Les Pères et les ministères : les communications
jeudi 8 mai 2008
par Pascal G. DELAGE

Monique ALEXANDRE (Université Paris-IV) Des ministères féminins ? Réalités contemporaines et mémoire d’autrefois. A partir des documents canoniques et littéraires, on rappellera la présence des diaconesses et de leur ministère en Orient. A travers l’œuvre de Jean Chrysostome, on percevra la mémoire conservée de la place des femmes dans la première mission chrétienne et, au-delà des interdits et des restrictions, la transposition des tâches d’enseignement et de témoignage, en particulier dans la sphère domestique, pour les femmes de ce temps.

Philippe BLAUDEAU (Université de Créteil) Accueillis au service du siège Apostolique : l’Église romaine et les ministres d’origine orientale (Ve -VIe s). En fonction du corpus épistolaire pontifical mais aussi de sources narratives romaines volontiers polémiques et parfois forgées (faux symmaquiens), il s’agira de montrer les modalités en fonction desquelles le siège Apostolique accueille des clercs chassés de leur Église d’origine en raison de leur appartenance doctrinale, comment il les considère, en fonction de quels critères il reconnaît leur ministère, comment il évalue leurs compétences spécifiques, comment il perçoit leur particularité, comment il les associe éventuellement à son projet visant à affirmer sa primauté face aux grands sièges orientaux, comme il peut leur confier des missions spéciales, comment l’un d’entre eux enfin peut même prétendre occuper la cathedra Petri.

Jean-Paul BOUHOT (CNRS – IRHT), La réforme de Jean Chrysostome à Constantinople. Jean, prêtre à Antioche, est devenu le 26 février 398 évêque de Constantinople par la volonté du pouvoir impérial. Son action, à son entrée en charge, est décrite brièvement dans le Dialogue sur la vie de Jean Chrysostome attribué à Palladius. Ses directives à l’adresse du clergé et des moines sont exposées dans les deux traités Sur les cohobitations, qui datent du début de l’épiscopat de Jean, et non, comme on le pense actuellement, des premières années après son ordination sacerdotale en 386 à Antioche. Ensuite le seul incident connu est la querelle qui opposa Jean à l’évêque Sévérien de Gabala en 401. Les accusations portées contre l’évêque de Constantinople au pseudo-concile du Chêne (sept. 403) montrent qu’un grand nombre de clercs, plus ou moins manœuvrés par Théophile d’Alexandrie, ont fait grief à Jean de sa conduite personnelle et de sa pratique pastorale, pour aboutir à son départ pour l’exil en juin 404. La réforme souhaitée par Jean Chrysostome a donc totalement échoué, et la minorité du clergé qui lui était fidèle a été persécutée et dispersée, comme en témoigne encore Palladius.

   

Catherine BROC-SCHMEZER (Université de Bordeaux) Enseignement et mystères : le sacerdoce aux yeux de Jean Chrysostome. Depuis le Traité sur le Sacerdoce, œuvre de jeunesse dans laquelle Jean Chrysostome se justifie devant son ami Basile de l’avoir entraîné vers le sacerdoce, tout en reculant lui-même un temps devant l’énorme responsabilité qu’il représente, la pratique de ce ministère a permis au prêtre, puis à l’évêque, de confirmer, mais parfois aussi de nuancer ou d’approfondir les intuitions qu’il avait de sa charge avant de l’accomplir. On s’interrogera en particulier sur la part respective que prennent, dans sa conception du sacerdoce, prédication et célébration des mystères, en réfléchissant en particulier à l’expression « trône de l’enseignement » par laquelle il désigne souvent la prêtrise. On se demandera si une part, plus que l’autre, de ce ministère justifie à ses yeux le caractère exclusivement masculin de la prêtrise, et s’il s’exprime explicitement à ce sujet.

