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Accueil du siteCOLLOQUES DE PATRISTIQUE DE LA ROCHELLELes Pères de l’Eglise et l’exercice du pouvoir.
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jeudi 5 décembre 2019
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Présentation des communications du VIe colloque de La Rochelle
dimanche 25 août 2013

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Une Eglise profondément transformée ?

L’impact de la faveur impériale sur l’exercice ecclésial du pouvoir (IVe-VIIe siècle).

Le « moment Constantin », condition nouvelle pour l’Eglise.

- Philippe BLAUDEAU (université d’Angers)

Exercer le pouvoir dans l’Eglise après 313 : réflexions introductives sur une transformation

Permise par le choix constantinien, l’affirmation d’une Eglise durablement favorisée par le pouvoir jusqu’à devenir, durant le règne de Théodose Ier, l’institution en charge de la religion officielle de l’Empire ne va pas sans modifications considérables de structure mais aussi de conceptions L’impact de cette transformation pour l’Eglise elle-même est en effet considérable. Centrée sur la période s’étendant donc du IVe au VIIe siècles, avec l’espace impérial et les vicissitudes de son devenir pour cadre, cette réflexion d’ensemble aura pour but, en prenant des exemples diversifiés, de considérer comment, à partir du ‘moment constantinien’, l’Église et ses clercs précise, enrichit, adapte et modifie ce qui relève de son domaine spécifique, sans équivalent dans la religion romaine (exégèse des Ecritures, enseignements et dogmes, sacrements et liturgie). Cette introduction aux travaux du colloque aura aussi pour objet de considérer comment sont exercés et valorisés les droits confortés ou acquis (propriété, compétence juridique, statut clérical). Il importera également d’examiner la manière dont l’Eglise cherche à se garder des abus de pouvoir en son sein ou encore d’observer par quels méthodes et moyens elle entend réguler et garantir ses rapports avec le pouvoir impérial ou royal en vue de son unité et de sa concorde. Un intérêt particulier sera accordé au déploiement des possibilités offertes pour affirmer l’étendue de son champ d’action mais on prêtera également attention à l’expérience faite des hésitations, impasses et résistances rencontrées. Enfin la traduction de ces nouvelles responsabilités, attributions et limitations ecclésiales sera examinée en matière de dynamique des lieux et territoires ecclésiaux, aux différentes échelles (bâtiment, ville, province, espaces supra-métropolitains), ou encore dans le domaine de la production de monuments, qu’ils soient artistiques ou intellectuels et capables de profondément influencer les esprits et/ou de constituer des références capitales lors de débats ultérieurs.

- Luce PIETRI (Université de Paris IV-Sorbonne).

Tel un évêque commun à tous : l’empereur Constantin et l’Église selon Eusèbe de Césarée.

Dans la Vita Constantini, Eusèbe de Césarée écrit que l’empereur Constantin « accordait un souci tout particulier à l’Église de Dieu. Quand des discordes se produisaient entre les chrétiens des différents pays, lui-même, comme s’il était un évêque commun à tous que Dieu aurait établi, organisait des synodes de ministres de Dieu. » Quelle conception l’évêque de Césarée se faisait-il ainsi du rôle de Constantin à l’égard de l’Église ? On étudiera les trois angles sous lesquels il présente cet empereur :
-  comme se consacrant entièrement au service de l’Église,
-  en prenant pour partenaires privilégiés les évêques,
-  et en partageant le titre de ces derniers mais non leurs fonctions (étude de vocabulaire).

- Olivier HUCK (Université de Strasbourg)

Constantin, les évêques et le pouvoir. Conceptions théoriques et realia du pouvoir épiscopal au début du IVe siècle.

L’étude s’articulera comme suit : on s’appuiera tout d’abord sur les actes de la pratique d’époque constantinienne (et en particulier sur les sources juridiques), en vue de restituer les contours de l’autorité épiscopale, telle que la percevait / la comprenait Constantin ; dans un deuxième temps, on confrontera ensuite l’image obtenue, non seulement aux « théories » du pouvoir épiscopal, telles qu’on les trouve exprimées parfois dans certaines sources d’époque pré-constantinienne et constantinienne, mais également aux realia que d’autres documents (la Didascalie syrienne, certaines lettres de Cyprien de Carthage, ou encore le dossier Paul de Samosate) permettent d’appréhender. L’ambition de l’étude consiste à proposer, à terme, une sorte d’« état des lieux » du pouvoir épiscopal au début de la période envisagée par le colloque.

