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Accueil du siteCHRISTIANISATION DE L’AQUITAINEAu Ve et VIe siècle en Aquitaine.
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samedi 10 avril 2021
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Brèves
VIENT DE PARAITRE
mardi 15 décembre

Jonathan CORNILLON

TOUT EN COMMUN ? La vie économique de Jésus et des premières générations chrétiennes

De quoi vivaient Jésus et ses disciples ? Comment l’apôtre Paul et ses compagnons finançaient-ils leurs activités missionnaires ? Les prédicateurs des premières générations chrétiennes étaient-ils rémunérés ? Quelles formes prenait la solidarité matérielle des premières communautés chrétiennes ? Cet ouvrage répond à ces questions en abordant l’ensemble des aspects économiques de la vie des premiers chrétiens. Dans tout l’Empire romain, la vie économique des premières communautés chrétiennes, depuis la prédication de Jésus jusqu’à la fin du IIIe siècle, n’était pas un aspect secondaire de leur engagement religieux, profondément lié à une approche éthique et solidaire de la pauvreté. Cela n’était pour autant pas contradictoire avec la mise en place de formes de financement diverses et ambitieuses, dès la prédication de Jésus. Ce livre montre que les exigences de la morale chrétienne s’accompagnaient d’une recherche d’efficacité, même si les abus et les dysfonctionnements n’étaient évidemment pas absents.

Éditeur : Le Cerf

EAN : 978-2204129978

 
L’Eglise d’Aquitaine au Ve s. ou de l’art de gérer les transitions
vendredi 10 mars 2017
par Pascal G. DELAGE
popularité : 5%

Il est clair que nous avons affaire-là à une ingérence généralisée du pouvoir royal. Jusque-là l’épiscopat d’Aquitaine avait été détenu par les grandes familles d’origine gallo-romaine. Se succédèrent ainsi sur le siège de Bordeaux deux Leontius (oncle et neveu) qui descendaient de l’hôte de Sidoine Apollinaire. Leontius II (vers 548 – 582) était lui-même l’époux de Placidina, la fille d’un évêque de Bourges, Arcadius, et en elle coulait le sang de l’empereur Avitus (et peut-être même celui de l’empereur Théodose Ier). La gens bordelaise avait probablement aussi donné un évêque à Paris en la personne d’Aemilianus (..533-541…) et était alliée à la lignée des évêques de Limoges. Pour sa part, Palladius de Saintes était issu d’une famille noble de Bourges liée à de nombreux évêques de cette dernière ville. Fortunat nous rappelle l’origine illustre de Cronopius de Périgueux (…506 – 533) et son action apostolique : De deux côtés de votre famille, une lignée de prêtres a conflué vers vous : la dignité pontificale vous est échue en héritage. Une digne succession vous a procuré à juste titre ce rang, si bien que, dès lors, cet honneur vous était dû presque de droit. Votre noblesse est issue d’une antique race d’ancêtres, mais plus encore vous êtes noble dans le Christ par votre vertu. Vous aviez le visage paisible, l’âme tranquille et, avec un cœur pur, un front sans nuages. De votre bouche le nectar coulait avec les mots et les flots de votre éloquence surpassaient en douceur les rayons du miel. Vous étiez un vêtement pour ceux qui étaient nus, un manteau pour qui avait froid : qui venait se mettre à couvert sous votre toit s’en retournait couvert lui-même. Vous avez placé toutes vos richesses dans le ventre des indigents : ainsi demeurent-ils pour vous à jamais des trésors vivants. Ce fut le privilège de l’affamé de vous recevoir comme une nourriture, de l’assoiffé de vous recevoir comme une boisson, de l’affligé et de l’exilé de voir en vous un secours. Vous avez repeuplé votre ville vidée de ses habitants et ils revirent leurs foyers, leur rançon payée par vous. La brebis que le loup avait arrachée à la bergerie au milieu des violences et des grincements de dents, une fois rendue, exulte grâce à vous, le pasteur du troupeau. Sans tarder, vous avez rétabli dans leur antique splendeur les temples qui avaient brûlé, mais cela vous vaut dans les cieux une maison à l’abri de la ruine [3]. Il faudra revenir sur cet intéressant portrait d’évêque.

Toutefois l’antique noblesse de ces évêques pesait peu face à la volonté affichée des rois francs de contrôler les nominations épiscopales. Ainsi à la mort de l’évêque Eusèbe de Saintes (…533-541…), le roi Clotaire imposa son candidat, Emerius. Dès la mort du prince en 561, le métropolitain Léonce II convoqua un concile provincial pour casser cette ordination. Ce que ne goûta guère Caribert, un des fils du royal défunt, qui rétablit de force l’évêque déposé et condamna Léonce à une forte amende [4]. La très forte somme que dut verser Leontius de Bordeaux est peut-être à l’origine de ces interventions somptuaires à Saintes comme l’achèvement de la basilique Saint-Vivien et la réfection de la basilique Saint-Eutrope que Fortunat élégamment présente comme des actes d’évergésie [5]. Le malheureux Heraclius, prêtre de Bordeaux et élu au siège de Saintes pour remplacer Emerius, fut par la suite « recyclé » sur le siège d’Angoulême vers 580.

 

[3] cf. Venance Fortunat, Carmen, 4, 8

[4] cf. Grégoire de Tours, Histoire des Francs, 4, 26

[5] cf. Fortunat, Carmen, 1, 12 et 13