Ambroise de Milan
Sur Naboth le pauvre
vendredi 9 mai 2008
par Pascal G. DELAGE

J’ai vu un pauvre, parce qu’il était acculé à payer ce qu’il ne possédait pas, conduit, traîné en prison, parce que le vin man­quait à la table du riche. Il a dû livrer ses fils en gage pour pouvoir pour un moment différer sa peine.

Même s’il a par hasard trouvé quelqu’un qui l’aide dans sa détresse, le pauvre s’est rendu à l’hospice avec les siens, considérant que tous ses biens sont épar­pillés et qu’il ne lui reste rien pour sa nourriture ; gémissant de la faim de ses enfants, déplorant de ne pas pouvoir les vendre de préférence à quelqu’un qui les nourrirait. Il s’est rendu à la sentence ; il a pris la décision de vendre.

Toutefois les affronts de la pauvreté et l’affection de la sollicitude paternelle l’assiégeaient : la faim poussait au profit, la nature au devoir. Prêt à mourir avec ses fils plutôt qu’à se séparer d’eux, souvent il fit un pas en avant, et souvent un en arrière. En définitive, ce fut la nécessité qui l’emporta sur son vouloir, et l’amour paternel dut céder le pas à violence du besoin.

Ambroise de Milan, Sur Naboth le pauvre, 21.