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Accueil du siteCOLLOQUES DE PATRISTIQUE DE LA ROCHELLELes Pères de l’Eglise et les dissidents
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vendredi 25 septembre 2020
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Argumentaires des communications
lundi 27 juillet 2009
par Pascal G. DELAGE
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 V - Héritage et mises en oeuvre.

Dissidence et exclusion lors de la crise moderniste - ou le processus identitaire du catholicisme mis à mal dans son rapport avec les sciences, Yves BLOMME (Université Catholique de l’Ouest) Quand éclate la crise moderniste, l’Eglise catholique a accumulé un gros retard dans son enseignement des sciences bibliques et exégétiques, ainsi que dans son approche historique en général. La création en France des facultés catholiques après 1875, loin de combler ce retard, eut plutôt pour effet d’accroitre l’affolement de la hiérarchie face aux conclusions jugées extrêmes de certains chercheurs réputés catholiques, et dont l’abbé Loisy allait devenir l’exemple le plus célèbre. La condamnation retentissante du modernisme allait largement contribuer à faire percevoir ce dernier comme un système supposé redoutable et très organisé, dont la tactique dénoncée comme fuyante n’aura le plus souvent existé que dans l’imaginaire de ses pourfendeurs.

A l’écoute d’un orfèvre de la dissonance : Erasme de Rotterdam, Annie Wellens (écrivain)

En 1525, dans La Langue, Érasme déploie toutes les ressources de la déclamation pour fustiger les individus atteints de « garrulitas », cette plaie d’un bavardage « non aiguisé par la pensée » qui gangrène la société civile et l’Église. Ce livre écrit dans une précipitation douloureuse (Érasme est alors profondément habité par le sentiment de sa mort prochaine) sur fond de conflits politiques et guerriers entre nations, révèle les paradoxes d’une vie dédiée à la piété, aux « bonnes lettres » et à la paix, et pourtant en butte à de violentes attaques portées par ceux dont il souhaiterait la réconciliation, tels catholiques et luthériens. Prônant, paradoxe supplémentaire, l’exigence de la concision tout en se laissant emporter par le torrent de l’écriture, Érasme ne cesse de mettre à l’œuvre sa liberté avant qu’advienne la fin pressentie de son univers.

Le christianisme un et pluriel : regard historique sur son second millénaire (la rupture entre Rome et Byzance ; la prétendue unité de la chrétienté médiévale ; des Réformes aux confessions ; unité dans la diversité ?), Marc VENARD (Université de Paris X – Nanterre)

Le second millénaire s’ouvre par la rupture confirmée entre le christianisme oriental, de culture grecque, centré sur Constantinople et le christianisme occidental, de culture latine, centré sur Rome. L’communication réciproque de 1054, connue comme le « grand schisme », est l’aboutissement d’une longue dérive. Toutes les tentatives faites pour recoller les morceaux, à Lyon en 1274, à Florence en 1439 ont échoué. Au contraire le divorce s’est aggravé (pillage de Constantinople par les croisés en 1214), et l’Église grecque s’est elle-même morcelée en Églises nationales dites autocéphales. Ce schisme laisse une Église d’Occident uniculturelle qu’on a sans doute trop célébrée comme « la Chrétienté » médiévale. Entre l’héritage d’Aristote et celui de saint Augustin, elle est mal préparée pour répondre aux questions sur le salut et la justification que posent les théologiens du XVIe siècle, comme pour adapter ses institutions aux exigences des fidèles. Ainsi, la Réformation se traduit d’abord par un éclatement en chaîne, bientôt suivi par le durcissement en « confessions » découpées par les frontières de nations (Allemagne, Angleterre, pays scandinaves contre Italie et Espagne) ou de sensibilité (luthéranisme, calvinisme). Entre ces Églises rivales sévissent guerres et controverses d’où finit par germer l’idée de tolérance, qui deviendra peu à peu liberté religieuse et instauration du pluralisme : chaque portion du christianisme s’installe dans sa différence et le culte de son passé, avec une attitude polie à l’égard des autres. De sorte que les actes de réconciliation qui ont marqué le XXe siècle (la levée des excommunications entre Rome et Constantinople en 1965, la déclaration sur la justification par la foi entre catholiques et luthériens en 1998) ne débouchent sur rien. Il faut prendre de la distance pour se convaincre que le christianisme est plus un qu’il ne le dit et le vit.