Une princesse bien trop discrète, Hélène, l’épouse de Julien.
mercredi 5 novembre 2014
par Pascal G. DELAGE

Dernière enfant de Constantin et de Fausta, Helène naquit vers 322/23 (de toute façon avant 326 date de l’exécution de sa mère) et elle reçut le nom de sa grand-mère maternelle. Figure effacée de la cour, elle fut donnée en mariage par son père, probablement le 18 septembre 335, à son cousin germain Flavius Dalmatius, le fils d’Hannibalianus, que l’empereur Constantin nomma César à cette occasion. Ce prince ayant reçu en apanage la Macédoine et la Thrace à cette occasion, il est probable qu’Hélène résida auprès de son époux à Naïsus (aujourd’hui Niš en Serbie). Après la mort de Constantin en mai 337, le césar Dalmatius fut la seconde des victimes (fut exécuté en premier Jules Constances, l’aîné des demi-frères de Constantin) des purges sanglantes déclenchées par le césar Constance en juin 337 ou la junte militaire qui veillait sur lui.

Alors qu’elle était veuve depuis plus de 18 ans et probablement retirée à Rome comme sa sœur Constantina, Hélène fut donnée à nouveau en mariage par son frère Constance II à un autre de ses cousins, Julien, le fils de Jules Constance et de Basilina, promu César le 6 novembre 355. Le mariage eut lieu à Milan en novembre 355. La jeune épouse avait près de dix ans de plus que son cousin âgé alors de 23 ans (mais la même différence d’âge avait existé entre Constantina et son époux-cousin Gallus). Selon le Liber Pontificalis [1], c’est une chrétienne orthodoxe si elle est bien à identifier avec cette fille de Constantin qui est connue de ce texte sous le nom de Constantia. Toutefois il se peut aussi qu’il s’agisse d’une autre fille de l’empereur Constantin née d’une troisième union, Julien parlant « plusieurs épouses » de son oncle alors que nous ne connaissons que Minerva et Fausta [2].

Helena suivit Julien en Gaule où il guerroya vaillamment contre les Francs dans le Nord-est, résidant le plus généralement à Lutèce. Elle donna naissance à un petite garçon, semble-t-il à Rome où elle avait rejoint son frère en 357 mais l’enfant qui mourut très rapidement et on attribua cette mort à Eusebia, l’épouse de Constance II : Hélène sœur de Constance et femme de Julien César, qui avait été amenée à Rome sous prétexte d’affection, était alors l’objet des machinations de l’impératrice Eusébie. Celle-ci, demeurée sans enfant toute sa vie, se procura une médication qu’elle réussit à lui faire boire par surprise et qui était destinée à la faire avorter toutes les fois qu’elle concevrait. Précédemment, dans les Gaules, Hélène avait mis au monde un enfant mâle qu’elle perdit à la suite de l’artifice suivant : la sage-femme, gagnée à prix d’argent, fit périr cet enfant à peine né en lui coupant plus qu’il ne convenait le cordon ombilical, tant était grande et attentive la peine qu’on prenait pour empêcher le plus vaillant des hommes d’avoir une descendance [3].

Lorsque Constance II quitta Rome pour le front danubien à l’automne 357, Hélène rejoignit Julien en Gaule et elle est auprès de lui lors du putsch militaire de Lutèce en février 360, au témoignage même du futur empereur [4]. Elle devait mourir peu de temps après car dans cette même Lettre aux Athéniens (printemps 361), Julien en parle comme une disparue (durant l’hiver 360/61 ?). Julien permit qu’elle fût inhumée à Rome près de sa sœur Constantina auprès de la basilique Ste-Agnès, via Nomentana. Même si elle occupa une place mineure dans la vie du César, Julien ne chercha pas à se remarier, ayant été, semble-t-il, attaché à sa femme avec qui il correspond [5] quoique lorsque Libanios rapporte que Julien « pleura sa femme et ne toucha jamais aucune femme avant ni après elle, étant naturellement capable de garder la continence » [6], il semble bien que le sophiste antiochien s’efforçait aussi de faire taire les rumeurs malveillantes qui désignaient Julien comme l’assassin d’Hélène [7].

Par la suite le corps de la princesse Hélène fut ramené à Constantinople et inhumé auprès de celui de Julien déposé dans le portique nord de la basilique des Saints-Apôtres. Selon une tradition tardive, sa statue [8] s’élevait au côté de celle de Julien à Constantinople dans le quartier du Taurus [9] et son époux lui en aurait érigé une autre [10] à Nicomédie, l’impératrice revêtant les traits de la déesse Lune, l’empereur se faisant représenter comme le dieu Soleil [11], étrange destinée pour la fille du premier empereur chrétien.

[1] Liber Pontificalis, 37, 4

[2] Julien, Or. 7, 22

[3] Ammien Marcellin, Histoires, 16, 10, 18-19, trad. E. Galletier

[4] Julien, Aux Athéniens, 11

[5] Julien, Ep. 80

[6] Libanios, Or. 18, 179

[7] Libanios, Or. 37, 30

[8] LSA 2802

[9] Parastaseis 44a

[10] LSA 2805

[11] Parastaseis 47