Caritaspatrum
Accueil du siteCONTROVERSES ET DEBATS
Dernière mise à jour :
mercredi 5 août 2020
Statistiques éditoriales :
863 Articles
1 Brève
78 Sites Web
68 Auteurs

Statistiques des visites :
214 aujourd'hui
1254 hier
868662 depuis le début
   
L’Apocalypse au risque de l’histoire : livre et film.
vendredi 15 mai 2009
par Alexandre FAIVRE
popularité : 5%

An zéro ou identité en construction ?

L’avant dernière séquence de la série est intitulée « l’an zéro du christianisme ». Bien sûr, on aura compris dès les premières interventions que l’an zéro n’existe pas. Comme l’explique T. D. Barnes, il y a un an moins un et un an plus un, mais pas d’année zéro. La question de l’an zéro est donc une question symbolique qui place le christianisme entre l’être et le néant. Ce n’est pas une question historique. Lorsque Paula Fredricksen parlera de plusieurs commencements du christianisme, elle exprime une évidence historique : la société chrétienne, comme n’importe quelle société, n’est pas apparue ex nihilo et ne s’est pas immédiatement figée. Comme n’importe quel groupe elle s’est formée progressivement. Là aurait dû se placer une question qui restera non dite : comment définit-on le christianisme ? A partir de quels critères ? et qui le définit ?

D. Marguerat affirme ensuite très clairement que, pour lui, l’an zéro du christianisme n’est pas l’avènement d’une religion d’État, ce n’est pas le règne de Constantin, parce que le christianisme existe bien avant, qu’il s’est pensé et organisé bien avant. Il fixe cet avant au moment où Luc le déclare - c’est à dire au témoignage de Lc 1l, sur l’évangélisation de la communauté d’Antioche, dans les années 38 -. Au moment, précise-t-il, où se réalise dans cette communauté ce qui était inimaginable pour Israël, sauf à la fin des temps, le rassemblement de toute l’humanité. « J’entends, ajoute-t-il, le rassemblement de l’humanité entière, juifs et non juifs, considérée comme égale » face au Dieu d’Israël. Et de conclure qu’au moment où ceci est réalisé, c’est une révolution théologique qui se réalise.

Immédiatement après, la voix off nous ramène, sans état d’âme, à Constantin et à Théodose. Ceci, sans avoir vraiment traité le problème historique de la naissance du « christianisme », ni précisé les termes de la problématique, comme s’il était indifférent de glisser de la notion de « christianisme » à celle de « religion chrétienne ». On verra par la suite que cette notion semble être définie à partir d’un regard extérieur en la connectant implicitement à la notion politique romaine de « religio ». Posée ainsi, la question ne peut appeler qu’une seule réponse : le christianisme naît lorsqu’il est reconnu et admis par l’Etat, et les variations de la réponse ne porteront que sur le point de savoir à partir de quand il est ainsi reconnu, Constantin ou Théodose. Ce point de vue en occulte bien d’autres et comporte bien des ambiguïtés.

« Finis coronat opus »

« c’est la queue qui fait l’oiseau » aimait à répéter mon vieux professeur de littérature pour nous inviter à soigner la conclusion de nos dissertations et surtout pour nous inciter à ne jamais répéter simplement en conclusion ce que l’on avait écrit en introduction. Et il ajoutait : « c’est par votre conclusion que vous serez jugés et appréciés ». Si l’on applique le critère à l’œuvre de Mordillat et Prieur, le jugement risque d’être bien sévère.

Entre la première émission de Corpus Christi et les derniers épisodes de l’Apocalypse, malgré la somme d’informations triturées, on n’a pas l’impression que les compilateurs aient avancé d’un pouce. L’histoire, leur histoire était écrite d’avance. Le donné historique traité dans ces douze émissions correspond à ce que j’enseigne depuis maintenant quarante ans comme programme de première année à l’Université. Les étudiants (jeunes et beaucoup moins jeunes) sont de toutes tendances religieuses ou idéologiques. J’aime à leur dire que, s’ils réalisent vraiment une démarche historique durant leur année de découverte universitaire (démarche qui se doit d’articuler problématiques, connaissance et utilisation des instruments de travail récents, analyse des sources, discussion des hypothèses, jusqu’à la constitution d’un récit), ils ne devraient pas aborder les questions de la même manière à la fin de leur formation. L’histoire, avant d’être un récit, c’est d’abord l’art de poser les bonnes questions et de bien les poser. Or curieusement, depuis qu’ils ont commencé leur travail, Mordillat et Prieur ne font que répéter la même chose, comme si leur contact avec les chercheurs, leurs lectures, ne leur avait absolument rien appris, ou n’avait que confirmé leurs intimes convictions. Elaborer un récit historique ce n’est pas répéter une idéologie ou une théologie, quelle qu’elle soit…