Cyril BRUN (Université de Rouen ) - L’exigence de l’état clérical, comme chemin de salut pour les fidèles chez Cyprien de Carthage. Saint Cyprien ne s’intéresse pas aux ministères en tant que tels. Ce n’est du reste pas un théoricien et donc pas davantage un théologien. C’est avant tout un pasteur qui réagit en fonction des événements. C’est à cette occasion que nous pouvons percevoir un peu de sa pensée sur les ministères. Ces derniers sont de toutes façons en dépendance du ministère épiscopal. Sa pensée est loin d’être claire et affirmée, elle semble plutôt faite d’intuitions. Il semble en revanche avoir plus d’assurance sur le mode de vie des clercs et leur consécration au service de Dieu ou de l’Eglise. Il me semble que deux axes peuvent se dessiner dans sa pensée. Tout d’abord les ministres sont consacrés au service de l’Eglise et ils en dépendent. Ce qui prime chez saint Cyprien c’est le lien ecclésial et donc le lien à l’évêque. Ce qui pose problème lorsque l’évêque est absent ou décédé. Enfin l’état du clerc quelqu’il soit impose un style de vie et là Saint Cyprien est très intransigeant. Aussi, nous pouvons dire un certain nombre de choses sur le fondement théologique du ministère selon Saint Cyprien, mais nécessairement en dépendance de ce que nous savons de sa pensée sur le ministère épiscopal. Nous pouvons, au moins énumérer les points de discipline de vie des clercs, mais cette fois-ci, je pense qu’il faut le faire à la lumière de sa conception ecclésiale et sotériologique.

Michel COZIC (Université de Poitiers) Pélage, sa vision des ministères ecclésiaux dans son Commentaire des Epîtres de saint Paul, notamment dans les Epîtres à Timothée et à Tite. Pélage, probablement un des derniers laïcs théologiens au tournant des IVe-Ve siècles, a écrit un vaste Commentaire des épîtres de saint Paul (sauf celle aux Hébreux), dont nous examinons surtout les trois dernières, les plus riches en préoccupations pastorales. Or, bien qu’à l’époque où ce Commentaire parut Pélage soit considéré comme tout à fait orthodoxe, la conception qu’il avait alors de d’homme et de l’Eglise a t-elle influencé sa vision des ministères ? Conçoit-il par exemple la fonction ministérielle comme un service ou un pouvoir, et à quelles conditions ? Après avoir précisé l’ecclésiologie de Pélage, nous relèverons, à travers l’étude de ces trois épîtres, ce qu’il dit des différents ministères (dont ceux des femmes) et, comme il a choisi la méthode d’explication interlinéaire des versets pauliniens, nous espérons le mieux possible savoir « lire entre les lignes », sans oublier l’éventuel intérêt des remarques pélagiennes pour notre époque et notre futur eccésial !

   

Pascal-G. DELAGE (Séminaire de Bordeaux) Basile de Césarée et l’oncle Grégoire, ou de l’existence de familles « sacerdotales » en Cappadoce au IVe siècle ? S’il est bien connu que Basile eut deux frères évêques, tant l’évêque de Césarée que son ami Grégoire, évêque éphémère de Sasime et de Constantinople comptaient bien d’autres clercs dans leur parenté proche. Faut-il alors parler de « familles sacerdotales » et que pourrait bien alors recouvrir un tel concept ? Par ailleurs, ce phénomène peut-il être relié à la christianisation de l’Empire qui a accompagné la conversion de Constantin ou bien ne serait-il que la perception plus aisée à l’aune de nos sources d’un mouvement plus ancien ?

Simone DELEANI (Université de Paris X) Le clergé dans l’œuvre de Cyprien. La correspondance de saint Cyprien, « évêque de Carthage et pape d’Afrique » (selon l’expression de Ch. Saumagne), et à un moindre degré ses traités, sont pour l’historien une source importante – pour ne pas dire exclusive – d’informations sur les ministères chrétiens dans l’Afrique du IIIe siècle : nominations, hiérarchie, fonctions, etc. Nous nous attacherons surtout à voir comment Cyprien conçoit l’institution cléricale, quels en sont pour lui les fondements, ce qui assure à ses yeux l’unité du clergé, quelles relations il a entretenues avec ses clercs durant son épiscopat.

Sylvain DESTEPHEN (Université de Paris X) L’apport de la prosopographie à la connaissance des clercs : l’exemple du diocèse d’Asie. Au terme d’une enquête exhaustive consacrée au clergé d’Asie dans l’Antiquité tardive, il est aujourd’hui possible de dresser un premier bilan en termes de distribution régionale et chronologique des clercs, d’attestation et de répartition des fonctions ecclésiastiques suivant la nature des sources conservées, de relation entre l’évolution onomastique et la constitution du sanctoral, d’origine sociale et de formation culturelle et religieuse des clercs.

