Caritaspatrum
Accueil du siteCHRONICAE WELLENSISCorrespondance campagnarde
Dernière mise à jour :
jeudi 5 décembre 2019
Statistiques éditoriales :
832 Articles
1 Brève
76 Sites Web
59 Auteurs

Statistiques des visites :
125 aujourd'hui
233 hier
762218 depuis le début
   
Des « astrologues chrétiens » : oxymore ou coquecigrue ?
dimanche 1er septembre 2013
par Annie WELLENS
popularité : 5%

Tes lignes océaniques sur la paix de Dieu, Bacchus ami, me semblent plus inspirées que les dernières décisions de notre épiscope. Il continue de faire cavalier seul, non seulement en accueillant de plus en plus « d’énergumènes » dans nos églises, mais en souhaitant maintenant y adjoindre des « astrologues chrétiens », expression que j’entends, et je ne suis pas le seul, comme un oxymore, ou plutôt une coquecigrue [1].

Il veut nous persuader que le seul moyen de venir à bout des superstitions astrologiques encore vécues par le peuple de nos communautés est de donner un « statut chrétien » à des praticiens d’augures et de présages. Pensant qu’il ne voyait que la surface et non le fond de la question, je l’ai supplié de relire (mais les avait-il seulement déjà lues ?) les lignes de Jean Chrysostome à ce sujet, dans son « Commentaire sur Isaïe » : Le diable a en effet cherché par tous les moyens à persuader les insensés que la vertu et le vice ne sont pas en leur pouvoir et qu’ils n’ont pas été favorisés du libre-arbitre ; il a voulu réaliser ces deux desseins ignobles, mettre fin à leurs efforts pour pratiquer la vertu et les priver du don éminent de la liberté. Par des augures, par des présages, par l’observation des jours, par la croyance perverse à la fatalité et par beaucoup d’autres moyens, il a inoculé à l’existence humaine cette funeste maladie, la bouleversant totalement [2]. Hélas ! Saint Jean Bouche d’Or n’a pas convaincu notre épiscope, décidément plus proche d’Eusèbe, évêque d’Emèse au IVe siècle, dont Sozomène [3] nous dit qu’il s’adonnait à l’apotélesmatique, cette branche stérile de l’astronomie, bonne à jeter au feu, qui prétend étudier l’influence des astres sur la destinée des hommes.

Pour ne pas déserter le combat, je cherchais d’autres armes chez Origène (nous n’en finirons jamais de remercier Basile de Césarée et Grégoire de Nazianze d’avoir sauvé plusieurs chapitres de son grand « Commentaire sur la Genèse » voué à la destruction par des spirituels insensés) et dans le livre VIII du « Banquet des dix vierges » de Méthode d’Olympe (on y voit Thècle, disciple de Paul, choisir la vie chaste en réfutant le déterminisme astral négateur de la liberté humaine). C’est alors que mon épouse entra en scène, comme elle sait si bien le faire en toutes circonstances : « Tu risques de perdre ton énergie à consulter nos Pères, tout grands et bénis soient-ils. Tu sais mieux que moi – je goûtai au passage l’art très féminin de feindre l’humilité vis-à-vis d’un époux – qu’il te faudrait, de plus, aller voir, sur ce même thème, le traité de Grégoire de Nysse « Contre le Destin », le même titre chez Diodore de Tarse, un commentaire de la Genèse chez Procope de Gaza, sans parler de « La Création du monde » de Jean Philopon. Pourquoi ne consultes-tu pas directement la source essentielle de ces écrivains en lisant Carnéade [4] lui-même qui s’est battu contre la doctrine du destin deux siècles avant la naissance de notre Sauveur ? Notre pasteur, ne serait-ce que par vanité, sera peut-être plus sensible à la dialectique de ce philosophe grec, qui fut si habile à réfuter le fatalisme astrologique que nombre d’auteurs , tant païens que chrétiens, ont repris ses arguments ». Mon épouse effectua une fausse sortie, et revint sur ses pas pour me décocher sa dernière flèche :« Diogène Laërce racontait que Carnéade se plaisait à reconnaître à l’égard d’un prédécesseur que s’il n’y avait pas eu de Chrysippe, il n’y aurait pas eu de Carnéade. Peut-être n’y aurait-il pas de Bessus s’il n’y avait pas de Vera ».

