Flavia Iulia Eutropia, la Romaine
jeudi 5 juin 2014
par Pascal G. DELAGE

Fille de l’auguste Constance Chlore et de Théodora, la belle-fille de Maximien, Eutropia dut naitre vers 299. Après la victoire de son demi-frère Constantin sur Maxence en 312, elle fut mariée comme sa sœur Anastasia à un membre de l’aristocratie romaine ralliée au nouvel empereur. L’heureux élu, Flavius Popilius Nepotianus était le fils de Virius Nepotianus qui fut consul en 301. Contrairement à l’époux d’Anastasia, Nepotianus s’avéra être un ferme soutien du régime de Constantin, fidélité qui fut récompensée par l’octroi du consulat ordinaire en 336. Il est difficile de dater le mariage d’Eutropia, peut-être entre 315 et 320. Le couple eut au moins un fils qui reçut le même nom que son père.

C’est également dans cette même aristocratie romaine que se maria un autre frère d’Eutropia, Iulius Constancius. Cette nouvelle alliance fut célébrée probablement à la même époque et la promise, Galla, devait être la fille du préfet urbain de 311-2 Juinius Flavianus. Il est possible que la mère de Galla soit cette noble Sophronia dont l’historien Eusèbe de Césarée rapporte qu’elle préféra se suicider plutôt que de céder à l’usurpateur Maxence : La plus noble et la plus chaste de toutes les femmes qu’essaya d’insulter Maxence, le tyran de ce pays et l’imitateur des actes de Maximin. Comme elle avait appris que ceux qui servaient le tyran pour de telles besognes, se trouvaient chez elle - elle était chrétienne, elle aussi -, et que son mari, qui était préfet des Romains, avait consenti par crainte à ce qu’ils la prissent et l’emmenassent, elle demanda de l’excuser un peu de temps, comme pour se parer, entra dans son cabinet, et une fois seule, se perça d’un glaive et mourut aussitôt, laissant un cadavre à ses corrupteurs, mais montrant aux hommes de ce temps et à ceux qui devaient venir ensuite, par des œuvres éclatantes que la seule richesse invincible et impérissable est chez les chrétiens la vertu. [1], l’histoire fit grand bruit dans tout l’Empire car l’évêque de Césarée contera une seconde fois l’histoire de cette Lucrèce chrétienne [2] mais c’est Rufin d’Aquilée qui nous conserva le nom de l’épouse du préfet [3]. Galla donna trois enfants à son époux : une fille, très probablement prénommée Constantia, qui fut la première épouse de Constance II et qui mourut avant 352 ; Flavius Claudius Constantius Gallus qui devint César en 351 et fut marié à sa propre cousine Constantina, une fille de Constantin ; l’autre fils de Galla est peut-être mort jeune, ou bien il a été massacré aussi en 337 comme onze autres de ses cousins, au dire de l’empereur Julien.

Il est possible que l’époux d’Eutropia ait péri aussi lors des purges sanglantes de l’été 337 mais nous ignorons ce qu’il advint de lui après son consulat. Eutropia pour sa part résidera à Rome après la mort de son impérial frère. C’est en effet dans cette ville qu’elle prit part à l’insurrection de son fils Nepotianus le 3 juin 350 à la suite de l’usurpation de Magnence en Gaule et l’assassinat de son neveu Constant à Elne (en 350) : Nepotianus s’empara du pouvoir impérial à Rome, appuyé par une troupe de gladiateurs : ensuite, étant donné qu’il était malhonnête et pour cela détesté de tous, il fut écrasé par les généraux de Magnence [4]. Après avoir mis à mort le préfet du prétoire Anicetus, Népotien s’assura de l’appui d’une partie de la noblesse. A peine un mois plus tard, Eutropia était assassinée en même temps que son fils le 30 juin 350 par Marcellinus, le maître des offices de Magnence, massacre inaugurant une répression particulièrement terrible qui allait décimer la noblesse romaine, Abouterios et Sperantius en particulier périrent à ce moment-là au témoignage d’Athanase d’Alexandrie [5]. Il est vrai qu’Eutropia avait été - comme son frère Constant, une catholique convaincue, ayant accordé sa protection à Athanase lorsqu’il vint en exil à Rome en 339-345.

[1] Histoire ecclésiastique, 8, 14, 16-17

[2] De vita Constant., 1, 34

[3] Histoire ecclésiastique, 8, 14, 16. Selon A. Chastagnol, si le préfet de Rome en question pourrait bien être (Neratius) Iunius Flavianus (oct 311 - fév. 312), il rejette comme inventé par Rufin le nom de Sophronia tout en maintenant l’authenticité du fait. Or Rufin est un proche de Mélanie l’Ancienne et cette dernière était la veuve de Valerius Maximus, un petit-fils de Sophronia.

[4] Paul Orose, Histoires, 7, 29, 11

[5] Athanase, Apol.. ad Const., 6