Albia Domnica l’Arienne
mardi 5 mai 2015
par Pascal G. DELAGE

Très probablement d’origine illyrienne comme son époux Valens, Domnica était la fille d’un commandant du prestigieux contingent des Martenses seniores, Petronius. Née vers 340, elle fut mariée tôt à un officier de dix ans son aîné qui intégra le corps des protectores et à qui elle donna deux filles Anastasia et Carosia. L’élection de Valentinien à la tête de l’Empire en 364 propulsa subitement son frère cadet Valens sur le devant de la scène politique. A Nicomédie, le 1er mars de la même année, Valens est promu tribun des écuries avant d’être présenté aux armées, à peine un mois plus tard, par son frère à Constantinople le 28 mars comme appelé à partager avec lui la pourpre et le diadème. Et Domnica devint impératrice.

En juin 364, les frères se partagèrent l’Empire et Valens, qui avait reçu la pars orientalis, prit la route d’Antioche en prévision d’un conflit éminent avec les Perses. Son beau-père Petronius qu’il nomma patrice ne lui fut pas d’une grande aide. Aussi ladre que laid selon Ammien Marcellin [1], l’impopularité de Petronius était si grande qu’elle mena à la rébellion de Procope, un parent proche de l’empereur Julien, en septembre 365, et il s’en fallut de peu que les troupes de Valens ne plient devant les forces disparates rassemblées par Procope. Ce dernier fut toutefois capturé le 27 mai de l’année suivante par suite d’une trahison et exécuté. Les historiens Socrate et Sozomène racontent que Valens fit attacher son rival à deux arbres recourbés à terre qui l’écartelèrent quand on les relâcha brutalement.

Devenue impératrice Domnica engendra à la même époque (366) un fils à son époux dans la pourpre, Valentinianus Galates. De confession arienne comme l’était la plupart des familles d’officiers qui avaient accompagné le règne de Constance II, elle passe pour avoir converti son époux à cette forme de christianisme, le poussant même à recevoir le baptême en 367 des mains de l’évêque de Constantinople, Eudoxe, dont elle était une fidèle, alors que l’empereur se préparait à aller combattre les Goths [2]. Vers 372, lors d’un durcissement de sa position contre les Nicéens, Valens non seulement fit exiler nombre d’évêque orthodoxes, mais il s’en prit à l’une des figures les plus illustres du parti nicéen, Basile de Césarée, alors qu’il faisait halte dans la cité cappadocienne. Le sommant de rejoindre le camp des homéens, Valens menaçait de prison Basile en cas de refus. C’est alors que le prince impérial Galatès tomba gravement malade. L’impératrice eut un songe, et à l’instar de la femme de Pilate, intervint en faveur de Basile auprès de son époux. Valens demanda à l’évêque la guérison de l’enfant, Basile y consentit à la condition que Valens rétablisse la foi de Nicée. L’empereur refusa et l’enfant mourut [3].

A la suite de la mort de l’empereur lors de l’effroyable bataille d’Hadrianopolis (Thrace) le 9 août 378, tragédie durant laquelle les 2/3 des forces romaines furent laminées par les Goths (soient près de 30 000 hommes), Domnica entreprit d’organiser la défense de Constantinople en faisant appel aux troupes saracènes qui avaient été envoyées par la reine Mauuia et en prenant sur le trésor impérial de quoi payer les habitants de Constantinople qui se porteraient sur les remparts, à l’instar de ce qu’elle verserait à des troupes régulières [4].

On ignore ce que devint par la suite l’impératrice Domnica mais ces filles qui avaient reçues pour tuteur le palatin Marcianus, un chrétien novatien qui devint par la suite évêque de cette petite Eglise [5] semblent bien être restées à la Cour sous Théodose (379-395) car l’une d’entre elles fut la mère d’un autre Procope qui devint par la suite magister militum et épousa une fille de Flavius Anthémius, le très puissant ministre de Théodose II, le couple donnant naissance à Anthemius qui fut l’un des derniers empereurs de l’Empire d’Occident.

[1] Ammien Marcellin, Histoire, 21, 6, 10

[2] Théodoret de Cyr, Histoire Ecclésiastique 4, 12, 3-4

[3] Socrate, Histoire ecclésiastique, 4, 26

[4] Socrate, Histoire ecclésiastique, 5, 1

[5] Socrate, Histoire ecclésiastique, 5, 21