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Accueil du siteCHRISTIANISATION DE L’AQUITAINEAu Ve et VIe siècle en Aquitaine.
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jeudi 25 février 2021
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VIENT DE PARAITRE
mardi 15 décembre

Jonathan CORNILLON

TOUT EN COMMUN ? La vie économique de Jésus et des premières générations chrétiennes

De quoi vivaient Jésus et ses disciples ? Comment l’apôtre Paul et ses compagnons finançaient-ils leurs activités missionnaires ? Les prédicateurs des premières générations chrétiennes étaient-ils rémunérés ? Quelles formes prenait la solidarité matérielle des premières communautés chrétiennes ? Cet ouvrage répond à ces questions en abordant l’ensemble des aspects économiques de la vie des premiers chrétiens. Dans tout l’Empire romain, la vie économique des premières communautés chrétiennes, depuis la prédication de Jésus jusqu’à la fin du IIIe siècle, n’était pas un aspect secondaire de leur engagement religieux, profondément lié à une approche éthique et solidaire de la pauvreté. Cela n’était pour autant pas contradictoire avec la mise en place de formes de financement diverses et ambitieuses, dès la prédication de Jésus. Ce livre montre que les exigences de la morale chrétienne s’accompagnaient d’une recherche d’efficacité, même si les abus et les dysfonctionnements n’étaient évidemment pas absents.

Éditeur : Le Cerf

EAN : 978-2204129978

 
L’Eglise d’Aquitaine au Ve s. ou de l’art de gérer les transitions
vendredi 10 mars 2017
par Pascal G. DELAGE
popularité : 3%

Réalisation et limites de la christianisation : que sont devenus les païens ?

En parcourant les sources littéraires ou les canons des conciles, nous avons vu les cités d’Aquitaine s’orner de cathédrales et de basiliques suburbaines, des évêques célébrant les grandes fêtes et les mystères de l’initiation chrétienne, assurant l’évangélisation par la prédication et le bon déroulement des pèlerinages. Ils doivent veiller sur les pauvres, les prisonniers et les étrangers ainsi qu’à la constitution d’un clergé pour encadrer les populations chrétiennes. Populations chrétiennes ? Nos sources parlent des nobles mais qu’en est-il de la grande majorité des paysans travaillant sur les latifundia des puissants ? De façon très significative, le Bréviaire d’Alaric n’a pas repris les lois romaines interdisant le paganisme. Est-ce le signe que le paganisme a disparu ou que le pouvoir goth ne souhaite pas légiférer sur des traditions religieuses ancestrales encore largement partagées par leurs tribus ? Même discrétion dans les conciles mérovingiens sur le paganisme. Seuls trois ou quatre canons dénoncent des « superstitions » comme les calendes de janvier mais le c. 20 du concile d’Orléans II (533) ou le c. 15 d’Orléans IV (541) témoignent de la persistance du paganisme et même de la pratique des sacrifices d’animaux. Il ne faut pas oublier que les Francs sont très majoritairement païens à la veille du baptême de Clovis.

Au VIe, les grandes nécropoles « en plein champs » de Biron, Chadenac, d’Herpes en Saintonge probablement liées à la présence de contingents germaniques, ne présentent pas de signes de christianisation et ces derniers n’apparaissent que de façon très discrète à Neuvic à la même époque (plat estampée de croix chrismée, deux croix sur un ensemble de 40 inscriptions). Il semble bien que ce ne soit que dans un second temps que ces nécropoles aient attiré l’implantation d’un lieu de culte chrétien comme dans le cas de Civaux toujours au VIe siècle qui présente le cas relativement rare d’une église construite sur unfanum gallo-romain (ce qui n’exclut pas la présence à proximité d’un mausolée chrétien d’où pouvait provenir l’épitaphe de Servilla et d’Aeternalis [12]. Cette église dédiée aux martyrs milanais Gervais et Protais, sera tout de suite dotée d’une cuve baptismale pour assurer l’animation et la pérennité de l’embryon de communauté chrétienne qui se met alors en place. S’il est acquis que le christianisme s’est imposé rapidement comme « culture dominante » au Ve siècle dans l’aristocratie gallo-romaine, l’église de Civaux est l’humble témoin de ces petits centres religieux qui, loin de la cathédrale et du palais, assura le passage lent, très progressif au christianisme d’un monde qui se recomposait aux lendemains des grandes invasions.

 

[12] CIL 13, 1161