- Pierre MARAVAL (Université de Paris IV-Sorbonne).

Le piège du bras séculier : les évêques du IVe siècle entre recours à l’empereur et revendications d’indépendance de l’Église

Dès l’avènement de Constantin, les évêques lui dont demandé d’intervenir dans les conflits inter-ecclésiaux : ce fut le cas dans l’affaire du donatisme, ce le fut aussi dans celle d’Arius. Dans chaque cas, Constantin réagit en demandant d’abord aux évêques de régler le problème ; il n’intervint que dans un second temps en faisant donner le bras séculier (armée en Afrique, exil pour les rebelles à Nicée) - ce qui ne suscita alors aucune réaction négative de la part des évêques. Les Louanges de Constantin d’Eusèbe, en 336, reflètent une conception de la mission impériale largement partagée par tous : elle lui accorde ce droit d’intervention, voire lui en fait un devoir. Les successeurs de Constantin, pareillement sollicités d’intervenir et pareillement convaincus que c’était leur devoir de le faire, ne se priveront pas d’agir comme lui. Cela suscitera bientôt des revendications d’indépendance de l’Église. Celles-ci pourtant ne cesseront de s’accompagner, de la part de tous les partis, du recours à l’empereur.

Interventions impériales et autorité des évêques.

- Xavier BATLLO (Université Catholique de l’Ouest).

Du risque d’en appeler à l’Empereur : le cas de Marcel d’Ancyre.

La remise par Marcel d’un opuscule théologique (appelé par certains chercheurs Contra Asterium) à l’empereur Constantin, dans le but de nuire au parti dit eusébien, conduisit finalement à la convocation d’un synode vers les années 336-337 qui condamna Marcel. La déposition et l’exil de l’évêque d’Ancyre paraissent d’autant plus inattendus que celui-ci semblerait avoir joui, dans l’Église et auprès de Constantin lui-même, d’une certaine influence au cours de la décennie précédente, spécialement à Nicée, tandis que les chefs eusébiens, particulièrement Eusèbe de Nicomédie, se voyaient à la même époque envoyés en exil. Une meilleure appréciation des positions doctrinales des protagonistes, de leurs liens possibles avec l’empereur et de leur attitude sur l’échiquier ecclésial pourraient expliquer ce « revirement » et mettre au clair certains critères susceptibles d’affecter, de façon favorable ou négative, l’autorité ecclésiale après le tournant de 313, plus précisément durant les dernières années du règne de Constantin.

- Pascal-Grégoire DELAGE (Séminaire catholique de Bordeaux)

Licinius et les évêques

L’empereur Licinius fut l’un des deux « empereurs de Dieu » (Eusèbe de Césarée) qui, au printemps 313, non seulement s’empressèrent de donner forme à l’édit de tolérance de Galère publié deux ans plus tôt, mais qui affirmèrent publiquement protection et générosité à l’égard des chrétiens. C’est même par une loi de Licinius affichée le 13 juin en 313 à Nicomédie, la capitale de la Pars Orientalis, cité qu’il venait d’investir et qui lui ouvrait l’imperium sur l’Orient, que nous connaissons la teneur de l’ « Edit de Milan ». Ainsi et bien que l’historiographie chrétienne fasse de lui le dernier des « empereurs persécuteurs », Licinius se montrait initialement aussi favorable les responsables des Eglises au printemps 313 que l’Auguste d’Occident. Nous nous efforcerons donc de voir ce qu’il en fut réellement de la politique religieuse de Licinius vis-à-vis des chrétiens et comment le bon vouloir du prince pouvait permettre l’émergence de nouvelles façons de « faire Eglise », avec, conséquemment, un rapport original à l’exercice de l’autorité. Celui-ci différait-il notablement de celui qu’expérimentaient les Eglises situées en Occident ? La politique religieuse de Licinius n’avait-elle été qu’une concession ad-minima à Constantin ou offrait-elle d’autres scenarii possible de christianisation et in fine un autre visage de l’Eglise dans l’Empire ?

Interpréter autrement les Ecritures.

- Marie-Laure CHAIEB (Université Catholique de l’Ouest).

« Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi si cela ne t’avait été donné d’en haut » - La réception de Jn 19, 11 dans la tradition patristique : comparaison des arguments avant et après 313.

Cette enquête exégétique aura pour objectif, premièrement, d’établir une typologie des citations plus ou moins explicites de Jn 19, 11 dans la littérature patristique durant les persécutions ; et dans un second temps de la comparer avec la même recherche au cours du IVe-début Ve. Dans quelle direction évoluent les commentaires ? Quels renseignements nous fournissent-ils sur les rapports des chrétiens à l’exercice du pouvoir au sein de l’Empire ? Et surtout, ces commentaires établissent-ils quelques rapports d’analogie avec l’exercice du pouvoir au sein de l’Eglise elle-même ?

- Marco RIZZI (Université de Milan)

La transformation de l’exégèse chrétienne à la suite de l’Edit de Milan.

La conférence vise à examiner les changements dans le contenu et le mode de l’exégèse chrétienne, après la soi-disant conversion de Constantin ; l’intervalle de temps considéré est sur celui qui va du troisième siècle jusqu’au début du cinquième, environ de Hippolyte à Augustin, afin d’évaluer les changements à long terme dans la tradition exégétique et pas seulement l’impact immédiat du choix de l’Empereur. En particulier, nous allons examiner trois domaines d’importance particulière : la fin de l’exégèse chronologique-eschatologique des livres de Daniel et de l’Apocalypse ; le changement dans l’interprétation de la relation entre la loi de Moïse, la loi naturelle, la loi humaine sur la base de Rom. 2,14 ; et enfin la modification de l’équilibre réciproque entre la déclaration de Paul, selon lequel toute autorité vient de Dieu (Rom. 13, 1), et celle de Pierre (Actes 5, 29), selon lequel il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Bien sûr, ces arguments ne peuvent être examinés dans leur intégralité, mais seulement en se référant aux auteurs et aux écrits particulièrement importants ; toutefois, il sera possible de mettre en évidence certaines lignes des changements qui marqueront la suite de l’histoire du christianisme, en particulier occidental, et qui le caractérisent encore aujourd’hui.

Des théoriciens en situation : auctoritas et potestas.

- Ariane BODIN (Paris Ouest - Nanterre).

La participation des évêques au pouvoir en Italie et en Afrique romaine dans l’Antiquité tardive

Selon Michel Foucault, la notion de pouvoir ne se résume pas à l’opposition binaire entre un puissant et un soumis. Les modifications liées à la légalisation du christianisme et le changement de statut de l’Église conduisent à un renouveau de la conception du pouvoir au sein même de l’institution ecclésiale. Cette communication aura pour but de mettre en évidence les prétentions cléricales que la légalisation constantinienne et ses conséquences ont engendrées. Les clercs se lancent dans une compétition acharnée au sein de la cité, qui peut les conduire à s’opposer aux autorités locales et aux riches laïcs. À titre d’exemple, les fêtes chrétiennes sont réputées pour drainer un grand nombre de fidèles vers l’église. Peter Brown a bien démontré que les évêques, au nom du love of the poor, avaient acquis un puissant ascendant sur les masses, captant un ressort supplémentaire du pouvoir dans la cité. Dès lors, une personnalité aussi remarquable qu’Ambroise de Milan n’hésite pas à instrumentaliser les fidèles lorsqu’il se dresse contre les autorités. De même, il est le premier évêque à être inhumé ad sanctos, privilège jusqu’alors jalousement gardé par les laïcs. Il s’agira donc d‘étudier cet autre enjeu de la rivalité entre clercs et les laïcs, celui de l’inhumation ad sanctos.

- Benoît GAIN (Université de Grenoble)

Conflit de Basile de Césarée avec l’autorité impériale, d’après Grégoire de Nazianze

Le conflit entre Basile de Césarée et Valens – auquel il faut joindre le vicaire du Pont, Démosthène, et le préfet du prétoire, Modeste, a pour cause le refus de l’empereur du proroger les aides fiscales accordées aux clercs de la province ecclésiastique de Césarée de Cappadoce. Le conflit se complique du fait que l’empereur est arien. Le récit des événements par Grégoire de Nazianze (témoin oculaire), dans l’oraison funèbre de son ami, met en lumière la force de caractère de Basile, « homme supérieur aux menaces », mais en même temps laisse deviner que l’évêque intransigeant savait faire preuve de souplesse, notamment dans le cas présent au cours de la liturgie de l’Epiphanie 371. C’est une épreuve de force – presque un défi – qui se termine bien, dans la mesure où Valens, sans se réconcilier à proprement parler avec l’évêque, accorde à celui-ci des arrangements en faveur de l’Eglise. Mais … les ennemis de Basile ne désarmant pas, une voiture est prête à l’emmener en exil, manœuvre qui échoue de façon surprenante.

