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Mystère de l’esperluette
mercredi 15 janvier 2014
par Annie WELLENS
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Le froid intense qui règne en maître absolu dans notre forêt de montagne [1] nous oblige à la claustration, Bessus très cher, et nous nous réjouissons d’avoir fait construire au printemps dernier une véritable cheminée qui remplace agréablement l’antique brasero qui nous enfumait beaucoup plus qu’il ne nous réchauffait.

Ma Silvania dont tu connais le goût pour la louange enthousiaste ne tarit pas d’éloges sur ce qu’elle nomme joliment « le cœur enflammé de notre foyer », et sort régulièrement dans notre jardin pour le plaisir de voir les volutes de la fumée s’échapper dans le ciel. Elle a beau en revenir transie, elle recommence dès qu’elle est réchauffée, en oubliant une fois sur deux de refermer la porte. Je patiente en me rapprochant du feu tout en me répétant le monostique de Ménandre : La femme est un orage domestique. Mais je te confesse, Bessus ami, que je ne serais plus qu’un mort-vivant sans le tonnerre et les éclairs de mon épouse. Autant dire que le coup de foudre [2] qui nous précipita dans l’union conjugale, voici de nombreuses années maintenant, se renouvelle au quotidien.

Mon retrait domestique est propice aux recherches bibliographiques que vient de me demander mon ami, le moine bibliothécaire du monastère de Saint Oyend. Dans une copie du long Chant pascal versifié par Sédulius [3] il a été surpris par un logogramme qu’il ne connaissait pas. Ce signe apparaît seul, au milieu d’une ligne, tous les douze vers, et il n’a pas toujours la même forme. Bien que je ne sois pas doué pour le dessin, j’ai fait quelques essais, tu pourras ainsi me dire si tu as déjà rencontré ce logogramme au cours de tes recherches sur les hymnes liturgiques :

 [4]

Demeure maintenant l’immense question de l’interprétation. Ce poème était-il conçu pour être récité, sinon chanté ou psalmodié en plusieurs chœurs, et ce signe marquerait-il les alternances de choristes ? A moins qu’il ne prescrive un geste rituel corporel comme une inclination ou une prostration ? Auquel cas, tu conviendras avec moi que l’on demande aux corps des orants de curieuses postures contorsionnistes.

En attendant, non sans impatience, tes lumières, je me baigne dans le Chant pascal de Sédulius qu’il offre comme un remède aux âmes blessées, mais j’ai du mal à partager sa hargne contre la philosophie grecque. Écoute :

Vous que gagne une maladie mortelle, la doctrine Attique du poison cécropique [5] adonnée à de vains soucis Et, suivant plutôt l’odeur de la loi qui respire La vie, abandonnez la puanteur du village athénien !

Pour ma part, je respire plus au large avec les « Semences du Verbe » de Justin qui voit le Christ Logos présent à tous les hommes de bonne volonté en tout temps et en tout lieu.

Que le Verbe de Dieu vous accompagne, Vera et toi, au long des jours.

Bacchus

 

[1] Cette expression qui peut sembler étrange traduit un mot celtique, « joris ». En bas-latin, on trouve « juria » signifiant « forêt » ou « forêt sauvage ». « Joris » et « Juria » sont à l’origine de l’appellation « Jura ».

[2] Le « coup de foudre » au sens de saisissement amoureux prit son essor au XVIIIe siècle. Stendhal le popularisera au XIXe siècle. Avant, l’expression signifiait plutôt la stupeur consécutive à un événement inattendu, souvent catastrophique. Il semblerait donc que le sens amoureux existait dès le VIIe siècle, mais peut-être s’agit-il ici de ce que je me permettrais d’appeler un « hapax métaphorique ».

[3] Au début du Ve siècle, au plus fort de la controverse christologique qui aboutit à la définition du concile de Chalcédoine (le Christ est vrai Dieu et vrai homme), le poète latin Sédulius entreprend de raconter en vers les miracles du Christ, pour montrer qu’il est vraiment le sauveur de l’humanité, Dieu fait homme.

[4] Contrairement à l’assertion de Bacchus concernant la qualité de ses dessins ils sont d’une grande précision, et le type d’écriture parfaitement repérable : ancienne cursive Romaine pour le dessin n°1 ; nouvelle cursive Romaine, milieu du IVe siècle pour le 2 et le 3 ; écriture du VI ème siècle pour le 4 et du VIIe siècle pour le 5. Le n° 6 serait considéré aujourd’hui comme une minuscule carolingienne du IX ème siècle. Or, Bacchus écrit au VIIe, sa missive permet donc une datation plus ancienne de cette forme scripturaire.. Note de la transcriptrice

[5] Dérivé du nom de Cécrops, premier roi mythique d’Athènes, ce mot est synonyme d’Athénien.

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