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L’Apocalypse au risque de l’histoire : livre et film.
vendredi 15 mai 2009
par Alexandre FAIVRE
popularité : 10%

Quant au genre bien particulier qui a fait l’objet d’une survalorisation médiatique, il n’a, en fait, rien d’original. Il n’est qu’une version moderne de ce que l’historien de la période paléochrétienne nomme « documentation canonico-liturgique ». Les auteurs, qui sont essentiellement des compilateurs - et c’est un travail à part entière et souvent un travail d’actualisation théologique important -, prétendent, dans le cas de la documentation canonico - liturgique, dire la « tradition apostolique », faire simplement parler les apôtres. En fait, ils réalisent une compilation de textes de différentes origines, à l’instar de ce que font Mordillat et Prieur en découpant les interventions des chercheurs. Avec des bribes de textes authentiques soigneusement compilés, ils parviennent à réaliser d’authentiques faux. Pas plus que le lecteur d’aujourd’hui n’est dupe de l’apostolicité réelle des textes canonico-liturgiques pseudo-apostoliques, le téléspectateur ne sera dupe de la qualité « universitaire » ou « scientifique » de l’Apocalypse d’Arte. Dans les deux cas, il s’agit de « compilation ». La construction, pour instructive qu’elle soit, n’en est pas pour autant « apostolique » ou « scientifique ». Par contre, et c’est en cela que le travail que nous venons d’analyser est utile, il permet, comme la documentation canonico-liturgique, de conserver les témoignages, mais aussi de saisir l’intention et l’idéologie des compilateurs. En mesurant leur succès il permet de comprendre la mentalité d’une époque.

Cette approche, comme notre époque, serait-elle « laïque » ? Le spécialiste de la notion de « laïc » et de « laïcité » ne pourra que s’inscrire en faux contre cette qualification, à moins que l’on comprenne le mot ’laïc’ dans l’acception qu’il avait prise au début du siècle, au temps où Loisy écrivait sa petite phrase sur l’Église, celui de ’laïcard’. Si ’laïc’ vise la neutralité, l’objectivité, la tolérance, le respect de l’autre, l’approche que nous venons d’analyser n’a rien de « laïque ». Elle ressemble beaucoup plus à une approche « cléricale » qui, à l’instar de certaines approches ’dogmaticiennes’ utilisent le récit historique pour le faire entrer dans leur ’vénérable tradition’. Si l’on concluait en répétant ce que J.E. Ducoin écrit dans l’Humanité du 6 décembre « Une parole rendue à la fois accessible et scientifiquement conforme à ce qu’un profane peut attendre comme exigence et comme esthétique », il nous resterait à nous demander pourquoi les téléspectateurs - et encore bien plus les lecteurs - ont pu être classés parmi les « profanes », c’est à dire, pour parler comme un chrétien de la période paléochrétienne, parmi les « idiotai » [2] …

Alexandre Faivre

Professeur d’histoire du christianisme

Université Marc Bloch - Strasbourg

article paru dans la revuee Golias n° 123, décembre 2008, pp. 63-73.

 

[2] Pour Théodoret de Cyr, commentant 1 Co 14, Les « idiotai » sont les « profanes », des « lares » qui ne peuvent qu’admirer et répondre « amen » à ce que disent les « clercs ». Cf. A. Faivre, Les premiers laïcs. Lorsque l’Église naissait au monde, Strasbourg, éditions du Signe, 332 p.