- Gérard NAUROY (Université de Metz)

Lignes de partage entre pouvoir impérial et autorité ecclésiastique à la fin du IVe siècle d’après la Correspondance d’Ambroise de Milan ».

L’évêque de Milan (374-397), dans ses rapports conflictuels ou apaisés, proches ou plus épisodiques, avec Gratien, le jeune Valentinien II et sa mère Justine, les « usurpateurs » Maxime et Eugène, et enfin le grand Théodose, incarne et résume à lui seul les différentes formes que les relations entre pouvoir impérial et autorité ecclésiastique ont pu prendre après la paix de l’Église dans le dernier quart du IVe siècle. Comment l’autorité et l’autonomie de l’Église se sont construites face au pouvoir politique au fil de ces affrontements ou de ces amitiés, la Correspondance, rassemblée probablement par Ambroise lui-même dans une collectio en dix livres complétée par quinze lettres parvenues à nous extra collectionem, nous en livre plusieurs illustrations, en particulier dans le Livre 10 de la collectio. Prenant comme exemples quatre épisodes célèbres, les deux ambassades à Trèves auprès de Maxime (Lettre 30), le conflit dit des basiliques milanaises qui met l’évêque face au Palais impérial d’obédience homéenne (Lettres 75, 75a, 76), l’affaire de la synagogue incendiée de Callinicon (Lettre 74, Lettre extra coll. 1) et celle du massacre de Thessalonique (Lettre extra coll. 11), qui incarnent deux types d’affrontement entre l’évêque et Théodose, sans compter telle autre missive proposant un code de conduite pour un empereur chrétien (Lettres extra coll. 2 et 3), cette communication se propose de montrer comment ces relations crispées, voire conflictuelles avec le pouvoir impérial, ont conduit l’évêque de Milan à définir, non sans quelque empirisme, une doctrine des rapports entre les deux pouvoirs, qui influencera les derniers temps de l’Antiquité tardive et tout le Moyen Âge.

- Benoît JEANJEAN (Université de Brest)

Saint Jérôme face à l’exercice du pouvoir épiscopal.

A la différence de ses contemporains Ambroise et Augustin, Jérôme ne fut pas évêque et n’exerça jamais, de ce fait, de pouvoir institutionnel au sein de l’Église. En revanche, sa trajectoire entre Occident et Orient l’a conduit, à côtoyer divers évêques qui, dans le contexte des nouvelles relations entre l’Église et le pouvoir temporel, ont eu une influence importante sur le cours de sa vie. A Rome, tout d’abord, il travaille au service du pape Damase qu’il seconde dans la rédaction des lettres adressées à différentes Églises. Peu après la mort de celui-ci, il quitte l’Italie et décide de fonder des monastères à Bethléem, se plaçant de facto sous l’autorité de Jean, l’évêque de l’Église de Jérusalem. Mais il met en doute cette autorité dès lors que Jean est accusé de partager les erreurs doctrinales d’Origène. La « querelle origéniste » s’envenime et Jérôme, d’abord excommunié par Jean de Jérusalem, est à deux doigts de se voir chassé de Palestine par la force publique. A travers les péripéties des relations de Jérôme avec ces deux évêques et avec quelques autres, on essaiera de cerner comment se définit à ses yeux le juste exercice du pouvoir ecclésiastique et comment, dans le cadre de querelles doctrinales, ce pouvoir qui détermine la limite entre orthodoxie et hérésie prépare l’intervention du bras séculier.

Dans l’espace et le temps : évolution des pratiques et des images.

