Caritaspatrum
Accueil du siteLES PETITES JOURNEES DE PATRISTIQUEGrégoire l’Illuminateur, aux commencements de l’Eglise d’Arménie
Dernière mise à jour :
jeudi 5 décembre 2019
Statistiques éditoriales :
832 Articles
1 Brève
76 Sites Web
59 Auteurs

Statistiques des visites :
121 aujourd'hui
247 hier
761981 depuis le début
   
Grégoire l’Illuminateur et les commencements de l’Eglise d’Arménie
samedi 5 mars 2016

popularité : 2%

PRÉSENTATION DE LA VIIIe P.J.P. CONSACRÉE A GRÉGOIRE L’ILLUMINATEUR ET AUX COMMENCEMENTS DE L’EGLISE D’ARMÉNIE.

Avant même la conversion de l’empire gréco-romain au christianisme, le roi arménien Tiridate avait fait le choix du Christ pour son peuple sous la houlette de la figure aussi charismatique qu’étrange de Grégoire Loussavoritch, « l’Illuminateur ». Alors que ce dernier semble hanter les confins de l’histoire et de la légende, le baptême du roi d’Arménie et de sa noblesse eut bien lieu à l’orée du IVe siècle quoique les historiens débattent encore de la date précise : 301, 311 ou 314 ? Alors se dresse dans la mémoire arménienne la figure du prisonnier de la fosse de Khor-Virap devenu porteur de lumière.

Le voilà, Grégoire l’Illuminateur, franchissant les cols escarpés d’Arménie, renversant les temples des vieilles divinités, créant de toutes pièces un clergé chrétien issu de l’ancienne caste sacerdotale polythéiste… A ses côtés, le roi Tiridate, devant traiter tant avec les populations paysannes toujours très attachées au culte des génies et des démons qu’avec une aristocratie tentée par la pure religion du feu des Perses mazdéens, n’aurait-il fait le choix du christianisme que par calcul politique, pour renforcer son propre pouvoir et la cohésion de son Royaume ? Mais l’empereur romain qui l’avait placé sur le trône de ses pères en 298 n’était autre que Dioclétien, le persécuteur par excellence des chrétiens…

C’est à la découverte de ces origines passionnantes et complexes de l’Eglise arménienne ainsi qu’à son inscription tenace dans l’histoire et la mémoire des hommes que nous convie cette nouvelle Petite Journée de Patristique.

Passionnantes… C’est-à-dire placées sous le signe de la Croix et de l’épreuve tout autant que dans la lumière d’une espérance plus forte que la mort.

Cette VIIIe PETITE JOURNÉE DE PATRISTIQUE organisée par l’Association CaritasPatrum, se déroulera à la salle du Parc, avenue Saint-François, 17200 Royan le samedi 12 mars 2016, de 9 h 00 à 16 h 30.

Pour avoir de plus amples renseignements et connaître les conditions pratiques d’inscription à cette P.J.P., n’hésitez pas à cliquer sur la pièce jointe à cette page.

LES COMMUNICATIONS

- Professeur Jean-Pierre MAHE (Directeur d’études à l’École Pratique des Hautes Études, IVe section).

De Thaddée à Grégoire l’Illuminateur : la christianisation de l’Arménie.

En se dénommant « apostolique », l’Eglise arménienne laisse entendre qu’elle n’est ni catholique, ni orthodoxe, mais qu’elle surmonte cette scission en se rattachant à une origine plus ancienne, en lien direct avec la prédication des Apôtres. Les traditions arméniennes sur Barthélemy et Thaddée n’ont ni le même âge ni la même valeur historique. Barthélemy est le plus mal connu des 12 apôtres. Le récit de son martyre au Vaspourakan ne remonte pas plus haut qu’au IXe siècle ; il n’a donc aucune valeur historique. En revanche, les liens de Thaddée avec l’Arménie sont déjà bien affirmés au IVe siècle et de nombreux indices suggèrent que l’Arménie méridionale fut évangélisée par des prédicateurs de langue syriaque.

Au contraire des traditions apostoliques, la mission de saint Grégoire l’Illuminateur, au début du IVe siècle, recoupe des faits historiques bien datés. Néanmoins, elle s’enveloppe de circonstances romanesques inspirées des apocryphes chrétiens. En instituant un christianisme d’Etat, Tiridate et Grégoire ignoraient qu’ils allaient devoir passer de l’oralité à l’écrit et modifier, de fond en comble, les trois principales coutumes structurant l’Arménie antique : le dynastisme, la famille patriarcale, les trois classes de la société. Ces usages ont marqué d’un sceau caractéristique les origines de l’Eglise arménienne.

- M. Aram MARDIROSSIAN (Université Paris X)

Légitimer la norme : les Canons de Grigor l’Illuminateur

Le droit canonique arménien constitue sans conteste le royaume du faux. Courant minoritaire au sein de l’Église arménienne, les julianistes menés au début du VIIe siècle par le religieux Yovhannēs Mayragomecʿi utilisèrent de façon massive le canon au service de leur doctrine ultra-miaphysite qui s’opposait aussi bien aux chalcédoniens qu’aux miaphysites modérés. Mayragomecʿi composa ainsi un corpus canonique pléthorique qui comprenait, non seulement des textes préexistants le plus souvent interpolés par ses soins – tels les décrets du concile œcuménique de Nicée –, mais il forgea aussi de nombreux pseudépigraphes parmi lesquels les Canons de Grigor l’Illuminateur occupaient une place de choix. Le recours au fondateur de l’Église arménienne renforçait grandement la légitimité mais aussi l’orthodoxie du droit élaborée par le parti julianiste.

