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Petites variations augustiniennes en signe de reconnaissance
mercredi 15 septembre 2010
par Annie WELLENS
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J’aime imaginer leur accueil dans l’une ou l’autre ronde des docteurs et théologiens représentés par Dante en son Paradis sous forme de lumières qui chantent et dansent, puis leur montée vers Augustin posté avec les fondateurs d’ordres religieux au seuil de La rose des bienheureux ouverte sur le mystère trinitaire. Je ne doute pas que Possidius de Calame, sauveteur des œuvres d’Augustin qui venait de mourir dans Hippone assiégée par les Vandales, et Goulven Madec, assomptionniste ayant voué sa vie à la transmission studieuse de la vitalité augustinienne, soient désormais tout à la joie des retrouvailles. A des siècles de distance l’un comme l’autre ont « écouté » Augustin avant de parler de lui, et le donner à entendre à ceux qui en manifestaient le désir ou chez qui ils éveillaient ce désir. Augustin lui-même parlait parce qu’il écoutait, et encore se plaignait-il de ne pouvoir écouter les autres autant qu’il le souhaitait. Mais il ne cessait de scruter la Parole de Dieu et la toute jeune tradition chrétienne en les confrontant avec les interrogations, les joies et les épreuves du monde contemporain (ainsi des Sermons sur la chute de Rome). Notre époque est difficile accordait-il à ses auditeurs ou ses correspondants, mais ne fuyons pas cette réalité que Dieu nous donne de vivre en sa présence.

Comprends pour croire, crois pour comprendre… Efforce-toi, pour avoir la foi, de comprendre ma parole à moi prédicateur : aie foi, afin d’obtenir l’intelligence, dans la parole de Dieu. Ce passage du Sermon 43 atteste que pour Augustin, l’entrée dans le mystère chrétien saisit toute la personne qui, désormais, répondra par son labeur spirituel au don de la grâce. Puisque Dieu est venu habiter notre humanité nous avons maintenant charge de parole tout en tenant ferme que nous ne pouvons prétendre percer les secrets d’un Dieu chanté comme « l’au-delà de tout » par Grégoire de Nazianze. C’est pourquoi Augustin accorde tant de prix au questionnement car il nous fait croître spirituellement, en révélant la profondeur de notre désir. Dans une homélie sur l’Evangile de Jean il déploie sa pédagogie subtile : J’oserai interroger le Seigneur lui-même. Écoutez-moi comme un homme qui interroge plus qu’il n’explique, qui cherche plus qu’il n’affirme, qui apprend plutôt qu’il n’enseigne, et vous-même interrogez aussi du moins en moi et par moi. Augustin remet à leur juste place l’enseignant et l’enseigné (ou l’accompagnateur et l’accompagné) tous deux à l’écoute du seul Maître intérieur pouvant donner réponse à leurs questions.

Un mot brûlant court à travers les conseils donnés au diacre Deogratias qui se plaint d’épuisement pastoral dans La première catéchèse : la joie, signe de l’accord amoureux entre la volonté de Dieu et celle de l’homme. Mais, ajoute aussitôt Augustin, la joie ne se conquiert pas, elle relève de la Miséricorde de Celui qui la donne. La richesse éblouissante du mystère chrétien est ordonnée, non pas à notre servitude, mais à notre libération. Notre peur de « nous faire avoir » nous détourne parfois de l’immensité du don qui nous est proposé. Au lieu d’ouvrir notre intelligence à la démesure divine (Dieu fait homme), nous préférons traîner des pensées mendigotes témoignant d’une intelligence nécessiteuse, selon la traduction personnelle de Goulven Madec dans le Sermon 119. Augustin prescrit un excellent antidote à cette petitesse d’âme, la louange liturgique par laquelle nous célébrons Celui qui nous donne de marcher vers Lui : Le Christ Dieu est la Patrie où nous allons, le Christ Homme est la Voie par où nous allons. C’est à Lui que nous allons, par Lui que nous allons (Sermon 123). La louange anticipe la béatitude finale, c’est pourquoi Augustin conseille de chanter l’Alleluia par tous les temps et dans tous les lieux : Là-haut, louange à Dieu, et ici-bas, louange à Dieu. Mais ici au milieu des soucis, et là dans la paix. Ici par des hommes destinés à mourir, là par ceux qui vivront toujours ; ici en espérance, là en réalité ; ici sur le chemin, là dans la patrie… Chante et marche (Sermon 256). Merci aux compagnons de route qui aident, depuis tant de générations, les marcheurs à devenir chanteurs en leur apprenant la musique augustinienne.

Chronique publiée dans le bulletin L’Assomption et ses œuvres, octobre 2008.

 
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