- Jean GUYON (Aix-Marseille Université – CNRS)

Un processus pluriséculaire : la conquête du territoire par les Églises et l’imprégnation des mentalités par des références chrétiennes. L’exemple des Gaules (IVe-VIe siècle)

Au début du IVe siècle, la mission chrétienne dans les Gaules en est encore à ses débuts. À preuve le petit nombre des Églises représentées au concile d’Arles de 314 et les rares sarcophages et inscriptions qui apparaissent alors, quelque cent ans après la naissance à Rome d’un art chrétien. Si les progrès sont sensibles au cours du siècle, il faut attendre le Ve siècle pour que le territoire revête une « blanche robe d’églises. » Cela parce que le statut du christianisme était trop précaire jusqu’alors pour que les fidèles aient pu ou voulu se doter d’édifices de culte trop ostensibles. Vers 500, le maillage du territoire est achevé pour les évêchés, très largement engagé pour les paroisses rurales. Et dans le cours du siècle, les mentalités se révèlent largement imprégnées de références chrétiennes. Le baptême de Clovis n’a donc nullement provoqué « le baptême de la France », il a coïncidé avec les prodromes de l’établissement d’une chrétienté dans les Gaules.

- Aram MARDIROSSIAN (Université Paris Ouest Nanterre La Défense)

La crosse par le sang. Église et pouvoir dans l’Arménie paléochrétienne

Si la conversion officielle de l’Arménie au christianisme opérée par le roi Trdat IV le Grand en 311 constitua une mesure révolutionnaire sur le plan politique et religieux, elle n’entraîna pas – à la surprise de certains – de profonds bouleversements sur le plan des institutions et des personnes. Le monarque et saint Grégoire l’Illuminateur (Lusaworičʻ), premier patriarche de l’Église arménienne, œuvrèrent à substituer le christianisme au zoroastrisme qui était jusqu’alors la religion officiellement prônée par le pouvoir, en modifiant le moins possible l’ordre de la société ou de l’État. Ainsi Grégoire hérite de la totalité des titres et prérogatives du pontife suprême de la religion zoroastrienne : il devient kahanayapet (« chef des prêtres »), comme son prédécesseur était mogpet « chef des mages ». De la même manière, la conversion ne remit pas en cause le principe d’hérédité et le système des trois classes – les princes (išxan) ou dynastes (naxarar), les nobles (azat) et les non nobles (ramik ou šinakan) – qui étaient si profondément ancrés qu’ils s’étendaient même à l’Église. Dès lors, le principe du cursus honorum qui, en principe, régissait alors l’accession à l’épiscopat dans l’Empire romain n’avait guère de chance de trouver une application en Arménie. C’est contre cet état de fait que les autorités ecclésiastiques arméniennes tentèrent de réagir à l’occasion du synode de Šahapivan de 444, premier concile de l’Église arménienne, en élaborant une législation canonique destinée à instaurer un recrutement à l’épiscopat fondé désormais sur le mérite du candidat et non plus sa naissance. Elles souhaitaient ainsi contrôler le recrutement des cadres de leur Église pour pouvoir mieux lutter contre la politique de réinstauration du zoroastrisme menée alors par le roi des rois perses. Ce programme révolutionnaire qui dépassait largement les capacités réformatrices du synode de Šahapivan se solda par un échec. Les autorités séculières ne pouvaient globalement qu’être hostiles au changement radical proposé. De fait, le nouveau mode d’accès à la cléricature créait une égalité sociale illégitime au regard de la norme coutumière. Passant outre le système traditionnel des trois classes, il ne pouvait à terme qu’aboutir au dépassement de celui-ci par un nouvel ordre social dont l’axe central serait le clivage entre clercs et laïcs. Par ailleurs la perspective de voir apparaître face à eux une Église fortement centralisée autour d’un patriarche puissant, qui se substituerait d’une certaine manière à la royauté tout juste abolie (428) ne pouvait qu’inquiéter les clans dynastiques, si soucieux de leur autonomie et de leurs privilèges. Au début du VIIe siècle, une nouvelle et vigoureuse action contre l’hérédité du sacerdoce fût menée par le vardapet (« docteur ») Yovhannēs Mayragomec‘i, chef du parti julianiste en Arménie. Contrairement aux Pères de Šahapivan qui agissaient avant tout pour la survie de l’Église arménienne, Mayragomec‘i était principalement guidé par des considérations d’ordre doctrinal : faire triompher le julianisme dans le pays. Bis repetita, l’action du grand vardapet se solda par un nouvel échec. Cette fois les résistances ne vinrent pas seulement des princes. Les courants religieux hostiles à Mayragomec‘i n’éprouvèrent guère de difficultés à mobiliser une majeure partie des ecclésiastiques en place qui ne pouvaient qu’être opposés à la réforme projetée. Son application les aurait dépossédés des prébendes dont ils bénéficiaient, pour beaucoup d’entre eux, depuis plusieurs générations. Bientôt, l’ère des réformes prit fin. Le synode de Duin, réuni en 719 par le catholicos Yovhannēs Awjnec‘i – rédacteur à cette occasion du corpus officiel de droit canonique arménien, le Kanonagirk‘ Hayoc‘ – légitime le principe d’hérédité lorsqu’il réplique aux critiques formulées, en 692, par le concile in Trullo sur cet aspect des mœurs ecclésiastiques arméniennes. Les temps avaient changé. Contrairement aux pères de Šahapivan qui représentaient une Église aux abois, recherchant ardemment la communion de l’Église grecque ; contrairement à Mayragomec‘i qui représentait le chef d’un courant religieux extrémiste et minoritaire, Yovhannēs Awjnec‘i est le chef d’une institution solidement établie, concordataire avec le califat et prémunie, par les armes arabes, contre toute intervention byzantine. Le catholicos constitue désormais la seule autorité stable, représentant permanent de la nation toute entière. Promoteur d’une politique anti-chalcédonienne modérée de rupture avec l’empire byzantin, il milite pour la préservation des particularismes de l’organisation ecclésiastique arménienne dont l’hérédité du sacerdoce constitue un des éléments les plus notables.

