Viviane de Rome
dimanche 20 août 2017
par Pascal G. DELAGE

La martyre romaine Vibiana est très probablement une jeune aristocrate romaine apparentée à la gens des Anicii [1] qui fut exécutée avec plusieurs membres de sa famille en 363 selon la Vita Pimenii (un prêtre romain martyrisé en même temps que ces aristocrates) un texte hagiographique de la seconde moitié du VIe siècle. Ces meurtres eurent lieu à l’instigation du Préfet Urbain L. Turcius Apronianus signo Asterius, un homme juste selon Ammien Marcellin, mais qui, ayant perdu un œil accidentellement lors d’un retour d’ambassade à Antioche auprès de Julien, devint très suspicieux et mena une lutte acharnée contre les mathematici [2].

C’est probablement sous couvert de cette accusation que Vibiana, sa sœur Demetria, leur mère Daphrosa et leur oncle maternel Faustus furent arrêtés (le père Flauianus fut relégué dans le domaine de l’Aquae Faurinae), motif plus vraisemblable que l’accusation de christianisme comme le voudrait l’auteur de la Vita Pimenii – mais le prestige de la gens Anicii était encore tel au VIe siècle qu’il était possible de réécrire les pages les plus sombres de la famille. D’autres membres de familles romaines aussi illustres périrent également lors des procès pour magie une dizaine d’années plus tard sous Valentinien. Demetrias, la plus jeune des filles, mourut rapidement en prison, Daphrosa fut décapitée et Vibiana soumise à la torture (flagellation à laquelle les aristocrates pouvaient être condamnés en cas de délit de magie). Elle décéda rapidement des suites de ce traitement le 2 décembre 363.

Apronianus fut démis de sa charge à la fin de ce même mois : s’agissait-il d’une mesure de représailles pour l’élimination de cette famille aristocratique ? On ignore ce que devint Apronianus à sa sortie de charge. Le culte de Vibiana et de ses parents prit corps au Ve siècle et le pape Simplicius (468-483) fit élever une église qui leur fut dédiée sur l’Esquilin près de palais de Licinianus et donc sur des terres appartenant ou ayant appartenu au fiscus impérial [3]. La Passio de Vibiana tirée de la Vita Pimenii précise que son père Flauianus était préfet urbain de Rome, l’une des charges les plus prestigieuses de l’Empire. En fait ce sont des aïeux maternels de Vibiana qui exercèrent cette charge, comme son (possible) grand-père ou arrière grand-père Sex. Anicius Paulinus (en 331-333 et consul en 325) ou le père de ce dernier, M. Iunius Caesonius Nicomachus Anicius Faustus Paulinus, également consul en 298, si c’est bien à cette branche des Anicii qu’il faut rattacher Vibiana et les siens.

L’identification de l’église Sainte-Viviane avec une autre basilique antique de Rome dont on ignore encore l’emplacement, à savoir la Basilica Liberii [4] pourrait nous conduire à une autre interprétation de la disparition de la famille de Vibiana, non plus sous Julien, mais sous Valentinien Ier. La basilique édifiée par l’évêque Libère (352-366) sur l’Esquilin – et qu’il faut bien se garder d’identifier avec Sainte-Marie-Majeure – fut en effet le lieu d’un affrontement sanglant entre les partisans du rigoriste Ursinus et du plus mondain Damase lors de la succession de l’évêque Libère en 366. Ammien Marcellin rapporte en particulier que 137 personnes trouvèrent la mort lors de l’assaut de la basilique encore appelée in Sicininum lancé par les partisans de Damase [5]. Peut-être est-il possible d’imaginer que Vibiana et les siens perdirent la vie dans ces heures tragiques et que leur souvenir gardé dans la mémoire des cercles aristocratiques romains n’en sera pas moins honoré un siècle plus tard ?

Vibiana de Rome

[1] C. Settipani, Continuité, gentilice et continuité familiale dans les familles sénatoriales romaines à l’époque impériale, Addenda II, p. 77-78

[2] cf. Ammien Marcellin, Histoires, 26, 3, 1-6

[3] Liber Pontificalis, 1, 249-250

[4] H. Brandenburg, Ancient Churches of Rome, p. 113

[5] Histoire, 37, 3, 11-14