Le Seigneur fait tout pour moi ! Seigneur, éternel est ton amour : n’arrête pas l’œuvre de tes mains. Bacchus ami, loin de moi l’idée de te confondre avec l’auguste Créateur de l’univers auquel ce psaume s’adresse. Mais tu sais que chacun de ceux qui le confessent s’engage à travailler en Lui, avec Lui et par Lui. En relisant ce que tu as « balbutié » comme tu l’écris, sur la paix de Dieu, je ne peux que prier ainsi : « Fasse l’Auteur de la lumière que Bacchus n’arrête pas là l’œuvre de ses mains manifestement créatives quant à leur travail d’écriture ».

Bessus

 

[1] Jusque-là on attribuait à Rabelais la paternité de ce mot qui signifie une billevesée, une chose inventée, un mensonge. Il raconte dans Gargantua comment Picrochole, vaincu et chassé de son royaume « fut avisé par une vieille lourpidon (sorcière) que son royaume lui serait rendu à la venue des Cocquecigrues ». Grâce à Bessus, nous savons maintenant que le mot courait déjà dans la langue romane vulgaire du VIIe siècle.

[2] Jean Chrysostome, Commentaire sur Isaïe, II,6. Pour les lecteurs d’aujourd’hui : Sources Chrétiennes n° 304, p. 131.

[3] Salaminios Hermias Sozomenos, Histoire ecclésiastique, III,6, Sources Chrétiennes 418, p. 79.

[4] Vera signifiait-elle qu’il existât alors des textes de Carnéade ? Question troublante car les historiens estiment qu’il n’a laissé aucun écrit, et que sa pensée fut transmise par Clitomaque de Carthage qui lui avait succédé à la tête de la Nouvelle Académie d’Athènes.

Articles de cette rubrique
  1. De l’utilité de la navigation sur le Net.
    1er juin 2008