- Hélène MOUNIER (Université de Montpellier)

Une nature, deux Églises : L’émergence d’une hiérarchie monophysite sous le règne de Justinien Ier.

Le règne de Justinien Ier est marqué par une application rigoureuse du « césaropapisme ». Jamais un basileus ne s’était jusqu’alors immiscé de manière aussi approfondie dans le domaine religieux, tant sur le plan des institutions que dans la définition de la doxa. D’un point de vue juridique, cette approche est attestée par l’adoption de deux Novelles (CXXIII et CXXXIII). S’agissant de la doctrine, chacun sait que depuis Justin, le credo chalcédonien bénéficiait de la faveur impériale. Derrière cette trame générale, la réalité politico-religieuse du règne de Justinien apparaît plus complexe. Ainsi, sa théologie politique est construite autour de deux axes. D’une part, l’empereur souhaite ardemment parvenir à une union doctrinale en se conciliant notamment les monophysites sévériens. Cette volonté s’appuie plus que jamais sur la théorie « constantino-eusébienne » selon laquelle l’unité de l’Empire passe par l’unité de la foi. D’autre part, Justinien est guidé par le désir de ne pas s’aliéner la papauté qui constitue un acteur majeur dans le cadre de sa politique de reconquête de la pars Occidentis. Le premier axe se traduit par une étonnante tolérance envers les monophysites concrétisée, en particulier, par les conférences de 532, le dialogue avec Sévère d’Antioche ou encore la protection accordée à Théodose d’Alexandrie, même après son exil forcé. Or, contrairement à une idée couramment reçue par l’historiographie, l’influence de l’impératrice Théodora ne peut à elle seule expliquer une attitude aussi étonnante. Mais dans le même temps, l’échec de cette politique de conciliation a conduit Justinien à ordonner de violentes persécutions, notamment afin de normaliser la foi en Égypte. Cette politique de prime abord peu cohérente traduit en fait du point de vue de l’empereur un effort permanent, une course éperdue vers la conciliation des credo d’Éphèse et de Chalcédoine. Dans ses derniers jours, peut-être conscient de l’impossibilité d’une telle harmonisation, le grand basileus tentera de déplacer la discussion du terrain de la christologie à celui de la corruptibilité en adhérant à la doctrine de l’aphtarsia. Du point de vue de l’Église, le parti monophysite largement affaibli après la mort de Sévère en 537/8 va connaître une forme de résurrection grâce à l’action de Jacques Barradée missionné par Théodose d’Alexandrie pour reprendre l’offensive monophysite en Syrie. Les ordinations épiscopales auxquelles procède Jacques vont permettre la mise en place d’une véritable Église parallèle en Syrie. La sinueuse politique religieuse de Justinien qui oscille entre tolérance – le principe – et persécution – l’exception – va aboutir à l’émergence d’une véritable Église monophysite autonome dont la vitalité se manifeste encore de nos jours en dépit des difficultés sans cesse grandissantes que rencontrent les chrétiens d’Orient depuis plusieurs décennies.