Alexandre FAIVRE (Université de Strasbourg) La question des ministères à l’époque paléochrétienne, Problématiques et enjeux d’une périodisation. L’historien qui est habitué à faire l’inventaire des différences pour objectiver chaque temps et restituer à l’histoire dont il hérite sa qualité de passé ne peut que reconnaître le bien fondé du découpage chronologique choisi pour ce colloque. Il y a un avant Cyprien, nettement différencié, et un après Augustin. Mais justement à cause de ceci, le théologien doit s’interroger sur le parti pris qu’impliquerait une relecture théologique et pastorale opérée à partir de cette seule période. Car à partir de Cyprien, déjà une page est tournée, déjà des virtualités sont mises en sommeil, déjà intervient de l’inédit dans une communauté désormais scindée entre clerc et laïcs, dans la répartition des fonctions en son sein, dans les modèles (lévitiques, sacerdotaux) mis en avant, dans la minoration de certains charismes et l’exclusion des femmes, dans l’attribution du pouvoir d’enseigner et de remettre les péchés, et jusque dans le sens même donné au terme « ministère ». Parce qu’elle est documentée, que la structure ecclésiale y est bien organisée, cette période de l’Antiquité tardive (milieu IIIe- fin Ve siècle) apparaît facilement comme une époque claire, aisément utilisable comme référence. Le risque est alors de relire les trois premiers siècles de façon monolithique avec les lunettes des IVe-Ve siècles, et de faire glisser les caractéristiques de la seconde période sur la première, alors que les travaux historiques montrent clairement qu’une mutation fondamentale s’est accomplie durant les années 180-260. C’est à partir de cette période de mutation que je voudrais faire percevoir ce que servir aurait pu vouloir dire….

   

Benoît GAIN (Université de Grenoble) La continence des clercs : ascétisme ou pureté rituelle ? Dans les premiers siècles, la continence de nombreux clercs tranchait sur les pratiques de la plupart des cultes païens. Laissant de côté les problèmes canoniques posés par le mariage d’un clerc majeur (c’est-à-dire diacre, prêtre, évêque) postérieurement à son ordination, par le remariage des mêmes clercs (« digames » ayant contracté un premier mariage avant ou après leur baptême), on examinera les opinions des écrivains et des autorités ecclésiastiques des premiers siècles relatives à la copula conjugalis des clercs : l’Occident est plus restrictif que l’Orient. Les recommandations plus ou moins fermes des pasteurs, des moines et des conciles, en faveur de la continence totale des clercs après leur ordination, s’appuyaient-elles sur une interprétation excessive de certains textes néotestamentaires, notamment pauliniens ? Sur un désir de perfection ascétique, peut-être inspiré par l’exemple du Christ lui-même ? Sur l’observation de convenances auxquelles il convenait aux ministres de la Nouvelle Alliance de se conformer ? Sur l’application abusive à ceux-ci de certaines prescriptions de pureté contenues dans la Loi mosaïque et adressées aux prêtres de l’Ancienne Alliance ? Les zélateurs chrétiens de la continence auraient-ils subi l’influence de groupes sectaires juifs, alors que l’orthodoxie juive était largement favorable au mariage ? S’agissant d’une période où les points de vue et les interprétations ont profondément varié ( il convient de rappeler qu’en Occident l’obligation du célibat sacerdotal ne remonte qu’au Ier concile du Latran [1123]), on s’efforcera, loin des polémiques passées ou plus récentes, de présenter l’idéal proposé, la législation de l’Eglise ancienne et les témoignages avérés dans les différentes régions.

Benoît JEANJEAN (Université de Brest) La figure idéale de l’évêque chez les Pères latins à partir de leur lecture de Tt 1, 5-9 et 1 Tm 3, 2-7. Les recommandations de Paul à Tite (Tt1, 5-9) et à Timothée (1 Tm 3, 2-7) définissent « la figure idéale de l’évêque ». Etudier l’utilisation de ces textes chez les Pères Latins permet de montrer leur conception de l’évêque idéal et de la confronter avec la réalité des évêques de leur temps.

