« La lettre au service du Verbe ». Correspondance de Paulin de Nole.
jeudi 25 avril 2013
par Jean-Claude LARCHET

Paulin de Nole (353-431) est un Père de l’Église peu connu. Pourtant il est originaire de notre pays et y a reçu les bases de son éducation. Né à Bordeaux dans une grande famille de l’aristocratie, il a reçu une solide formation classique à l’université de cette ville où il a eu comme professeur de Lettres le célèbre poète Ausone. Il suivit ensuite à Rome le « cursus honorum » traditionnel avant d’accéder, très jeune, à de hautes fonctions : il devient gouverneur de la Campanie en 379-380. Voyageant en Espagne, il y épousa une dame de la haute société dont il eut un fils qui mourut prématurément. Jusqu’en 387, il fit de nombreux voyages qui lui permirent d’avoir des contacts avec des personnalités de l’époque, en particulier (le futur saint) Martin de Tours à Vienne et (le futur saint) Ambroise à Milan. Il fut baptisé en 389 à Bordeaux par l’évêque Delphinus et cinq ans plus tard fut ordonné prêtre à Barcelone. L’année suivante, il regagna l’Italie. Passant d’abord par Rome, il rejoignit la Campanie et s’établit définitivement à Nole près du tombeau de saint Félix où il fonda une communauté monastique et entreprit des travaux de restauration et de construction, avant d’être nommé évêque de la ville en 409. Il mourut à Rome en 431.

Saint Paulin est un exemple typique de ces personnes issues de la haute société, ayant reçu une éducation supérieure et ayant accédé à de hautes fonctions, qui ont renoncé à tout pour se mettre entièrement au service de l’Église. Un autre exemple bien connu est celui de son correspondant saint Ambroise, fils du préfet du prétoire des Gaules à Trèves et lui-même gouverneur de la province de Ligurie-Émilie après avoir suivi de brillantes études littéraires à Rome, qui accéda du jour au lendemain, en étant chrétien mais pas encore baptisé, aux fonctions d’évêque par acclamation de la vox populi.

Saint Paulin fut avec Prudence l’un des plus grands poètes latins chrétiens (on a gardé de lui 35 poèmes). Une autre partie de son œuvre est constituée par de longues lettres (49 ont été conservées) écrites à de grandes personnalités de son époque comme le poète Ausone, saint Jérôme, saint Augustin et Sulpice Sévère (le disciple et biographe de saint Martin de Tours).

Ce sont deux poèmes (10 et 11) et une partie de ces lettres (1, 4, 5, 6, 11 et 23 en extraits ; 24, 27, 28, 29, 30, 31, 32 et 45 en intégralité) que propose ce volume, auquel il ajoute trois lettres d’Ausone (21, 22, 24), deux lettres de saint Jérôme (53 et 58) et trois lettres de saint Augustin (27, 31, 95) à Paulin. Chaque partie est introduite par la traductrice (professeur honoraire de latin à l’Université de Tours) qui a aussi rédigé une introduction générale et un guide de lecture.

Comme le fait remarquer A.-M. Taisne, le genre épistolaire, souvent considéré comme un genre mineur, contribua grandement dans l’Antiquité à illustrer le message chrétien. Des Grecs comme saint Basile de Césarée, saint Grégoire de Nazianze et saint Jean Chrysostome, et des Latins comme saint Cyprien, saint Jérôme et saint Augustin créèrent un formidable réseau de relations à travers l’empire, et diffusèrent par là une partie de leur enseignement exégétique, théologique et spirituel dans un style plus personnel et plus libre que ne le permettaient les traités obéissant à des formes plus ou moins conventionnelles.

Jean-Claude Larchet

source : www.orthodoxie.com