Ce groupe canonique contenaient 30 brèves dispositions qui excipaient des parallèles avec différents autres écrits également composés par Mayragomecʿi tant d’ordre juridique que pastoral à l’image de ses Parénèses. Si le catholicos Yovhannēs Awjnecʿi (717-728) vainquit définitivement les julianistes, il n’hésita pas à s’approprier leur héritage canonique. De fait, les Canons de Grigor l’Illuminateur, à l’instar d’autres textes élaborés par Mayragomecʿi furent intégrés par Awjnecʿi dans son Kanonagirkʿ Hayocʿ, qui représentait le premier corpus officiel de l’Église arménienne.

- Mlle Arevik PARSAMAYAN (Université de Rouen)

Destruction/sécularisation des temples et premières implantations de l’Église en Arménie d’après les données archéologiques.

Si nous suivons les textes des auteurs anciens, tels qu’Agathange, Buzandaran Patmutʿiwnkʿ ou Zenob de Glak, les temples antiques arméniens furent détruits par les armées royales au début du IVe siècle, après le changement de religion imposé au pays par le roi Tiridate le Grand.

Et, toujours d’après les mêmes sources, saint Grégoire l’Illuminateur fit construire les premières églises sur leurs emplacements. Ces témoignages historiographiques sont-ils confirmés par les études de terrain ? Que nous apprennent les recherches archéologiques sur la transformation de ces lieux de culte durant cette période charnière ?

- Mme Hélène MOUNIER (Université d’Angers)

Garant de la vraie foi : Grégoire l’Illuminateur acteur majeur de la querelle doctrinale du VIIe siècle.

La doctrine de l’incorruptibilité (aphtharsia) du corps du Christ développée par Julien d’Halicarnasse connut une fortune sans pareil dans l’Orient chrétien au sein de l’Église arménienne. Après le rejet définitif du concile de Chalcédoine au siècle précédent, le VIIe siècle représente une étape cruciale du positionnement doctrinal de cette Église en opposant miaphysites « classiques » et miaphysites « julianistes ». Dans ce cadre, la figure de Grégoire l’Illuminateur, fondateur de l’Église au IVe siècle, fut invoquée à titre de garant de l’orthodoxie, avec la production notamment d’un texte : la Didascalie de saint Grégoire qui fut insérée au milieu de la chronique d’Agathange composée initialement au Ve siècle. Or, ce document fut sans doute rédigé dans les milieux miaphysites extrêmes proche de l’évêque Yovhannēs Mayragomecʽi, mais réussit à se maintenir dans l’héritage théologique et spirituel de l’Eglise d’Arménie après la synthèse du synode de Manazkert en 726.

- Mme Annie WELLENS (Ecrivain)

Faire la fête (liturgique) avec le poète Grégoire de Narek

Une plongée dans ses Paroles à Dieu. Livre de Lamentation, et dans son Trésor des fêtes. Hymnes et Odes : un temps pour s’immerger, un temps pour se laisser engloutir, un temps pour refaire surface entre frayeur et ravissement. C’est aujourd’hui le moment favorable pour lire ces textes du Xe siècle : Grégoire formait le vœu de s’associer même après sa mort à quiconque voudrait bien chercher avec lui le chemin du repentir. Il souhaitait ne faire qu’un avec ses lecteurs, soutenant les plus faibles et bénéficiant de l’intercession des plus forts (Annie et Jean-Pierre Mahé, Introduction aux Paroles à Dieu, 2007, p. 29).

- P. Pascal-Grégoire DELAGE (CaritasPatrum)

La place des femmes dans la mission chrétienne aux IVe/Ve siècles.

Même si les traditions sur l’origine de l’Eglise arménienne évoquent la présence d’une princesse Sandoukht auprès de l’apôtre Thaddée, notre enquête portera sur une période plus accessible à l’historien, les IVe et Ve siècles. Or, alors même que deux très belles figures de femmes martyres, Hrip’siné et Shushanik, encadrent la période envisagée, l’examen des sources les plus anciennes (Ve/VIIIe siècles) dans un premier temps s’avère assez décevant quant au rôle et à la place des femmes dans le processus de christianisation. Dans un premier temps seulement…

- M. Rémy PRIN (Ecrivain)

L’art arménien : de l’affirmation identitaire aux échanges des cultures.

Deux moments participent de la fondation de l’art arménien : la vision de Grégoire (la descente du ciel du Fils unique), et, après le Concile de Chalcédoine en 451 qui affirme les deux natures du Christ, le choix de l’Église arménienne de s’en tenir à une unique nature du Verbe incarné. Le premier donne un modèle à l’architecture de l’église, le second va façonner un rapport singulier à l’image.

Et durant quelques siècles, le bâtiment église, mais aussi d’autres manifestations comme les khatchkars affirment une cohérence culturelle forte. Mais la nation arménienne est peu de temps unifiée, elle va bientôt essaimer ou être soumise à de fortes contraintes. L’art arménien s’enrichit alors en quelque sorte par métissage (influence des Seldjoukides, de l’Islam…) Il garde son identité mais revisite son rapport à l’image, parfois de manière paradoxale. Notre communication met en évidence ces évolutions, dans un parcours d’images à la manière du voyageur, en faisant focus sur quelques lieux, d’Ererouk à Aghtamar, d’Ani à Kobayr… et jusqu’à Isfahan.

Prédication de Grégoire l’Illuminateur au peuple arménien et au roi Tiridate encore transformé en sanglier sauvage.

 
Documents joints à cet article :