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Accueil du siteCHRISTIANISATION DE L’AQUITAINEPhoébade d’Agen.
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mercredi 15 juillet 2020
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VIENT DE PARAITRE
lundi 10 février

Claire SOTINEL (dir.)

ROME, LA FIN D’UN EMPIRE. De Caracalla à Théodoric, 212-fin du Ve siècle

En 212, l’empereur Caracalla confère par édit la citoyenneté romaine à tous les habitants libres de l’Empire. Cette mesure couronne une évolution séculaire vers un empire à la fois politiquement unifié et culturellement universel. En 527, les élites romaines prennent conscience que les royaumes gothiques ont achevé de tuer l’Empire d’Occident. Le passage de témoin à l’Empire byzantin se réalise dans un Ve siècle qui se termine lorsque l’empereur Justinien tente de reconstituer une unité impériale universelle, sur des bases devenues profondément différentes de celles qui avaient fondé l’Empire romain.

Éditeur : Belin

ISBN : 978-2-7011-6497-7

 
Phoébade, doyen en Aquitaine ?
jeudi 25 août 2016
par Pascal G. DELAGE
popularité : 3%

Si Phoébade n’apparaît pas comme la figure de proue de l’épiscopat gaulois à la manière d’Hilaire de Poitiers, l’évêque d’Agen fut toutefois reconnu comme le garant de l’orthodoxie nicéenne défendue à Rimini et le porte-parole habituel de l’épiscopat aquitain, voire gaulois qui cherchait à trouver sa place dans une société encore très largement païenne jusqu’au règne de Théodose Ier.

Après le temps du consensus constantinien, Phoébade et ses pairs durent faire face à l’accélération de l’histoire : non qu’ils n’aient désiré et facilité ce passage au christianisme de cette riche et puissante aristocratie d’Aquitaine qui, durant près de deux décades, de 376 à 395, fut associée de très près au gouvernement de l’Empire par le biais du clan d’Ausone et des aquitano-ibériques de l’entourage de Théodose [1], ils eurent aussi parfois du mal à accompagner ce mouvement comme en témoignent la fin lamentable de Priscillien, mais aussi la méfiance dont était encore entouré le début de l’ascétisme martinien au tout début du Ve siècle sur les bords de la Garonne [2].

Une nouvelle page se tournera lorsqu’en 381 l’empereur Théodose imposa le christianisme comme religion d’Etat, avant d’interdire quelques années plus tard toute manifestation des cultes traditionnels [3]. Il créait cette situation inédite où les anciens temples étant fermés, il revenait de fait au culte catholique d’assurer maintenant la prière pour le salut de l’Empire jusque dans la moindre civitas reculée d’Aquitaine ou de Novempopulanie.

Les dernières années du IVe siècle s’accompagnèrent d’une progression rapide du maillage épiscopal en l’Occident : pour l’Aquitaine, apparaissent ainsi dans nos sources les sièges épiscopaux d’Angoulême, d’Albi, de Cahors [4]. Reçoivent encore très probablement un évêque à ce moment-là Rodez [5], tout comme Lectoure, Saint-Bertrand-de-Comminges ou Bazas [6].

Nommé en premier dans les listes synodales de Valence et de Saragosse, Phoébade eut à jouer un rôle déterminant dans la christianisation de l’Aquitaine et l’Eglise de Gaule, en la soustrayant tant à la convoitise impériale qu’aux tentations élitistes des lobbyings aristocratiques, mission menée de concert avec les autres pasteurs et servie par un épiscopat exceptionnellement long et une aura de confesseur.

Aux côtés de l’évêque de Bordeaux, il put bénéficier d’un statut privilégié proche de celui de ces « évêques-doyens » (senes episcopi) d’Afrique qui secondaient les évêques métropolitains de Carthage et dont le pouvoir était considérable. Il leur appartenait en particulier d’être le principal évêque consécrateur du nouveau métropolitain et il leur revenait également de prendre la parole en premier dans les synodes [7]. Ainsi peut-on imaginer le senex Phoébade présider, au côté du métropolitain de Bordeaux, à la naissance des Eglises diocésaines d’Aquitaine et être ainsi à l’origine d’une histoire qui marque encore durablement nos paysages et nos mentalités.

 

[1] Comme par exemple Flavius Rufinus d’Eauze, préfet du prétoire d’Orient de 392 à 395, l’historien Eutrope, consul en 387, le médecin Marcellinus, maître des Offices en 394-95, tous deux de Bordeaux ou encore Latinus Pacatus Drepanius d’Agen, comte de la res privata en 393 (voir J.F. Matthiews, Gallic supporters of Theodosius, op. cit.).

[2] Sulpice Sévère, Dialogues, 26. Il est encore à noter qu’à la suite de sa conversion à la vie parfaite dans les années 388/90, le bazadais Paulin n’envisage pas de mettre en œuvre son « saint propos » en Aquitaine, mais en Espagne, puis en Italie. Cela s’explique certes par des raisons d’ordre personnel (origine espagnole de son épouse, attachement au culte de saint Felix de Nole) mais les grands propriétaires d’Aquitaine, en commençant par Ausone lui-même, se montrent très réticents à l’égard de ce christianisme radical.

[3] Sur le triomphe de l’orthodoxie nicéenne : C.T., 16, 5, 6 en date du 10 janvier 381 ; et sur la mise hors-la-loi des cultes traditionnels : C.T., 16, 10, 12 en date du 8 novembre 392.

[4] Cf. la lettre de Paulin de Nole citée par Grégoire de Tours, Histoire des Francs, 2, 13.

[5] Le premier évêque de Rethenusa paraît bien avoir été Amantius dont Mgr Duchesne situe l’épiscopat à la fin du IVe siècle.

[6] La dédicace des cathédrales en l’honneur des saints Gervais-et-Protais (Lectoure) ou Jean-Baptiste (Bazas) renvoie à l’essor du culte de ces saints à la fin du IVe siècle ; par ailleurs, il est question d’une ecclesia à Convenae dans la volée de bois vert que Jérôme de Bethléem administre au moine aquitain Vigilantius en 406 (CSEL, 55, p. 353).

[7] Cf. S. Lancel, « Les episcopi primae sedis de l’Eglise d’Afrique » in Regards sur le monde antique. Hommages à Guy Sabbah, Lyon, 2002, p. 163-172.