Patrick LAURENCE (Université de Tours) Les diaconesses au Bas-Empire. Il s’agit ici de proposer un large panorama de la situation des diaconesses au Bas-Empire, en tenant compte à la fois de l’évolution de l’institution (si institution il y a ), des rapports que cette fonction entretient avec d’autres telles que le veuvage chrétien et la virginité consacrée. On tiendra compte des différences (essentielles) entre l’orient et l‘occident, et quelques exemples seront données pour comprendre la manière dont le diaconat féminin a pu se manifester dans des situations concrètes.

Jacqueline LAURENCE et Diane DE LA VALLEE- POUSSIN (épouses de diacres. Diocèse de Versailles) Des ministres mariés dans l’Eglise Catholique Romaine : le diaconat, vu par des épouses. Le diaconat permanent a été rétabli par le Concile Vatican II, et les premiers diacres ordonnés il y a environ une trentaine d’années. Aujourd’hui, dans notre diocèse 20% des ministres ordonnés sont des diacres, et plus de 90% sont mariés. Nous vivons un changement de profil du ministre ordonné : le diaconat n’est pas perçu comme un premier pas vers une prêtrise mariée, mais une ouverture de l’église vers ceux qui se sentent marginalisés ou loin de l’institution Eglise. Le diacre, homme marié, père de famille, gagnant sa vie par son travail, est au cœur de ce monde en mutation. C’est dans ce sens que seront abordés les trois sujets suivants : l’appel diaconal : sa spécificité, l’engagement du couple, la formation proposée, la position de la femme, les enfants ; la vie spirituelle du couple ; l’insertion dans l’église locale et diocésaine de l’un et de l’autre.

   

Anne LEFEBVRE-TEILLARD (Université de Paris II) L’institutionnalisation du clergé aux IVe-Ve siècles. Au cours de ces deux siècles qui voient le christianisme devenir religion d’Etat, on assiste au développement de règles tant internes à l’Eglise qu’externes qui vont faire du clergé un « ordo » hiérarchisé, bénéficiant d’un véritable statut au sein de l’Empire romain. Si certaines de ces règles ne font que prolonger ou préciser d’anciennes prescriptions dont témoignent les collections canonico-liturgiques des siècles précédents, d’autres au contraire sont entièrement nouvelles. L’activité conciliaire particulièrement intense à partir du IVe siècle est avec la législation impériale la source principale de cette « institutionalisation » du clergé et, plus largement, de l’Eglise désormais insérée dans la vie séculière.

Denis LENGRAND (Université de Lille), L’évêque d’Hippone et ses clercs. En tant qu’évêque, Augustin avait la responsabilité de recruter les prêtres, de participer au recrutement de collègues et d’intervenir en cas d’errements. Les sermons et les lettres d’Augustin permettent de mesurer l’importance de la pression du peuple chrétien, les tentations, le rôle de l’argent, et d’évaluer l’aide apportée par ces prêtres à leur évêque.

Pierre MARAVAL (Université de la Sorbonne) Le sacerdoce selon Grégoire de Nysse. Grégoire de Nysse n’a pas écrit un traité sur le sacerdoce, mais quelques pasages de ses œuvres donnent un aperçu de celui-ci. Pour en parler, il n’utilise que le vocabulaire sacral (hiéreus, hiéros, hiérateuma…), et s’il relève les fonctions de guide et de chef du prêtre (hiéreus), il insiste surtout sur sa fonction d’enseignement : c’est un « mystagogue des mystères cachés ». D’où la qualité essentielle qui doit être la sienne : la connaissance, acquise par la contemplation, de ces mystères.

Annick MARTIN (Centre Lenain de Tillemont) Encadrement ecclésiastique, organisation des communautés locales et développement du christianisme en Égypte au IVe siècle. La christianisation en Égypte connaît un temps fort entre le milieu du IIIe siècle et 325 (concile de Nicée), puis une progression plus ralentie jusque dans le premier quart du Ve siècle. Elle s’est accompagnée du développement de sièges épiscopaux, créés pour l’essentiel avant 325, et d’un système de paroisses urbaines et rurales au rythme de la demande locale. De ce clergé, nous étudierons les caractéristiques, à la fois communes aux autres Églises et propres à l’Église d’Égypte, en nous efforçant, autant que la documentation l’autorise, d’entrer dans le fonctionnement concret des églises locales. Seront ainsi étudiés le recrutement, les conditions sociales et le niveau de culture de ces clercs, ainsi que leur rôle dans la transformation des comportements et des pratiques. En même temps que se définit un ordre clérical au sein de la communauté chrétienne, prêtres et diacres en effet sont de plus en plus impliqués dans la société égyptienne, au point d’être ressentis par une grande partie des populations rurales et urbaines comme de nouveaux protecteurs.