  2. Quand Bacchus s’intéresse aux Pères...
    15 juillet 2008

  3. Promesse de vendanges spirituelles.
    1er septembre 2008

  4. Pédagogie spirituelle
    15 octobre 2008

  5. Appétit de sciences
    1er décembre 2008

  6. Fièvre sternutatoire
    15 janvier 2009

  7. Agacements machistes...
    1er mars 2009

  8. Rencontre après Martin
    15 avril 2009

  9. Coup de tonnerre.
    1er juin 2009

  10. D’une correspondance à l’autre.
    15 juillet 2009

  11. Querelle hymnologique
    1er septembre 2009

  12. Entre vin nouveau et table tournante
    15 octobre 2009

  13. Vers la Lumière.
    1er décembre 2009

  14. De la réduction de texte à la réduction de tête
    15 janvier 2010

  15. D’un hymnographe à l’autre.
    1er mars 2010

  16. Où se résolvent heureusement deux affaires douloureuses pour Bacchus
    15 avril 2010

  17. Terreur volcanique
    1er juin 2010

  18. Douceur médocaine
    15 juillet 2010

  19. Une première liturgique à Mediolanum Santonum : le 15 août
    1er septembre 2010

  20. Turbulences intérieures et menaces incendiaires
    15 octobre 2010

  21. Trafic d’influences, d’Orphée à Grégoire de Nazianze
    1er décembre 2010

  22. De la colère aux larmes : rigueurs de l’exégèse et soucis de voisinage
    15 janvier 2011

  23. Commando colombanophile dans le Golfe des Pictons
    1er mars 2011

  24. La tentation de Saint Hilaire. Un parchemin retrouvé.
    15 avril 2011

  25. Dur printemps pour les Pictons.
    1er juin 2011

  26. Chrysostom’attitude en Narbonnaise.
    15 juillet 2011

  27. La monachomyomachie ou les moines contre les mulots
    1er septembre 2011

  28. Origène for ever !
    15 octobre 2011

  29. Lumière nouvelle sur le péché de saint Patrick.
    1er décembre 2011

  30. Discernement spirituel par correspondance
    15 janvier 2012

  31. Dégel intérieur mais frimas extérieurs. Bonus : un scoop sur les ragondins.
    1er mars 2012

  32. Le phénix de Lactance et le vin de Muscat, ou la thérapeutique spirituelle de Silvania
    15 avril 2012

  33. A mystagogie déplacée, liturgie dévoyée
    1er juin 2012

  34. De la pluie aux larmes, que d’eau ! que d’eau !
    15 juillet 2012

  35. Virgile, le Pseudo-Longin, Antoine et Athanase, même combat !
    1er septembre 2012

  36. De Johannes-Petrus à Doliprane de Céphalée.
    15 octobre 2012

  37. Picnolepsie et antiennes Ô
    1er décembre 2012

  38. Bacchus, vous avez dit : « dévarié » ?
    15 janvier 2013

  39. De Bethléem à Madiran : nouvelles lueurs sur le caractère de Jérôme
    1er mars 2013

  40. La joyeuse cinquantaine
    15 avril 2013

  41. D’Eugène de Tolède aux « énergumènes »
    1er juin 2013

  42. Sentiment océanique
    15 juillet 2013

  43. Des « astrologues chrétiens » : oxymore ou coquecigrue ?
    1er septembre 2013

  44. Les « reliques » ou le feu aux poudres
    15 octobre 2013

  45. Esclave, chasse les mouches !
    1er décembre 2013

  46. Mystère de l’esperluette
    15 janvier 2014

  47. Du Verbe abrégé à la bulle d’eau humaine
    1er mars 2014

  48. Benoit et Colomban : même combat spirituel ?
    1er mai 2014

  49. L’hémine et le charivari
    15 juin 2014

  50. Main basse sur les reliques de Benoît et Scholastique
    15 août 2014

  51. Venance Fortunat, auteur de « Frère Jacques » ?
    15 septembre 2014

  52. Marmite bouillante, amitié florissante
    1er décembre 2014

  53. L’érysipèle, l’hérésie et le Christ médecin
    15 janvier 2015

  54. Erasme et le vin de Nîmes
    15 avril 2015

  55. Confession ou rétractation ?
    1er juin 2015

  56. Le Purgatoire, ou l’Enfer climatisé
    15 juillet 2015

  57. Le Bréviaire d’Alaric ou le salut (pour Bessus) par les Wisigoths
    15 septembre 2015

  58. Haro gaulois sur les stylites !
    1er novembre 2015

  59. Polémique monastique en Armorique et menace de burn-out pour Bessus
    1er mars 2017

  60. Romanos le Mélode : plus fort que le son des cloches et des orgues !
    15 décembre 2015

  61. De l’allitération au kakemphaton et du kakemphaton à l’Hypapante
    15 février 2016

  62. Du bréviaire hispano-mozarabe au sang de Jupiter
    15 juin 2016

  63. L’ascension du Mont Ventoux, un « copié-collé » de celle du Crêt Pourri, ou : Pétrarque a-t-il plagié Bacchus ?
    15 août 2016

  64. Corrupticoles, phantasiastes et dyscoles, ou la mise en abyme de Bessus
    1er novembre 2016

  65. La « Divine Liturgie » de Jean Chrysostome au monastère de Saint Oyend ?
    1er janvier 2017

  66. L’appel au secours de Silvania : Bacchus tenté par l’enkratéia
    1er juin 2017

  67. Proskynèse, douleurs articulaires et crottes de bouquetins
    1er août 2017

  68. Résurrection de Bacchus selon Sédulius
    1er octobre 2017

  69. Ordination presbytérale au pays des Colliberts : une première !
    1er février 2018

  70. Archives en péril au monastère des Îles d’Hyères
    15 mars 2018

  71. Epanadiplose, Buisson ardent et Troussepinette, ou le retour victorieux de Bessus au jardin
    1er juillet 2018

  72. Sacramentaires gélasiens et souris théophages
    15 septembre 2018

  73. Des Odes de Salomon au jaune liturgique
    15 décembre 2018

  74. Il était une fois … La (fausse) question de l’âme des femmes
    1er avril 2019