’époque sur la voie de la conversion, puis de son souci de se perfectionner de plus en plus dans la vie chrétienne en choisissant la voie de l’ascétisme sans se départir de la plus profonde amitié avec ses correspondants, surtout Sulpice Sévère qui est pour ainsi dire son« alter ego ».

On célèbre depuis longtemps en Paulin le chantre de « l’amitié chrétienne ». Mais cette amitié ne se nourrirait-elle pas autant de l’Evangile que de la culture profane qui unissait les intellectuels de l’Antiquité tardive ?

Après sa conversion, Paulin cherche à préférer l’Évangile, mais aussi toute la Bible, de la Genèse à l’Apocalypse, pour soit conseiller ses correspondants, soit leur demander conseil pour atteindre la vie chrétienne la plus parfaite.

Certaines de ces œuvres avaient-elles déjà été traduites en français ? De façon plus générale où en sommes-nous du travail d’édition et de traduction de Paulin de Nole ?

La correspondance de Paulin a déjà été traduite en français par D.Amherdt en 2004. Un atelier dirigé par J.Desmulliez a entrepris la traduction des oeuvres de Paulin depuis plusieurs années à l’Université de Lille. Je ne peux vous dire aujourd’hui où cette équipe a abouti à présent.

Pour ma part, outre les éditions italiennes de la correspondance, j’ai trouvé utile la publication des oeuvre complètes dans la traduction anglaise de P.G.Walsh. Vous trouverez toutes ces précisions dans ma bibliographie.

J’imagine aisément qu’on ne chemine pas ainsi au gré des mots et des attentes d’un autre, sans que ne s’établisse une certaine connivence ou complicité même si sa voix s’est éteinte il y a près de seize siècles. Si cette question n’est pas trop intrusive, qu’en est-il de cet accompagnement par-delà les siècles et cette double altérité de la langue et de la culture ?

Le compagnonnage avec Paulin m’a passionnée de plus en plus ; étant latiniste sa langue ne m’a pas trop déconcertée ! Mais surtout Paulin m’a fait cheminer avec des textes bibliques qui constituent « la substantifique moelle » de sa correspondance et cette conjonction est forcément enrichissante.

D’autres projets d’éditions et de traductions d’autres auteurs chrétiens ou d’autres écrivains de l’Antiquité ?

Depuis un an environ, je lis et je relis l’œuvre de Sidoine Apollinaire qui est aussi une figure passionnante de cette fin de l’empire romain d’Occident. Les collègues de Clermont-Ferrand ont contribué largement à me faire redécouvrir celui qui fut leur évêque il y a bien longtemps !

Merci Mme Anne-Marie Taisne.

[1] Anne-Marie Taisne, Paulin de Nole. La lettre au service du Verbe« (Correspondance avec Ausone, Jérôme, Augustin et Sulpice Sévère de 391 à 404) »Les Pères dans la foi"n°102, éd. J.P. Migne, Paris, 2012