Caritaspatrum
Accueil du siteLES PETITES JOURNEES DE PATRISTIQUEEgérie, une femme au pays des Pères
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vendredi 10 août 2018
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Avec Egérie, pèlerine en Terre Sainte
jeudi 10 mai 2018
par Michel COZIC
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Le 10 Mars à Saintes, une assemblée bien fournie (90 personnes) est venue découvrir cette noble dame, sans doute originaire d’Aquitaine, pèlerine dynamique, et bien inspirée selon le sens de son beau prénom. Prise sous les « flashes » de six intervenants, sa personnalité humaine et religieuse s’est révélée presque inépuisable.

Mr Pierre Maraval (professeur émérite de la Sorbonne), un des meilleurs connaisseurs de l’univers pèlerin des premiers siècles chrétiens – cf son ouvrage sur Égérie dans la collection Sources Chrétiennes – a donné des éclaircissements et des précisions sur la vie des pèlerins au Sinaï et autour du Sinaï, notamment sur les pratiques religieuses des pieux voyageurs à la suite du peuple hébreu ; or, ce dernier a vécu la présence divine à travers le don de la Loi et de l’Alliance en vue du Salut, ces temps forts d’une aventure spirituelle extraordinaire, dont Deut. 30,14 précise : « Tout près de toi est la Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur, pour que tu la mettes en pratique. »

Mme Marie-Joseph Pierre, de l’École Pratique des Hautes Études à Paris, empêchée au dernier moment, a trouvé en Marie-Laure Chaieb une excellente lectrice de sa communication sur les liens très forts entre le Sinaï et l’Exode des Hébreux , puis sur les moines qui se sont installés ensuite en ces lieux saints ; elle évoqua assez longuement l’œuvre de Jean Climaque, moine du VIIe siècle, qui passa pratiquement toute sa vie au Sinaï ; il y écrivit L’Échelle,en trente « barreaux », son livre majeur, qui retrace les trente degrés d’une vie spirituelle intense et visant la perfection dans le combat des vices et des vertus.

Le P. Pascal-Grégoire Delage, de Caritaspatrum, qui fréquente depuis longtemps de nobles dames d’Aquitaine des IVe et Ve siècles et au-delà, mentionna Ste Véronique, qui aurait été mariée à Zachée, eux-mêmes considérés comme apôtres de Bazas, en Gironde actuelle. Il avait d’abord rappelé que plusieurs de ces dames ont suivi l’initiatrice des pèlerinages en Terre Sainte, l’impératrice Hélène au début du IVe siècle ; il a ensuite évoqué la « clarissima » ( « très noble dame ») Mélanie, de très haute noblesse et parente de Paulin de Nole ; elle aura des relations spirituelles fortes avec le prêtre Rufin à Jérusalem ; il cita une autre clarissime, dame Vera d’Aquitaine et sa « peregrinatio », dont parle St Jérôme dans sa correspondance : « Ste Vera qui, pour suivre l’exemple du Christ, supporte les inconvénients du pèlerinage »( ep.118,7).

Marie-Laure Chaieb, de l’Université Catholique de l’Ouest, a tiré de l’œuvre d’Égérie au moins trois « photographies » sur l’ecclésiologie d’alors en pleine mutation et construction ; elle a insisté d’abord, au-delà des riches apports liturgiques, sur le peuple des fidèles très participatifs dans la vie de la communauté chrétienne ; puis sur le rôle des moines, souligné notamment au ch.21 de l’œuvre. Elle a aussi posé la question : « Et les femmes dans tout cela ? » ; elle a cité au ch.23 la diaconesse Marthana, qu’Égérie avait déjà rencontrée à Jérusalem lors de son premier pèlerinage et qu’elle visitera à Séleucie dans son second pèlerinage, celui précisément de 383-386. Elle évoqua d’autres « marcheuses de Dieu ».

Michel Cozic, de l’Université de Poitiers, a rappelé d’abord que, comme la prière, le pèlerinage est quasiment inscrit dans la nature humaine, ainsi que l’a souligné l’historien Alphonse Dupront (cf. son ouvrage Du Sacré). Le conférencier a imaginé d’abord que les moines vivant sur le Sinaï répondaient à des questions d’Égérie sur la fuite des Hébreux, sur le buisson ardent, sur la spiritualité de Moïse, en s’aidant surtout des ch.1 à 5 de l’itinéraire Égérien ; puis, à partir du ch.43 qui décrit la Pentecôte à Jérusalem, mais aussi l’Ascension, il a proposé d’ « écouter » de nouveau les paroles de Marc, de Luc dans les Actes des Apôtres. Enfin, il a signalé des apports d’Égérie à une foi ecclésiale itinérante, notamment à travers la liturgie vivante s’exprimant sur les lieux saints. Mme Annie Wellens, écrivain, a situé le texte d’Égérie dans l’histoire du « Journal de voyage », ce genre littéraire multiforme qui traverse les siècles. Elle a mis en valeur chez Égérie l’originalité de son journal qui se lit comme une vivace composition, relevant à la fois du carnet de route, de la correspondance et de l’autobiographie spirituelle.

Ces communications nous ont donc permis de caractériser Égérie comme un être de foi, d’une foi bien informée certes, mais souvent lumineuse, vive et agissante, un être qui, à propos des trois vertus théologales - cette feuille de route de tout chrétien – a vécu de son mieux ces paroles de Jean Climaque : « La foi, l’espérance et la charité…Je regarde la première comme le rayon, la seconde comme la lumière, et la troisième comme la sphère, ne formant ensemble qu’une seule clarté et une seule splendeur. » ( L’Échelle, ch.30).

Michel Cozic, Université de Poitiers