- Thomas DESWARTE (Université d’Angers)

Le rôle des laïcs dans l’Eglise wisigothique (589-711) : fonctionnarisation de l’institution ecclésiastique ou théologie du laïcat ?

La conversion de Reccarède de l’arianisme au catholicisme, puis son officialisation lors du concile de Tolède III (589), inaugurent en Espagne une période d’étroite collaboration entre le roi et les évêques, le Spirituel et le Temporel. Les grands conciles du royaume sont ainsi emblématiques de cette union de l’Eglise et l’Etat, qui octroie au roi et aux Grands laïcs une place importante dans la vie de l’institution ecclésiastique. Il reste à mieux comprendre les modalités et les conséquences de cette collaboration : est-elle subie par l’Eglise, voire même refusée par certains clercs ? Est-elle au contraire le fruit d’une pure alliance d’intérêt ? Ou bien suscite-t-elle une réflexion théologique sur la place des laïcs au sein de l’institution ecclésiastique ?

Actualisation et perspectives.

- Annie WELLENS (écrivain)

Le rire des humanistes ou le périlleux exercice d’un contre-pouvoir

Plusieurs Pères de l’Eglise qualifient le rire de « démoniaque ». Jean Chrysostome, dans son « Commentaire de l’épître aux Hébreux », l’assimile à « la folie et l’hébétement d’esprit », considérant que jouer avec le langage dans le simple but d’amuser, relève de la « turpitude ». Au XVIe siècle, les pamphlets des humanistes, éblouissants de style et réjouissants d’impertinence, entendent moins divertir que défendre la liberté intellectuelle. Ainsi, l’allemand Ulrich von Hutten s’en prend à l’Inquisition en prêtant aux théologiens soutenant cette institution des propos grotesques, et l’anglais John Skelton, dans une trilogie satirique incandescente, règle ses comptes avec la cour du roi Henri VIII. Erasme, lui, n’hésite pas à priver un pape de l’accès au paradis dans un « petit dialogue machiavélique » au seuil duquel il avertit sur un ton matois : « Lecteur, retiens-toi de rire ! ».

- Yves BLOMME (Université Catholique de l’Ouest)

Entre honneurs et condamnation : Loisy, de l’époque des petits livres rouges à la chaire du Collège de France.

A la mi-novembre 1902, un petit livre (270 pages !) de couleur rouge apparaît à la devanture de la librairie Picard, rue Bonaparte à Paris. Il s’agit de L’Evangile et l’Eglise de l’abbé Alfred Loisy. Anodin en apparence, l’événement est en réalité emblématique de la crise qui était en train secouer l’Eglise catholique dans son rapport avec les sciences bibliques, et qui allait durer jusque bien après la Première Guerre Mondiale. Un des aspects les plus importants de cette crise, c’est, qu’à la différence des précédentes – celles de Galilée et de Richard Simon par exemple -, l’autorité publique, se voulant désormais seule caution légitime du savoir académique, prétend arbitrer un conflit qui n’est donc plus seulement, ni peut-être d’abord, ecclésial.

- Philippe BRIZARD (Directeur général émérite de l’Œuvre d’Orient)

Les Eglises orientales dans leurs rapports avec les Etats

La tradition byzantine ne s’est pas uniformément étendue à toutes les Eglises orientales. Ainsi, à côté de l’Empire, et à mesure qu’il se rétrécissait, d’autres traditions se sont établies qui rendent compte différemment des relations des Eglises avec les Etats et vice-versa. L’Empire ottoman avait sa vision des choses qui a durablement marqué les Eglises du Moyen-Orient. Nous assistons à la fin de cette époque héritée des Ottomans, alors que le nombre des chrétiens diminue. Mais on ne va pas vers leur effacement. Immergés dans un monde musulman dont ils sont solidaires, ils cherchent, comme leurs compatriotes, des structures adaptées à la gestion du pluralisme religieux et ethnique. Le synode catholique sur les Eglises du Moyen Orient, célébré avant les printemps arabes, ouvre des voies.