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vendredi 5 mars 2021
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Là où la pensée peut mordre. Lettre interactive d’à peu près de et à Simone Weil (1/3).
mardi 5 novembre 2019
par Antoine WELLENS
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Vous dites, pour commencer par les causes, que l’extension formidable du crédit empêche la monnaie de jouer son rôle régulateur en ce qui concerne les échanges et les rapports des diverses branches de la production ; et que c’est bien en vain que l’on essaierait d’y remédier à coups de statistiques. L’extension parallèle de la spéculation aboutit à rendre la prospérité des entreprises indépendante, dans une large mesure, de leur bon fonctionnement ; du fait que les ressources apportées par la production même de chacune d’elles comptent de moins en moins à côté de l’apport perpétuel de capital nouveau. Bref, dans tous les domaines, le succès est devenu quelque chose de presque arbitraire ; il apparaît de plus en plus comme l’œuvre du pur hasard ; et comme il constituait la règle unique dans toutes les branches de l’activité humaine, notre civilisation est envahie par un désordre continuellement croissant, et ruinée par un gaspillage proportionnel au désordre. Et moi, au milieu de ce désordre, témoin de ce désordre jusque dans ma pensée, comme vous, dans et hors la foule foulée au pied par d’autres, je devine et vois autour de moi « les visages contractés par l’angoisse de la journée à traverser et les yeux douloureux dans le métro du matin ; la fatigue profonde, essentielle, la fatigue d’âme encore plus que de corps, qui marque les attitudes, les regards et le pli des lèvres, le soir, à la sortie ; les regards et les attitudes de bêtes en cage, les paroles incroyablement douloureuses qui s’échappent parfois, comme par inadvertance, des lèvres d’hommes et de femmes semblables à tous les autres ; la haine et le dégoût du lieu du travail, que les paroles et les actes font si souvent apparaître, qui jette son ombre sur la camaraderie et pousse les salariés, dès qu’ils sortent, à se hâter chacun chez soi presque sans échanger une parole… Je vois les douleurs permanentes de la pensée clouée ; tous les remous de la classe ouvrière, si mystérieux aux spectateurs, en réalité si aisés à comprendre ; comment ne pas se fier à tous ces signes, lorsqu’en même temps qu’on les lit autour de soi on éprouve en soi-même tous les sentiments correspondants ? »

Comme vous je pense aussi qu’il n’est pas bon, ni que le chômage soit comme un cauchemar sans issue, ni que le travail soit récompensé par un flot de faux luxe à bon marché qui excite les désirs sans satisfaire les besoins.

(à suivre…)

Antoine Wellens,

Primesautier Théâtre,

site www.primesautiertheatre.org