Justina de Padoue
samedi 20 mai 2017
par Pascal G. DELAGE

On sait peu de choses sur Iustina (Justina) de Padoue mais elle était assez populaire en Italie du nord pour être représentée dans l’intrados de l’arc triomphal de la basilique de Porec (Istrie). Alors que son culte se répand au VIe siècle sur les deux rives de l’Adriatique, la plus ancienne mention de Justina ne remonte qu’aux années 500, date à laquelle le sénateur Opilius (et futur consul en 524) fait élever (ou réédifier ?) une basilique à Padoue en son honneur dans la nécropole sud de la cité.

Il ne semble pas qu’il y ait eu de nombreux martyrs en Italie du nord encore très faiblement christianisée au début du IVe siècle (seuls 3 ou 4 sièges épiscopaux pourraient remonter à la période antérieure à la grande persécution de Dioclétien) et la figure de Iustina de Padoue - probablement une bienfaitrice de la communauté locale dont on vénérait la sépulture à mille pieds de la cité - amalgamera la mémoire de plusieurs autres Iustina quoique sa mémoire fût associée localement à l’évêque Prosdocimus, vénéré au VIe comme confesseur (et non martyr). Le premier évêque attesté de Padoue est Crispinus dont Athanase d’Alexandrie évoque le témoignage et le soutien en 339, ce qui fait de l’Eglise de Padoue l’une des plus anciennes d’Italie du Nord.

La geste martyriale d’Iustina a pu prendre corps au contact de la légende d’une autre Iustina, vénérée à Antioche en Syrie et dont la mémoire était associée à un magicien du nom de Cyprien, ledit magicien finissant par se convertir au contact de la jeune vierge. Grégoire de Nazianze (IVe siècle) et l’impératrice Eudoxie (Ve siècle) ont écrit tous les deux des Actes de Cyprien et d’Iustina, allant même dans leur verve hagiographique jusqu’à confondre le magicien machiavélique avec le vénérable Cyprien de Carthage !

Une autre Iustina fut très célèbre dans l’Antiquité tardive. Il s’agit de la petite-fille d’un consul, épousée toute jeune par Magnence lors de son usurpation en 350, puis plus tard, son époux s’étant suicidé en 353, elle fut remarquée pour sa beauté par l’empereur Valentinien Ier (en fait, le sang de Constantin coulait très probablement dans les veines de Justina). Il répudia alors sa propre femme pour l’épouser et ils eurent ensemble trois filles et un garçon, Valentinien II. A la mort de son époux (375), Iustina exerça la régence au nom de son fils âgé de quatre ans et résidait habituellement à Milan. L’affrontement avec l’évêque de Milan était inévitable car elle était farouchement arienne. Ils s’opposèrent en particulier lors d’un terrible bras de fer durant la Semaine Sainte de 386, et alors que l’impératrice-mère aurait pu recourir à la force pour contrer l’inflexible prélat, elle finit par céder pour éviter que le sang ne coule mais il est vrai aussi que toute la population de Milan était derrière son évêque. A la suite de l’invasion de l’Italie du nord par Maxime, Iustina se réfugia avec ses enfants au début de l’été 387 en Orient sous la protection de l’empereur Théodose qui épousa alors sa fille Galla. Toutefois pour devenir la belle-mère du très catholique Théodose, il semble bien qu’Iustina dut comme son fils Valentinien renoncer à ses convictions religieuses et rentrer dans le camp de l’orthodoxie nicéenne (387). Elle mourut en 388. Elle avait tout juste 49 ans.