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Accueil du siteLES PETITES JOURNEES DE PATRISTIQUEJean Chrysostome, un évêque hors contrôle
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mardi 10 décembre 2019
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Les multiples visages de Jean Chrysostome
lundi 15 juin 2015
par Joël Henri MENYE
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Une partie du public

Jean par sa verve caustique et sa prolixité, apparaît comme une des figures patristiques les plus remarquables et remarquées de son siècle. Né à Antioche vers 344, il reste pour ses contemporains un orateur hors pair, sans doute de par sa formation à l’exégèse littéral par opposition à celle allégorique de la ville rivale Alexandrie. Ainsi, le théologien d’Antioche apparaît comme un prédicateur qui se moque aussi bien de la politique de son empire que de ces prétentieux qui croient connaître Dieu alors qu’ils l’ont réduit à leurs visions humaines. Tous ces combats pastoraux font de Jean un évêque hors-contrôle, le titre que la septième Petite Journée Patristique de Saintes a bien voulu lui attribuer. Si les intervenants ont choisi Jean pour cette journée, c’est sans doute pour laisser transparaître ses multiples visages, qi donnent à voir la richesse des sources patristiques et un message toujours d’actualité. Les différents intervenants nous ont permis de découvrir en Jean Chrysostome un homme mystique de par sa vie, un prédicateur, titre qui lui a valu le nom de « bouche d’or » et un homme de son siècle.

Emmanuel Soler

Un mystique

Les méditations de Jean sur les épîtres de Saint Paul ont éveillé en lui un goût pour la solitude. Malgré les larmes de sa mère, l’appel du désert reste plus fort. En 374, Jean va devoir quitter un monde qu’il aimait et dont il savait apprécier les plaisirs pour s’aventurer vers les lieux arides. Loin d’être l’expression d’un certain égoïsme, Jean, en méditant les Evangiles au désert, comprendra que le devoir d’un chrétien qui plus est d’un pasteur, est d’être aux service des autres. C’est pourquoi il dira « Tu auras beau rester à jeun, coucher sur la dure, manger de la cendre, pleurer sans cesse, si tu n’es pas utile à d’autres, tu ne fais rien de grand ». la meilleure manière pour Jean d’assumer ce devoir a été d’embrasser le sacerdoce, un service qui le conduira plus tard à la prestigieuse charge d’évêque de Constantinople. Son sacerdoce, dira-t-il « est de prêcher et d’annoncer l’Evangile ». c’est par cette annonce que Jean devient « Chrysostome », c’est-à-dire « Bouche d’or ». Une bouche, comme le dit un de ses commentateurs, « dont la parole non seulement enseigne les autres mais le guérit lui-même ». Ses années de désert paraît-il l’avaient épuisé mais il disait : « Ma prédication me guérit, dès que j’ouvre la bouche pour prêcher, toute fatigue est vaincue ».

Guillaume Bady

Une bouche d’or

Le qualificatif de « Bouche d’or » attribué à Jean peut faire polémique lorsqu’il est mal compris. D’où ces précisions de Guillaume Baby qui sont à prendre au sérieux. Pour l’auteur des sources chrétiennes, la « Bouche d’or » de Jean s’oppose à la « langue de bois » pour signifier trois choses. C’est d’abord une liberté de parole, c’est-à-dire une attitude d’audace. De cette façon on n’est pas tenté de croire que liberté de parole est égale au libertinage parce que pour l’évêque de Constantinople, la liberté de parole signifie aussi mettre une porte, un verrou ou un frein à sa langue lorsqu’elle tend à blasphémer. Ensuite, il faut caractériser cette « Bouche d’or » comme un « franc-parler », c’est-à-dire une sagesse qui veut qu’on garde dans ses dires une mesure ; cette sagesse doit donc dépasser celle des grecs qui, d’après le pasteur d’Antioche, parlaient sans mesure.

Michel Cozic

Il faut dire tout de même que ce franc-parler du pasteur est perçu pour ses admirateurs comme une vertu et par ses détracteurs comme un vice. Enfin, Jean a toujours fait preuve d’un courage symptomatique aussi de sa « Bouche d’or ». Dans le fond, le théologien d’Antioche est redevable à la rhétorique qui lui permet de jouer avec la brièveté et la « copia verborum ». C’est là une rhétorique très contrastée. Comme le notait Annie Wellens, on constate chez Jean que théologie et rhétorique s’accordent.

Un homme de son siècle

Les multiples prédications de Jean ont fait de lui un homme de son siècle. Réformateur, son projet de réforme n’est pas politique mais ecclésiologique. Le pasteur de Constantinople a souci de donner à son église une image qui coïncide avec la vérité évangélique. Son idéal monastique inspire ses homélies par lesquelles il sera beaucoup plus connu. Si Jean est convaincu que ses prédications visent le salut de ses ouailles, la réception de son message n’est pas des plus heureuses, il bute sur les réticences d’un monde encore païen.

Annie Wellens

« Les chrétiens [de Jean], à certains jours, préfèrent à l’église l’hippodrome et le théâtre, qui donnent de spectacles même le vendredi saint ; ils connaissent les noms des cochers et des chevaux mieux que ceux des prophètes et des apôtres ». Si Arcadius le jeune empereur honore les prédications du Pasteur, l’impératrice Eudoxie, autoritaire et passionnée, commence à être irritée. Elle l’accuse de polémiquer trop contre les divertissements publics et le luxe des classes dirigeantes. Ainsi, la nomination d’Eudoxie en 400 comme « Augusta », ne pouvait être pour le pasteur, qu’un combat à affronter. Même si Jean perdra le combat humainement avec les exils dont il sera victime jusqu’à sa mort, il aura gain de cause spirituellement, puisqu’il finira sa vie uni au Christ et fidèle à ses convictions chrétiennes. Voilà pourquoi l’Eglise a bien voulu saluer sa bravoure et l’héroïsme de ses vertus en faisant de lui un Saint et un docteur de l’Eglise. Comme le dit Jean-Yves Leloup, « Jean est mort comme il a vécu, en prêchant, en célébrant ce Dieu inaccessible et proche, incompréhensible et sûr ». D’où ces derniers mots inspirés de la foi de Job, qu’il laissera à ses fidèles : « Gloire à Dieu pour toutes choses ».

Joël Henri MENYE

Université Catholique de l’Ouest

Grégoire Poccardi