De l’utilité de la navigation sur le Net.
dimanche 1er juin 2008
par Annie WELLENS

Tu m’as demandé, mon cher Bacchus, de quel profit te serait la navigation sur cette mer de plus en plus fréquentée par de hardis nautoniers : les uns l’appellent « web », d’autres « net », d’autres encore « la toile ». Cette triple nomination suffit à te dire le croisement de peuples qui s’élancent sur ses vagues, des barbares aux plus policés. Je sais depuis longtemps, par notre bienheureuse correspondance, que tu préfères la solitude des forêts du Jura et que tu as noué les beaux liens de l’amitié spirituelle avec les moines de Condat.

Et, de mon côté, je t’ai suffisamment ouvert mon âme pour que tu connaisses mon goût grandissant pour le loisir intérieur, surtout depuis que je me suis retiré des affaires de la cité. Il m’arrive parfois de trouver à la petite île du Golfe des Pictons où se trouve mon domaine familial comme un reflet de la villa de Cassissiacum si chère à notre Augustin bien-aimé. Et pourtant, je n’ai pas hésité à rejoindre des compagnons de voyage qui m’invitaient à la visite d’un site que des amis leur avaient fait découvrir pour leur plus grande édification intellectuelle et spirituelle. Mes dernières résistances avaient sombré en apprenant le nom du lieu : « caritaspatrum », et j’embarquais aussitôt dans la nef des voyageurs.

Nul besoin d’avoir le pied marin pour naviguer dans ces eaux, et tu seras étonné de la célérité avec laquelle on parvient au but. Très certainement, et pour l’avoir entendu d’autres témoins, la vitesse du déplacement augmente avec l’ampleur du désir d’accéder à ce port béni. A l’image de celle qu’utilisait notre pape, le grand Grégoire (dont nous pleurons encore la mort récente tout en nous réjouissant de son entrée dans l’assemblée céleste) quant à la croissance commune du livre saint et de ses lecteurs dans ses Homélies sur Ezéchiel ou ses Morales sur Job.

Une fois débarqué en ce lieu, tu t’apercevras que tous les paysages invitent à la lecture, de multiples allées entretenues par des jardiniers invisibles et zélés te proposent de partir à la rencontre de textes écrits par les orateurs qui enchantèrent par leur éloquence les auditeurs de trois colloques renommés en Gaule et au-delà : Les Pères de l’Eglise et les femmes, Les Pères de l’Eglise et les pauvres, Les Pères de l’Eglise et les ministères. Les allées principales se subdivisent en sentiers charmants par lesquels tu parviendras, selon ton gré, chez Phoebade d’Agen ou Eutrope de Saintes, mais ne manque surtout pas de faire visite aux dames d’Aquitaine et à celles d’Arménie.

Un petit chemin détourné conduit à une curieuse bibliothèque, celle des chronicae wellensis qui, de façon plaisante et parfois impertinente, regardent les évènements de notre monde et de notre ecclesia à travers l’esprit de nos Pères. Je me demande ce qu’en aurait pensé Clément d’Alexandrie qui admettait le sourire mais se méfiait grandement du rire dans son Pédagogue. N’oublie pas, en regagnant ton navire, de passer par la voie Petites Journées de Patristique où tu trouveras une annonce qui te réjouira, car je sais le prix et le respect que tu attaches à la mémoire de cet homme : une journée d’étude, l’année prochaine, consacrée à Martin de Tours et la christianisation de l’Aquitaine.

Je souhaite que soufflent des vents favorables pour l’expédition à laquelle je t’engage, et qu’en toi, l’Esprit Saint te conseille. Je te salue.

Bessus