   

Marc MILHAU (Université de Poitiers) Saint Martin exorciste. Sulpice Sévère nous apprend qu’avant d’être élu évêque de Tours, le moine Martin fut ordonné exorciste par Hilaire, évêque de Poitiers. Notre enquête sur Martin exorciste tirera parti du témoignage de Sulpice Sévère dans sa Vie de Martin et dans l’ouvrage destiné à la compléter, récemment paru dans la collection des Sources Chrétiennes, Gallus - Dialogues sur les « vertus » de saint Martin. Les informations contenues dans ces deux livres seront interprétées d’après ce que nous savons par ailleurs de la fonction d’exorciste dans les premiers siècles de l’Eglise.

Gérard NAUROY (Université de Metz) Ministère chrétien et modèles bibliques chez Ambroise de Milan. La question des ministères dans l’Église de Milan à l’époque et à travers le témoignage de saint Ambroise a été étudiée dans un ouvrage classique de Roger Gryson, Le prêtre selon saint Ambroise, Louvain 1968, qui s’inscrivait d’ailleurs dans une bibliographie déjà riche ce sujet. Un aspect a été laissé en marge de ces études, qui est le souci chez Ambroise d’inscrire la fonction ecclésiastique dans la continuité de l’Écriture, l’évêque de Milan se présentant volontiers, au besoin sur le mode de la dénégation, comme un nouvel Aaron ou un nouvel Éléazar. C’est cette inscription du ministère chrétien dans une perspective exégétique, autrement dit le rapport, souligné plus d’une fois dans l’œuvre d’Ambroise, entre le sacerdoce de l’évêque milanais et certaines figures bibliques - prêtres ou prophètes -, y compris celle du Christ lui-même, que s’attache à préciser l’étude de Gérard Nauroy.

Michel-Yves PERRIN (Université de Rouen) Dans quelle mesure peut-on parler de « vocation au ministère » dans l’orbis christianus antique ? Si la question du choix des évêques dans l’antiquité tardive a traditionnellement suscité l’intérêt des historiens, il en va généralement de manière différente de celui des autres clercs, et en particulier des prêtres et des diacres. A cela assurément une première raison : la faiblesse de la documentation disponible. Cette communication cherchera à rassembler le matériel utilisable et s’interrogera sur l’articulation entre le désir du sujet d’exercer un ministère d’une part, et d’autre part, les sollicitations et choix des autorités ecclésiastiques et/ou des fidèles.

Luce PIETRI (Université de la Sorbonne) Le ministère des prêtres de parochiae dans la Gaule de l’Antiquité Tardive. L’enquête portera sur les presbyteri exerçant leur ministère en territoire rural dans le cadre d’une parochia, à l’exclusion de ceux desservant un oratoire édifié dans un domaine privé par le propriétaire de ce dernier. Il s’agit d’une part de mesurer l’étendue des responsabilités qui leur sont progressivement accordées par la législation canonique, leur concédant, sous la tutelle de l’évêque siégeant au chef-lieu de la civitas, une certaine autonomie financière et des fonctions pastorales plus étendues. Les règles normatives élaborées par les Pères conciliaires doivent d’autre part être confrontées à l’exercice concret des ministères ruraux tel que le révèlent les sources reflétant la réalité vécue (textes historiques, hagiographiques, épigraphiques …), dans le cadre des progrès de la mission évangélisatrice auprès des rustici. A partir d’un recensement de tous les prêtres de parochiae connus entre la fin du IVe et la fin du VIe s., on peut espérer cerner le rôle effectif de ces prêtres au service de la cura animarum.

