Une basilique du IVe siècle découverte en Éthiopie
lundi 20 janvier 2020
par Guillemette de Préval

Jusque-là, l’Éthiopie était un terrain sur lequel peu de fouilles archéologiques avaient été entreprises, notamment du fait de l’instabilité politique du pays. Pour combler ce manque, une équipe d’archéologues a lancé des recherches, de 2009 à 2016, dans la région de Yéha, à une cinquantaine de kilomètres d’Aksoum, l’ancienne capitale au nord du pays.

Mi-décembre, dans la revue Antiquity, ces chercheurs ont annoncé avoir mis au jour une ancienne cité du royaume d’Aksoum. Ils ont choisi de la nommer Beta Samati, – qui signifie « foyer d’audience » en tigrigna, la langue locale – car cette cité revêtait visiblement une grande importance pour le royaume. Les datations révèlent que ce site de 14 hectares aurait été occupé durant pas moins de 1 400 ans, entre 750 avant J.-C et 650 après J.-C.

« Une preuve fiable de la présence chrétienne »

Parmi les décombres, les archéologues ont aussi identifié les vestiges d’une ancienne basilique romaine datant du IVe siècle. Cette découverte confirmerait l’idée selon laquelle l’Éthiopie polythéiste s’est convertie tôt au christianisme. « Plusieurs historiens datent l’entrée du royaume d’Aksoum dans le christianisme par la conversion du roi Ezana, vers 330, par un missionnaire, Frumentius. Si la cour a vite adopté la religion du roi, le reste du royaume, lui, n’a été converti que vers la fin du Ve siècle », explique le pasteur Jacques-Noël Pérès, spécialiste de l’Éthiopie.

Seuls, des récits rapportaient la conversion du pays : certains chercheurs émettaient ainsi des doutes quant à la période exacte de la propagation du christianisme dans le royaume. La découverte de cette basilique romaine offre « une preuve fiable de la présence chrétienne au nord-est d’Aksoum à une période très précoce », souligne au Smithonian Mag, l’archéologue Michael Harrower, qui a dirigé les fouilles.

Les chercheurs ont, de surcroît, eu la surprise de constater que l’édifice de style romain regorgeait de plusieurs objets profanes et religieux. Bague en or, figurines bovines, croix, encensoirs, sceaux ou encore jetons probablement destinés au commerce… Un pendentif en pierre, sur lequel sont gravés une croix et l’ancien mot éthiopien pour « vénérable », a également été retrouvé. Près du mur oriental du temple, les archéologues ont remarqué une inscription demandant la faveur du Christ.

Toutes ces découvertes, qui attestent aussi d’un mélange d’influence culturelle locale et étrangère, apportent un précieux éclairage sur cette société dont le déclin, à partir du IXe siècle, reste encore très énigmatique.

Guillemette de Préval

Sources : LaCroix.fr