Faustina, éphémère impératrice
lundi 5 janvier 2015
par Pascal G. DELAGE

Constance II épousa Faustina à Antioche lors de l’hiver 360/61 alors qu’il était veuf depuis un certain temps à la suite de la mort d’Eusebia [1]. Cette durée de viduité proche d’une année lui avait peut-être été imposée par l’Eglise alors que le temps se faisant plus pressant : l’empereur était âgé de 42 ans et ni Constancia, ni Eusébia n’avaient donné d’héritier à l’empire.

On ne sait rien de la famille de Faustina. Elle est très probablement originaire d’Antioche et doit appartenir à une des premières familles de la cité mais Constance II mourut trop rapidement avant d’avoir eu le temps de nommer un frère de Faustina ou un cousin comme il était de coutume. Par ailleurs le changement de régime signifié par le nouvel empereur Julien fit que la famille de Faustina fut condamnée à une extrême discrétion. Peut-être était-elle apparentée à Faustinus, le préfet d’Egypte en 359-361, un chrétien arien convaincu comme l’empereur et son homme de confiance pour faire face aux chrétiens dissidents menés par l’évêque Athanase d’Alexandrie. Toutefois une parenté avec l’ancienne impératrice Fausta n’est pas à exclure non plus.

Les flancs de la nouvelle impératrice Faustina se révèrent vite féconds et c’est un futur père heureux qui partit à l’été 361 d’Antioche pour une énième campagne contre les Perses quand lui parvint la nouvelle de l’usurpation du César Julien à Lutèce en Gaule et de sa marche forcée vers l’Orient. Revenant sur ses pas, l’empereur revint vers Antioche avant de prendre immédiatement la route de Constantinople en coupant par l’Asie Mineure pour se porter au-devant du prince félon. La rencontre des deux armées n’eut jamais lieu : Constance II mourut le 3 novembre 361 à Mopsucrène en Cilicie et il eut la sagesse de désigner son cousin Julien comme son seul successeur.

Il ne semble pas que Faustina fut auprès de son mari lors de son décès. Enceinte de plusieurs mois, elle avait dû rester à Antioche et c’est là qu’elle donna naissance à une petite fille que l’on nomma Constantia comme son père. On ne sait ce que devint l’ancienne impératrice sous le règne de Julien (361-363) mais il est certain que la mère et la fille ne furent pas séparées et qu’elles furent probablement conduites à Constantinople.

En effet, au début du règne de Valens (fin de l’année 365), un certain Procope, proche parent de l’empereur Julien, entra à son tour en insurrection dans la région de Constantinople et de façon tout à fait révélatrice, il commença par s’assurer des personnes de Faustina et de sa fille Constantia pour s’attacher le loyalisme des troupes fidèles à la seconde dynastie des Flaviens : « On trouva effectivement une occasion tout à fait favorable pour gagner les troupes de Thrace : Procope promenait dans ses bras la toute jeune fille de Constance dont elles vénéraient le souvenir, en rappelant sa parenté avec cet empereur et avec Julien. Il bénéficia d’une autre circonstance opportune : Faustina, la mère de l’enfant, était par hasard présente quand il avait reçu certains insignes du costume impérial selon Ammin Marcellin [2].

La tournure prudentielle du grans historien romain laisse sûrement entendre que Faustina ait pris une part positive à l’usurpation de Procope. Ainsi se comprendrait cette allusion elliptique à l’exil de l’ancienne impératrice de la part du prêtre Jean d’Antioche (Jean Chrysostome) dans une lettre qu’il adresse à la jeune veuve de Thérasios : « L’autre [Faustina ?], c’est à grand peine que de nombreuses interventions lui ont permis de revenir de l’exil où l’avait envoyée le maître souverain » [3].

Quoique sa fille Constancia fût l’épouse de l’Auguste d’Occident, Gratien, depuis 375, il semble bien toutefois que ce ne fut qu’à la mort de Valens en 378 que Faustina put rentrer dans sa patrie, Antioche, où Jean et sa correspondante pouvaient alors la croiser dans l’une des églises de la cité.

[1] Ammien Marcellin, Histoires, 21, 6, 4

[2] Ammien, Histoires, 16, 7, 10

[3] Jean Chrysostome, A une jeune veuve, 4