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Venance Fortunat, auteur de « Frère Jacques » ?
lundi 15 septembre 2014
par Annie WELLENS
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La surprise, Bacchus ami, causée par ta révélation de l’épopée relative aux reliques de Benoît et Scholastique, résonne aussi fortement que notre stupéfaction face à l’ampleur croissante de la tempête interne au monastère de Lucoteiacum. L’adoption de la Règle de notre Père Benoît s’éloigne à tire-d’aile et crois bien que ce ne sont pas les ailes de l’Esprit Saint qui l’emportent. La perspective d’une hémine de vin quotidienne reste en travers de la gorge de la majorité des moines. Les résistants à cette discipline inconcevable pour eux vont jusqu’à utiliser la liturgie pour exprimer leur désaccord.

Lors d’un office du soir auquel j’assistais, l’Abbé entonna une hymne de Venance Fortunat [1] en l’honneur de la Sainte Croix. L’unanimité des voix semblait refléter celle des cœurs enfin retrouvée, me suis-je pris à espérer. Mais voici qu’après la strophe finale : Tu brilles planté [le bois de la Croix] au bord du cours des eaux, / En épandant ta chevelure ornée d’une fleur toute fraîche / Entre tes bras d’où pend la vigne / Coule un vin de douceur rouge comme le sang, des voix fortes continuèrent à chanter, et cette fois-ci, à tue-tête, en psalmodiant encore du Venance Fortunat, mais certainement pas du même tonneau, si je puis m’exprimer ainsi. Il s’agit d’un poème où il recommande à la reine Radegonde de boire du vin : Que le motif, non la gourmandise vous pousse aujourd’hui à prendre du vin / Car une telle boisson soulage les organes fatigués / De même aussi Paul, la trompette unique des nations, invite / Timothée à prendre du vin pour ne pas fatiguer son estomac.Désemparés, le Père Abbé et les moines de son Conseil ont préféré quitter l’église. Je te confesse que ce n’est pas sans une certaine curiosité gourmande que j’attends la suite des événements.

Cette actualité brûlante m’a fait reprendre les textes de Venance Fortunat que j’avais rapportés, voici cinq ans, de deux jours d’études au monastère de Lucoteiacum bien paisible à cette époque-là. Et j’ai découvert ce que je n’avais pas su voir, en dépit des critiques justifiées de ma Vera que j’aurais dû mieux entendre : les pièces religieuses de Fortunat ne sont pas indemnes de superficialité et de procédés rhétoriques ne révélant rien d’autre qu’eux-mêmes. Le poète de cour ambulant qu’il fut avant de devenir prêtre, puis évêque de Poitiers, a continué, je dois l’avouer, de contaminer l’épiscope [2]. On peut, du moins, admirer qu’il soit capable d’épigrammes sur tout et sur rien, comme celui-ci le prouve : Frère Jacques, Frère Jacques / Levez-vous ! / Sonnez les matines, sonnez les matines ! Bing, Bong, Bong !

[La transcriptrice de cette correspondance se permet de signaler une étrange coïncidence : la musicologue contemporaine Sylvie Bouissou attribue, preuves à l’appui, la paternité de « Frère Jacques » à Jean-Philippe Rameau (Jean-Philippe Rameau, Fayard). La lettre de Bessus prouverait, quant à elle, que Rameau n’ait fait que mettre en musique un texte bien antérieur, gardant le « Bing, Bong, Bong » qui se transformera plus tard en « Ding, Ding, Dong !]

Heureuse diversion : un voisin que j’affectionne vient de me demander si je pouvais lui trouver des textes de « Nolin de Paule », ayant entendu dire qu’il fut un « maître raffiné du vers ». Mon ami venait de commettre une charmante équivoque [3], mais je ne lui en prêtai pas moins la belle Elégie à Pneumation et Fidèle sur la mort de leur fils. En bon lecteur il retrouvera le bon ordre des lettres composant le nom de l’auteur, Paulin de Nole.

Que l’unique Esprit du Très Haut nous assiste.

Bessus

 

[1] Bessus, dans l’une de ses premières lettres, avait déjà mentionné Venance Fortunat, qui, après de nombreux voyages et séjours dans les cours royales, s’établit à Poitiers où il se lia d’amitié avec la reine Radegonde, fondatrice du monastère de la Sainte Croix. Ordonné prêtre, il devint évêque de la ville en 599.

[2] Henry Spitzmuller fait la même analyse dans son livre « Poésie latine chrétienne du Moyen-Âge »(1971, DDB)

[3] On peut voir dans ce terme l’ancêtre de notre « contrepet » actuel.

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