   

Denis ROQUES (Université de Metz) Prêtres et diacres dans la Cyrénaïque tardive (IIIe-VIe s.) Malgré les lacunes de la documentation littéraire ou archéologique cette étude vise à mettre en lumière les quelques cas connus de prêtres, diacres et autres desservants du culte chrétien dans la Cyrénaïque des IIIe-VIIe s. Dans cette région essentiellement agricole les évêchés ruraux se sont, comme dans d’autres régions du Nord de l’Afrique et du Proche-Orient, multipliés, mais les sources (Athanase d’Alexandrie vers 356 et surtout Synésios de Cyrène ca 400) restent très discrètes. Un cas de prêtre victime de son évêque est connu d’Athanase (I) et diverses ténébreuses affaires mentionnées par Synésios dans la Correspondance sont relevées (III) après étude du vocabulaire religieux du Cyrénéen (II) ; un autre témoignage (de Sulpice Sévère) sollicite aussi l’attention (III). De l’époque de Synésios à la fin de l’Antiquité dans la région (642/645) nos sources n’offrent plus que quelques noms.Au total le bilan est maigre, mais il contribuera à enrichir la Prosopographie chrétienne du Bas-Empire.

Claire SOTINEL (Université de Tours) Le clergé chrétien dans sa dimension sociale. Le cas de l’Italie dans l’Antiquité tardive. Qui sont ceux qui exercent les ministères ? Si de nombreux travaux ont été consacrés aux évêques, tant en Orient qu’en Occident, beaucoup moins nombreuses sont les études portant sur les autres membres du clergé. Cette différence s’explique largement par la difficulté de l’entreprise, tant les sources sont rares à s’intéresser aux simples prêtres, diacres, sous-diacres, etc. En exploitant une fois de plus les ressources de la Prosopographie chrétienne du Bas-Empire – Italie, la présente enquête fait le point sur nos connaissances sur l’ancrage social du clergé chrétien et s’interroge sur la possibilité d’une histoire sociale de ce clergé.

Michel STAVROU (Institut Saint-Serge) Le renouveau de la réflexion sur les ministères dans l’Eglise orthodoxe. La question des ministères dans l’Eglise a fait l’objet d’une réflexion approfondie et diversifiée au sein de la théologie orthodoxe contemporaine. Le legs des Pères a été particulièrement valorisé et actualisé en vertu du fait que l’Eglise d’aujourd’hui se situe toujours dans une condition « post-apostolique ». De façon globale, la réflexion orthodoxe sur les ministères s’enracine moins dans une analyse des besoins historique de l’Eglise que dans une ecclésiologie centrée sur la nature et la vocation ultime de l’Eglise, soulignant sa dimension eschatologique. La structuration progressive du ministère de l’Eglise dans le triptyque évêque - prêtre - diacre répond à une vision fondamentalement eucharistique de l’Eglise qui offre aux hommes dans la liturgie l’avant-goût du Royaume céleste. Le concept de koïnonia est évidemment central, l’Eglise étant un organisme sacramentel, et permet de resituer les ministères dans une perspective unitaire, globale et relationnelle. Plus récemment, la question de l’ordination des femmes est devenue un thème récurrent dans la réflexion théologique orthodoxe sur les ministères, sans que des réponses définitives aient pu encore être apportées à ce sujet d’une brûlante actualité.

   

