Deux curés ressuscitent les Pères de l’Eglise provençale
mardi 10 juin 2014

A peine publié, déjà primé ! Il n’y a donc pas qu’en chanson que nos curés provençaux ont la cote. « Aux sources de la Provence », l’ouvrage commis par les pères Bernard Lorenzato (Marseille) et Olivier Pety (Avignon), vient d’obtenir le Prix de l’Académie d’Aix qui leur sera remis le 10 juin. Il faut dire que leur livre, préfacé par Mgr Pontier, le président de la Conférence des évêques de France, est original en ce qu’il réhabilite une partie méconnue de l’histoire régionale.

C’est un peu un travail de bénédictin qu’ont entrepris les deux compères. Compilant les textes et témoignages, ils remontent du IVe au VIe siècle, cette époque où le christianisme va s’enraciner en Provence. « Notre intention est de livrer au public les richesses de tout un passé chrétien dans la cité d’origine grecque, puis romaine, du Lacydon, devenue Marseille, ainsi que d’autres lieux riches d’une histoire chrétienne : Lérins, Arles, Riez… »

Cette approche est fondamentale pour qui veut comprendre l’organisation de la religion qui deviendra dominante en Gaule, car ceux qu’on appelle les « Pères » ont posé les fondements du christianisme en développant l’enseignement reçu des apôtres. « Ils vont mettre en forme le Canon des Ecritures, ils ont forgé les prières et les célébrations sacramentelles, souligne Bernard Lorenzato, mais ils vont aussi prendre des décisions capitales pour la vie et l’avenir des communautés tant sur le plan doctrinal que disciplinaire face à des courants déviants et aux premières hérésies. »

On en apprend donc beaucoup sur les hommes qui ont forgé cette Eglise naissante, et les lieux où ils ont exercé. Les auteurs dissèquent la situation de Marseille, la concurrence entre son évêque Proculus et celui d’Arles, Patrocle, qui vont rivaliser de constructions remarquables : cathédrale monumentale de 120 m à Arles, le plus grand baptistère des Gaules à Marseille (site de la Major), plus vaste que celui de Milan ! On croise Jean Cassien, bien sûr, père du monachisme, qui va fonder deux monastères à Marseille, un pour les hommes sur l’emplacement du sanctuaire de Saint-Victor, l’autre pour les femmes au niveau de l’actuelle place de Lenche au Panier.

Voilà donc un livre instructif, écrit simplement. A travers les personnages présentés – Salvien de Marseille, Honorat à Lérins, Hilaire puis Césaire d’Arles, Fauste de Riez… -, le lecteur revisite non pas seulement l’histoire de l’Eglise, mais l’histoire de la Provence il y a 1 500 ans. On découvre en fin d’ouvrage de judicieuses annexes dont une chronologie, la liste des papes de l’Antiquité, des évêques de Provence et des conciles de Provence.

Un modèle d’engagement pour 2014

Évidemment, les chrétiens trouveront là matière au ressourcement, loin des schismes à venir. C’est un message en faveur de l’œcuménisme et de l’unité des chrétiens dont s’inspira le concile Vatican II. Mais c’est aussi un livre engagé socialement, qui en appelle à revenir à l’essentiel de la parole évangélique. Car nos deux curés ne sont pas que des contemplateurs.

Bernard Larenzato avait piloté le Jubilé de l’an 2 000 à Marseille de façon magistrale, en faisant se lever une foule de laïcs dont l’apothéose fut la réunion festive de 10 000 chrétiens au Parc Chanot. Aujourd’hui, il est chargé des relations avec le judaïsme pour le diocèse phocéen et il préside aux destinées des paroisses Saint-Michel et Saint-Pierre. Lors de ses messes, il descend parmi ses fidèles pour leur demander ce qu’ils pensent de l’Evangile du jour, dit aux gens d’aller voter et n’a pas hésité durant un an et demi à accueillir des familles de Roms afin que les enfants soient scolarisés . Olivier Pety dirige un centre de réinsertion sociale au mas de Carles , à Villeneuve-lès-Avignon. Ils ont retenu la leçon à la lettre.

« Tous les Pères de l’Eglise ont joué un rôle social dans leur cité soit en rappelant, haut et fort, le sens de la fraternité, de la solidarité, de la justice, de la dignité de l’homme ; soit en organisant la charité par la création d’hospices ; soit encore en manifestant le droit à tous de posséder une terre, un toit, une famille. Ils donnèrent ainsi les premiers éléments d’une doctrine sociale de l’Eglise. » Un vent frais souffle depuis les sources de l’Eglise de Provence…

Philippe Schmit

Extrait du journal La Provence du 29 mai 2014

« Aux sources de l’Eglise de la Provence » B. Lorenzato et O. Pety, éditions ASCP 240 pages, 22 €

image