Constantia, une fille « oubliée » de Constantin ?
vendredi 5 décembre 2014
par Pascal G. DELAGE

La princesse Constantia n’est connue que par une mention du Liber Pontificalis [1] qui relate que l’évêque de Rome Libère fut accueilli à son retour de Rome à l’été 357 par cette princesse qui l’hébergea dans son palais située non loin de la basilique Sainte-Agnès et du mausolée de sa sœur aînée Constantina, décédée au printemps 356. L’auteur du Liber Pontificalis l’aurait-il alors confondue avec l’autre fille « connue » de Constantin ? Mais celle-ci est mariée à Julien et réside en Gaule même si elle séjourna Helena à Rome en 357 où elle accoucha d’un enfant qui mourut à la naissance. Il pourrait encore être question de cette très discrète fille de Constantin lors de l’ambassade que Magnence députa en 350 à Constance II : le général rebelle se proposait en effet de l’épouser selon Pierre le Patrice [2] et de donner en mariage sa propre fille à l’empereur veuf depuis peu. Certes le scribe a peut-être mal calligraphié le nom de cette sœur de Constance II car Constantina est alors aussi à Rome et non encore mariée à Gallus, toutefois, il y a lieu de s’interroger sur une certaine matrone romaine qui apparaît très liée à la famille de Constantin.

Alors que Timothy Barnes récuse toute autre descendance féminine à Constantin autre que Constantina et Helena [3], François Chausson dans Stemmata Aurea explore tout un réseau de problématique prosopographique qui tourne autour d’une descendance directe de l’empereur Contantin [4]. D’une part, Chausson fait observer que l’historien Philostorge évoque plus de deux sœurs de Constance II [5] et que cette troisième fille devait être née après la mortde Fausta en 324. Peut-être s’agit-il de cette Constantia connue par un verre doré du IVe siècle aujourd’hui conservé au British Museum, et épouse d’Orfitus ?

Selon A. Cameron [6], cet Orfitus serait à identifier au préfet urbain de 353-356, Memmius Vitrasius Orfitus (il fur à nouveau préfet en 357-359). En raison des très hautes fonctions remplies par Orfitus et la rareté du nom de son épouse, cette dernière est très probablement apparentée à la famille de Constantin, soit une fille d’Hannibalianus, d’Anastasia, de Constantia ou d’Eutropia, voire de l’empereur lui-même. Ce mariage dut être négocié dans le cadre de la reprise en main de l’Italie par Constance II en 352 après l’usurpation de Magnence. Le préfet urbain qui précéda Orfitius, Cerealis, était aussi apparenté à la dynastie constantinienne, Cerealis étant le frère de Galla, l’épouse d’Iulius Constantius. Toutefois, un détail – mais il est de taille – s’opposerait à l’identification de l’épouse d’Orfitus à une fille de Constantin. Orfitus est un païen, Pontife de Vesta alors qu’une princesse constantinide se devait d’être chrétienne comme toute la dynastie constantinienne. Aussi ne pourrait-on que s’étonner de la présence de la statuette du dieu Hercule figurait entre les deux époux du verre doré du British Museum et identifié indubitablement par la légende IN NOMINE HERCULIS.

Il n’en reste pas moins vrai qu’à la fin du IVe siècle il restait encore des rejetons de la première dynastie chrétienne de Rome comme cette petite Constantia inhumée à Salona (aujourd’hui Split) en Dalmatie par ses parents dans la prestigieuse basilique martyriale de Manastirine auprès de l’évêque martyr Domnio. Son épitaphe rappelait qu’elle était issue du sang du divin Constance : REJETON DU DIVIN CONSTANCE, NOMMEE D’APRES LE NOM DE CELUI-CI, … FILLE INHUMEE… D’UN AGE TROP TENDRE, ELLE EST PARTIE VICTORIEUSE. L’ORBE LACTEE T’A ACCUEILLIE DANS LA DEMEURE DES BIENHEUREUX, LOIN DU SEIN MATERNEL CAR TA FOI EN ETAIT DIGNE [7]. La présence dans la même nécropole d’Honoria et de Paulus Constantius, ex-proconsul d’Afrique (décédé en 375) le très probable fils d’Anastasia et de l’éphémère César Bassianus, nous conduit à voir en Constancia la petite fille d’Honoria, mort prématurément et mentionnée également dans l’épitaphe de sa mère Honoria.

[1] Liber Pontificalis, 37

[2] Pierre le Patrice, fr. 16

[3] Barnes, Constantine, 2014, pp. 150-151

[4] Chauson, Stemmata Aurea, 2007, pp. 107-116

[5] Philostorge, Histoire ecclésiastique, 3, 22

[6] Cameron, JRA, 9, 1996, pp. 295-301

[7] CIL 3, 9631 – 14685 ; FS II, 96 ; ILC 3364 ; Inscr. Sal. 432)