Françoise THELAMON (Université de Rouen) Les clercs dans les Histoires ecclésiastiques. Les historiens de l’Église, comme les autres historiens, consignent dans leur œuvre ce qu’ils jugent dignes de mémoire en fonction de l’objectif qui est le leur. Seuls certains événements, certains personnages accèdent ainsi au récit. Si ce sont les évêques qui sont le plus souvent mis en scène comme acteurs de l’histoire de l’Église, de ses avancées comme de ses conflits, qu’en est-il des autres ministres ? Y jouent-ils un rôle ? Que sait-on d’eux ? Par un balayage systématique des Histoires ecclésiastiques de Rufin d’Aquilée, Socrate, Sozomène, Théodoret, nous tenterons de découvrir non pas tant peut-être le rôle qui fut réellement celui de ministres autres que les évêques dans la vie des communautés chrétiennes que la place de certains d’entre eux dans le récit. En effet le ministère de tous les jours, si l’on peut dire, n’est le plus souvent qu’indirectement évoqué, voire sous-entendu par l’énoncé même de la fonction : au mieux tel prêtre est loué pour sa piété et son souci des pauvres, tel autre pour son talent de prédicateur ; c’est plutôt de la manière dont certains se sont distingués d’une façon ou d’une autre que l’historien a jugé bon de faire état. Certaines grandes figures sont nommées parce qu’elles ont marqué leur époque : Arius, prêtre, parce qu’il est l’hérésiarque par excellence ; Aèce, diacre indûment nommé à cette fonction puis déposé, pour la doctrine qu’il a soutenue, lui aussi. Certains anonymes n’en sont pas moins célèbres tel ce fameux prêtre arien de l’entourage de Constantia qui l’introduisit auprès de Constantin dont il gaga la confiance. C’est souvent à travers la carrière de clercs devenus évêques que l’on voit le rôle qu’ils ont joué en tant que prêtre ou diacre : on évoque leur formation, leur culture profane ou sacrée, leurs talents, voire leurs défauts, leurs erreurs. Les clercs peuvent aussi être évoqués en groupe : « Il y avait des prêtres, des diacres et de nombreux autres clercs » à côté des évêques à Nicée, indique Socrate qui, employant le terme « consacrés », précise : « Je veux dire les évêques, les prêtres, les diacres et les sou-diacres ». Peut-on à travers les cas concrets discerner les fonctions de ces ministres : du rôle de conseil des prêtres auprès de l’évêque, individuellement ou collectivement, à celui de chargés de mission de confiance des diacres, voire de « gros bras » ou de meneurs dans les conflits de prêtres, diacres, lecteurs ou autres clercs, à Rome, Constantinople ou Alexandrie ? Mais que voit-on de leur fonction pastorale, de leur mission d’évangélisation, du sacerdoce des prêtres, du service des diacres ? Comment situer par rapport aux ministères certains ascètes, au demeurant laïcs, qui assurent pourtant un service liturgique et encadrent les fidèles comme le font Flavien et Diodore à Antioche d’après Théodoret. Peut-on pour, certains au moins, connaître l’origine sociale, familiale, la formation intellectuelle, la qualité spirituelle ? Enfin le vocabulaire même employé par les historiens ecclésiastiques, tant en grec qu’en latin, mérite d’être pris en considération.

Marie-Anne VANNIER (Université de Metz) Les diacres chez Augustin La place des diacres a été peu étudiée dans l’œuvre d’Augustin. Il est vrai qu’Augustin n’est pas lui-même passé par cette étape, qu’il a été directement ordonné prêtre, puis évêque, mais il n’en demeure pas moins qu’il définit le diaconat comme le ministère par excellence. Sans doute Augustin n’est-il pas original, il reprend la Tradition Apostolique et reconnaît la structure à trois termes, qui s’est mise en place avant lui. Mais, à une époque où le diaconat permanent est redécouvert, l’œuvre d’Augustin ne manque pas d’intérêt. Avant la Constitution Lumen gentium, Augustin rappelle que les diacres ne sont pas ordonnés en vue du sacerdoce mais du service (même si certains d’entre eux deviennent prêtres ou évêques). Il ne donne pas d’informations sur leur ordination. En revanche, il précise leur fonction qui est essentiellement le service de l’évêque et de l’Eglise. Leur rôle n’est pas très important dans la liturgie : ils conduisent la prière et peuvent baptiser, mais ils sont surtout les secrétaires de l’évêque lors des conciles, ils portent ses lettres et se font ses porte-paroles auprès de leurs destinataires. Ce sont fondamentalement les hommes de confiance de l’évêque, des hommes cultivés et pratiques, qui viennent en aide aux malades et assurent la catéchèse, ainsi que la formation continue des chrétiens.

Annie WELLENS (Libraire) De l’incandescence des relations entre charisme et ministères. Du Ve au VIIe siècle, l’Eglise syrienne vécut une « implosion » dont l’un des détonateurs fut le pouvoir excessif pris par les moines allant de pair avec la dévalorisation des structures de l’Eglise institutionnelle (cf. l’analyse de Philippe Escolan : « Monachisme et Eglise. Le monachisme syrien du IVe au VIIe siècle : un monachisme charismatique. », éditions Beauchesne, 1999). Un événement pouvant servir de « révélateur » quant à la reconnaissance des charismes et l’appel aux ministères dans l’Eglise d’aujourd’hui.